LÉCONOMIE DE LA PROPAGANDE
nérosité lui devenait impossible : ses richesses étaient immobilisées entre les mains du fisc. Auparavant la Congrégation plaçait et exploitait ses capitaux à son gré; désormais elle ne pouvait posséder que des rentes italiennes; le chiffre même de ses ressources était ainsi subordonné aux variations du crédit italien; en 1801, les expédients financiers auxquels le royaume est réduit ont diminué de quarante mille francs les revenus de la Propagande; et comme la conversion faite en 1884 est maintenant irréparable, certains publicistes italiens constatent, avec une machiavélique ingénuité, qu'une banqueroute de l'Italie serait une banqueroute de la Propagande et que le Saint- Siège, financièrement, est le prisonnier du royaume subalpin. Il est intéressant de relire, aujourd'hui, les polémiques diplomatiques qu'échangèrent, en 188i, à la face de l'Europe, le cardinal Jacobini et le ministre Mancini : le premier dénonçait les périls de la conversion, en même temps qu'il en signalait l'injustice; le second aftirmaitlinoffensive correction du procédé. De tous les points du monde, les protestations affluèrent; elles furent rassemblées en deux gros volumes. Mais la Cour de cassation de Rome avait jugé en dernier ressort; l'Italie passa outre à la manifestation de l'univers chrétien.
Le premier soin de la Propagande ainsi frappée fut de se ménager la libre disposition des biens que lui procurerait, dans l'avenir, la charité catholique. Le i.*» mars 188i, le cardinal Simconi désigna onze villes d'Europe — toutes hors d'Italie, naturellement, — trois d'Asie, une d'Afrique, sept d'Amérique, une d'Australie, où devaient être élal)lies, auprès des nonces, évéques ou vicaires aposlolifiues, des procures
de la Propagande. A l'heure présente, pour assurer à la congrégation la sûre et libre possession des libéralités qu'ils lui offrent, les catholiques empruntent le canal de l'une de ces procures, soustraites par leur situation même au contrôle de la monarchie italienne. Traitée par l'Italie comme un établissement national, la Propagande, internationale par essence, répondit en essaimant dans l'univers des bureaux d'administration ; et les donateurs qui l'enrichissent ont désormais un moyen d'accroître les revenus de cette congrégation sans grossir, par là même, les capitaux de l'Italie royale.