LE ROLE DE LA BIBLIOTHEQUE EN OCCIDENT. 17<J
procurer, pour les insérer dans ses œuvres, des documents tirés des archives du Saint-Siège. Les monastères où s'est écoulée toute son existence étaient lort bien pourvus en manuscrits de tout genre, puisqu'ils ont sufli à la culture encyclopédique d'un homme comme Bède, et lui-même il nous a indiqué à quelle source s'alimentait la riche bibliothèque de ces couvents. Dans le récit qu'il nous a laissé de la vie de leur fondateur, l'abbé Benoit, il nous raconte qu'après avoir, sur l'ordre du pape, accompagné de Rome en .\ngleterre l'archevêque Théodore, Benoît avait fait ensuite cinq fois le voyage de Rome, et chaque fois il avait rapporté de Rome en Angleterre non seulement beaucoup de livres théologiques mais encore beaucoup d'autres ouvrages, qui, au dire de Bède, étaient pour la plupart des présents du Saint-Siège. Parmi toutes ces richesses figuraient des manuscrits ornés de miniatures qui initièrent l'Angleterre à l'art romain, et Bède signale en particulier cette concordance figurée de l'Ancien et du Nouveau Testament qui devait avoir au moyen âge une si grande fortune sous le nom de « Bible des pauvres ». La très belle bibliothèque ainsi constituée par ces apports successifs de manuscrits romains, Benoit ordonna de la garder intacte : c'était un puissant instrument de culture intellectuelle, qui ne tarda pas à produire d'admirables fruits. La Northumbrie utilisa le trésor qu'on lui apportait; il se forma à York, sous un élève de Bède, une école bien vite tlorissanle, et c'est de celte école que sortit Alcuin, en qui nous saluons non pas seulement un représentant, mais bien le véritable initiateur de la renaissance carlovingienne. Quand Alcuin établit à Tours la ce-
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lèbre école qui devint le centre intellectuel de Tempire, c'est à York qu'il demanda les maîtres et les manuscrits dont il avait besoin, et c'est ainsi que les Bibles d'Alcuin dérivent des Bibles anglo-saxonnes, comme ses calligraphes des calligraphes anglo-saxons. York était dépositaire du flambeau dont la lumière rayonna sur toute l'Europe occidentale; or, ce flambeau c'était à Rome, c'était à la Bibliothèque du Saint-Siège qu'il s'était allumé.
Un des faits saillants et tout à fait caractéristiques de l'histoire de la civilisation au moyen âge, c'est assurément le rôle actif d'agents du Saint-Siège joué par les Anglo-Saxons. Les conséquences en furent nombreuses et graves. Le grand apôtre de la Germanie, saint Boniface, est un produit de cette civilisation anglo-saxonne qui s'était alimentée aux sources romaines, et l'école fondée par lui à Fulda avec des éléments anglo-saxons — école d'où sortirent des hommes comme Éginard, Raban Maur, Walafrid Strabon — fut le centre d'où la culture se répandit dans toute l'Allemagne. Aussi ne faut-il pas s'étonner si durant de longues années on peut suivre dans la littérature de cette région rhénane (où paraît s'être réfugiée, à partir du neuvième siècle, la vie intellectuelle de l'Empire disloqué), les traces indéniables d'un courant venu de Rome à travers l'Angleterre. A elles seules les collections canoniques en font foi.
L'histoire de la Bible Amiatine précise admirablement le rôle de la Bibliothèque apostolique à l'origine de ce grand mouvement.
Céolfrid, successeur de l'abbé Benoît, marcha sur ses traces. Nous savons, par Bède, qu'il doubla, grâce à de fréquents voyages à Rome d'où il revint porteur