LA BIBLIOTHEQUE ET LES ARCHIVES AU LATRAN
pontificat, les lettres qui, pèle-mèle, nous ont été données en douze livres, sans grand souci de Tordre chronologique que le registre indiquait cependant avec tant de rigueur. Mais telles ({u'clles nous sont parvenues, elles constituent un incomparable trésor. Elles éclairent toute une époque d'une pleine lumière et font revivre jusque dans les détails la tlgure de ce grand pape et de ses contemporains. Elles nous renseignent sur la Bibliothèque pontificale comme sur bien d'autres choses; elles nous apprennent, par exemple, qu'une collation minutieuse du très ancien exemplaire des actes du concile d'Éphèse, conservé dans la Bibliothèque du Siège apostolique, fut faite sur Tordre de saint Grégoire et que cet examen prouva clairement que le texte tenu par les Grecs pour authentique était en réalité interpolé.
La Bibliothèque est, à cette époque, très souvent appelée du nom de scrinium : c'était prendre la partie pour le tout, car le moi scrinium désignait un coffre, d'une fermeture facile et sûre, dans lequel on mettait à l'abri les documents d'importance. Mais ce nom ne doit pas faire illusion : les archives du Saint- Siège n'étaient nullement tenues secrètes. Déjà saint Jérôme laissait entendre que rien n'était plus aisé que d'aller y consulter la correspondance pontificale, et au temps de Grégoire le Grand on ne trouva rien de mieux, pour mettre les homélies de ce pape à la portée de tous, que de les déposer dans le scrinium de la sainte Église.
A certains indices, on pourrait croire que bien peu usaient de la permission, car il semble avéré que Tauteur de la première édition du Liber ponlifiralis (514-530), qui mentionne pourtant à diverses
reprises YArchivum ecclesise Romanse, « a vu ce dé pôt plutôt du dehors que du dedans ». M. Tabbé Duchesne estime que le clerc en question est sans doute demeuré confiné dans la section des Archives afférente au département administratif auquel il était attaché, c'est-à-dire au vesliarium ou gardemeuble. C'est là qu'il a trouvé, réunies déjà en une sorte de cartulaire, les chartes de fondations pieuses et les états des largesses faites aux églises par les papes du cinquième siècle et du commencement du sixième; cela a suffi à sa curiosité.
Les actes du concile tenu à Rome en 649, à propos des monothélites, nous donnent une idée de ce qu'était la Bibliothèque apostolique à cette date et de l'usage qu'on en faisait. Elle fut mise à la disposition des Pères du concile, et le primicier des notaires, qui en avait la garde, put aisément produire à la réquisition du concile les documents et les volumes dont on eut besoin au cours des délibérations. La rapidité avec laquelle nous voyons le primicier Théophylacte satisfaire aux demandes, alors même qu'il s'agissait de volumes qui n'étaient pa^ d'un usage courant, nous prouve que la Bibliothèque pontificale était alors fort bien ordonnée et pourvue d'excellents catalogues. A voir les raretés qu'on y trouvait, rien que pour la littérature dogmatique, on peut juger de ce qu'elle renfermait dans les autres branches de la science ecclésiastique et du savoir humain.
LE ROLE DE LA lilBLIOTHEQUE EN OCCIDENT. 177
lE ROLE DE LA BIBLIOTUEOLE APOSTOLIQUE EN OCCIDENT ; LA BIliLE AMLVTLNE.
Aussi bien, la Bibliothèque apostolique constituait un immense réservoir où venait s'alimenter presque tout l'Occident. Les missionnaires qui partaient do Rome pour conquérir au Christ de nouveaux royaumes emportaient avec eux les Livres Saints, et les chrétientés naissantes demandaient au Saint-Siège de les confirmer dans la foi. En l'année 601, à ce que nous rapporte Bède le Vénérable, le moine Augustin, apôtre de l'Angleterre, reçut du pape (irégoire le Grand un fonds de bibliothèque pour la mission de Canterbury, et l'Angleterre montre aujourd'hui avec fierté deux évangéliaires de facture latine, l'un conservé à Oxford et l'autre à Cambridge, qui datent du sixième ou du septième siècle, et dans lesquels quelques-uns se plaisent h reconnaître deux des volumes ainsi remis par Grégoire à Augustin.
Ce n'est pas qu'il n'y eût aussi entre anciennes F^glises des demandes et des échanges de manuscrits : saint Grégoire envoyait à Alexandrie, à la prière du patriarche Euloge, une copie de tout ce que le scrinium apostolique et les autres bibliothèques de Rome fournissaient sur les actes des martyrs romains : et, plus tard, l'évèque de Saragosse demandait au Saint-Siège, au nom du roi wisigolh Cliindasvinde, les Mnralia de saint Grégoire.
Mais le grand rùle de la Bibliothèque apostolique consistait à fournir d'abord de bibles et d'évangé-
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Maires, et ensuite d'ouvrages de tout genre, les pays qui naissaient alors, sous l'action immédiate de Rome, au christianisme et à la civilisation. Ces Églises nouvelles, fdles de l'Église Romaine, attendaient du Saint-Siège leur initiation à la science comme à la foi. Pour elles, la Bibliothèque apostolique devenait une sorte d'atelier où les copistes ne cessaient de transcrire les monuments de l'antiquité chrétienne et de l'antiquité profane, monuments que les missionnaires colportaient ensuite partout où l'éveil d'idées nouvelles faisait naître des besoins nouveaux. Les demandes étaient telles, qu'à peine on y pouvait suffire. Au milieu du septième siècle, saint Âmand, occupé à évangéliser la Frise, demandait au Saint-Siège des manuscrits, et le pape était contraint de lui répondre que, la provision de volumes destinés aux pays de mission se trouvant épuisée, il lui fallait quelque temps pour faire exécuter des copies nouvelles.
Il suffit de jeter un coup d'oeil sur le rapide développement de la civilisation en Angleterre à la suite de la prédication d'Augustin et des fondations de Théodore, pour comprendre quelle influence a eue sur les Anglo-Saxons l'infusion de la culture latine importée par les manuscrits venus d'outre-mer. Le représentant par excellence de cette civilisation anglo-saxonne, initié si fortement à l'étude de l'antiquité qu'il peut paraître lui-même presque un ancien, le vénérable Bède, nous a laissé sur l'importation en Angleterre des manuscrits romains des détails qui sont à retenir.
Il a passé toute sa vie dans les monastères de Wearmouth et de Jarrow, et cependant il a pu se