‹ Le Vatican (volume 2)Chapitre 64 sur 123 · L ECONOMIE DE LA PROPAGANDE; SES REVENUS: CONVERSION DE SES RENTES · texte numérisé non relu

L ECONOMIE DE LA PROPAGANDE; SES REVENUS: CONVERSION DE SES RENTES

Les besoins de la Propagande, à l'avenant de ses ambitions, sont immenses. Grégoire XV commença d'y pourvoir : il « l'enrichit à perpétuité par le revenu des anneaux cardinalices : pcrpetuo ex annulis rardinaliliis cam locupletavit », dit une inscription gravée dans l'église du collège Urbain. Le pape, en consistoire, créant un cardinal, lui remet un saphir : c'est la Propagande qui fournit cet anneau.

Grégoire XY, en retour, réclama de chaque Éminence nouvelle, au profit de la congrégation, cinq cents écus d'or (environ cinq mille francs). Pie YIII réduisit la taxe à six cents écus d'argent (environ trois mille francs'i. Elle continue d'être requise et versée. Clément X, lorsqu'il prit la tiare, n'avait pas encore acquitté cette dette ; on ne lui fit pas grâce du paiement. De nombreux legs en argent, aux dixseptième et dix-huitième siècles, accrurent les ressources de la Propagande : Innocent XII, Clément XII, les cardinaux Âbda et Splnola. comptèrent parmi ses bienfaiteurs. Au cardinal préfet, qui surveillait, à l'origine, les intérêts temporels en même temps que la mission spirituelle de l'établissement, fut adjoint un cardinal économe [prxfectus rei œconomicœ curandœ); d'abord, tous les quatre mois, cette fonction changea de titulaire; Clément XIII la rendit stable. Elle est exercée, aujourd'hui, par le cardinal Vincenzo Vannutelli.

L'invasion de l'État Romain par les troupes françaises et les lourdes exigences de la paix de Tolentino ruinèrent en peu de temps les finances papales. Lai Propagande en pâtit. Lentement, au cours du dixneuvième siècle, elle a reconstitué sa fortune. Pie VII, en 1817, lui vint en aide; il lui permit de prélever chaque année, sur la caisse dite des Sporjli, trente mille écus (environ 101.000 francs); on appelait ainsi la caisse pontificale à laquelle affluaient les revenus des bénéfices ou évèchés italiens dépourvus de titulaire ; après distraction des frais nécessaires au culte, ces revenus étaient réclamés par l'administration des Spogli. Comme le chiffre d'écus que contenait cette caisse fut toujours inférieur aux prévisions

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de Pie VIJ, la Propagande n'avait pas, en réalité, -de prélèvement à faire, mais simplement à vider la caisse. Ainsi fit-elle, et le cardinal économe de la Propagande est en même temps président de la « Roverenda Caméra degli Spogli ». Mais cette ressource, ]ieu à peu, a singulièrement baissé. Un certain nombre de diocèses, par une taxe fixe annuellement payée, échappent à l'intervention des collecteurs des Spoi/li ; et Léon XIII, en 188.S, à l'occasion de son jubilé sacerdotal, a déchargé les évèques d'Italie, pour une période de vingt ans, de ces taxes intérimaires. Do notre temps comme aux siècles passés, c'est surtout par la charité des catholiques de l'univers que la Propagande est assidûment secondée. Trois œuvres franf-aises, tour à tour grefTécs lune sur l'autre, rendent aux missions d'insignes services : l'œuvre de la Propagation de la Foi, l'ondée à Lyon en 18:i2; l'œuvre de la Sainte-Enfance, fondée en 1843; l'œuvre des Parlants, qui date du pontificat de Léon XIII. Les deux premières récollent les oboles de la chrétienté au profit des non-chrétiens; la troisième, encore jeune, se propose de payer les frais de voyage des missionnaires expédiés à de lointaines destinations. On évalue les rentes annuelles de la Propagande à GOO.OfX) francs. Pour le seul entretien du collège Lrbain, 170.000 sont dépensés. Le budget de celte congrégation ne doit pas seulement prévoir les frais ordinaires requis pour l'instruction des apôtres et pour l'entretien de certaines missions, spécialement orientales, qu'elle prend à sa charge; il est fréquemment grevé d'autres dépenses, non moins urgentes quinallendut's. Qu'une catastrophe afilige une chrélienlé, immédiatement la Propagande est sollicitée ;

de 1860 à 1870, elle aliéna, pour distribuer des secours extraordinaires, deux millions de ses capitaux.

Il importe à Tinlérêt des missions que la Propagande soit riche et qu'elle puisse user de ses richesses; en 1884, le gouvernement italien prit à son égard une alarmante décision. Une loi de 1873 ordonnait la conversion en rentes italiennes de toutes les propriétés des œuvres ecclésiastiques de Rome. Dès 1874, la «junte liquidatrice » commise à cette opération voulut toucher à une villa de la Propagande, mais les tergiversations de Victor-Emmanuel ajournèrent un procès dont il redoutait le scandale. Le débat se rouvrit, en 1880, par un acte du commissaire royal : il fit mettre aux enchères, au nom de l'Italie, les biens de la Propagande, qui, par leur origine et la destination de leurs rentes, appartiennent à la chrétienté. En 1881» le tribunal et la Cour d'appel de Rome prirent parti contre la congrégation , la Cour de cassation pour elle. Conviée par cette dernière juridiction à se pourvoir devant la Cour d'appel d'Ancùne, la Propagande y fut condamnée; la Cour de cassation, de nouveau consultée, infligea en 1884 un parfait démenti à son arrêt de 1881, et ratifia la condamnation. La conversion des biens de la Propagande en rentes italiennes devenait inévitable. M. Ruggero Bonghi, l'auteur même de la loi des garanties, écrivait : « En paralysant ou en troublant l'action de la Propagande, on ne rend service ni à l'humanité, ni à la civilisation, ni à l'Italie ».

Auparavant la congrégation, dans les circonstances extraordinaires, consacrait au salut des chrétientés lointaines, non seulement ses rentes, mais même une parcelle de ses capitaux; désormais cette dernière gé-

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