LA TYPOGRAPHIE DE LA PROPAGANDE
Ruggeri en 1753, labbé Amaduzzi en 1773; c'est Amaduzziqui, le premier, fit connaître en Europe certains alphabets de lExtrème-Orient. Au temps de la Révolution française et du premier Empire, 1" imprimerie de la Propagande perdit une grande partie de ses riciiesses; elle les reconstitua rapidement sous le pontificat de Grégoire XVI. A la mort de ce pape, elle pouvait imprimer des livres en cinquante-cinq langues : vingt-deux asiatiques, vingt-sept européennes, trois africaines, trois américaines. Sous Pie IX, les éditions des livres liturgiques orientaux, préparées par la soigneuse érudition du cardinal Pitra, sont sorties des presses de la Propagande. Elle a publié, sous Léon XIII, la grande édition de saint Thomas d'Aquin, dite édition Léonine. Enfin le manuscrit grec de la Bible que possède la Bibliothèque du Vatican fut publié, par les soins de la Propagande, de 1869 à 18SI.
Cette congrégation possède aussi un important Musée, que créa jadis le cardinal Etienne Borgia. On y conserve la carte du Nouveau-Monde sur laquelle le pape Alexandre VI traça une ligne de démarcation entre les conquêtes des Portugais et celles des Espagnols, des livres chinois, des manuscrits orientaux, des idoles de diverses provenances.
Telle est l'activité de la Propagande. Pour lui accorder, à elle seule, une aussi large place qu'à toutes les autres congrégations, nul artifice n'était nécessaire. Volontiers les philosophes contemporains signalent, dans l'évolution des sociétés, une diflérenciation progressive des organes, qui se multiplient à mesure que se précisent et se distinguent les fonctions. Selon le point de la carte où l'on regarde, on saisit la vie de
l'Église à l'une ou à l'autre des deux phases que traverse toute société. Dans les pays de missions, la Propagande a la gestion générale. Dans les vieux pays catholiques, toutes les congrégations régnent, chacune suivant son office : la spécialisation est accomplie. Là l'existence est simplifiée, ici elle est compliquée. De part et d'autre, la société religieuse demeure une et homogène, sans heurt ni dislocation.