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■lOG L\ BIBLIOTHÈQUE VATICANE.
Perotti recevait cinq cents ducats pour son Polybe. et Guarino mille écus pour les dix premiers livres de Strabon. Lorsque Nicolas V mourut, il avait déposé chez un banquier une somme de dix mille sequins destinée à payera Philelphe une traduction d'Homère, qu'il avait toujours passionnément désirée et que les circonstances lui avaient impitoyablement refusée.
La sollicitude du pape s'étendait naturellement aux auteurs sacrés. Manetti reçut de lui commission de traduire le teste grec du Nouveau Testament; Tortello mit en latin la Vie de saint Athanase par Grégoire de Nazianze; à Georges de Trébizonde fut confié le soin de traduire divers ouvrages de Cyrille, de Basile et de Grégoire de Nysse, ainsi que la Préparation Évangélique d'Eusèbe; et Théodore Gaza donna une version des homélies de saint Jean Chrysostome sur FÉvangile de saint Mathieu.
Des œuvres originales naissaient, à l'instigation du pape. Il commandait, par exemple, à Gianozzo Manetti un traité apologétique contre les juifs et les païens; il chargeait le Florentin Antonio degl' Agli, futur évèque de Fiesole et de Volterra, de rechercher des documents sur la vie et les actes des saints ; il inspirait à Timothée Maffei, prieur des chanoines réguliers de Fiesole, un traité « contre la sainte ignorance », destiné à réfuter l'opinion que les lettres sont incompatibles avec la piété.
Ces traductions et ces ouvrages prenaient place dans la Bibliothèque Yaticane, cà côté des textes que le pape faisait rechercher et copier partout. Dans tous les centres littéraires un peu importants, il entretenait des copistes qui transcrivaient pour son usage les manuscrits qu'il n'avait pu se procurer directement,-
et à Home même il avait sous la main un nombreux personnel, rompu aux travaux de ce genre.
C'est de tous ces éléments que la Vaticano se forma. M. Miintz a publié Tinventaire des livres latins et grecs qui figuraient dans la Bibliothèque pontificale à la mort de son fondateur. Aucune bibliothèque à cette époque ne présente un nombre de volumes comparable à celui que renfermait la collection réunie par Nicolas V. La plus riche des bibliothèques italiennes alors existantes celle des Yisconti, au château de Paviej contenait, en 14:2(), neuf cent quatrevingt-huit ouvrages, tandis que la bibliothèque de Nicolas V atteignait un total de 1.140 numéros, dont ."^31 manuscrits grecs. Aussi n'est-il pas étonnant que. pour former, dans un temps relativement si court, une bibliothèque unique en son genre, Nicolas V ait dépensé, d'après le calcul des Assémani, plus de quarante mille écus. — Mais c'est moins la richesse que la composition de cette bibliothèque qui doit attirer l'attention. Lorsqu'on en parcourt le catalogue, on s'aperçoit que Ihumanisle devenu pape avait bien compris ce que devait être la bibliothèque pontificale. L'Écriture, les Pères, les théologiens sont classés à part, à la place d'honneur, et forment, aussi bien en grec qu'en latin, la majeure partie des volumes. Les ouvrages profanes, tels que romans de chevalerie, traités de jeux, d'astrologie et de médecine sont à peu près bannis. Par contre, la plupart des classiques y figurent, dans le texte original ou dans des traductions latines. Aucun écrit d'ailleurs en langues modernes, pas même en italien. Plus étonnante est l'absence de manuscrits orientaux; peut-être y avait-il pour eux un catalogue spécial : en tout cas, on ne
saurait attribuer cette lacune à Texclusivisme deTliumaniste impénitent, car Nicolas fît rechercher l'Évangile de saint Mathieu en langue originale, promettant cinq mille écus à celui qui lui en procurerait le texte.
Cette Bibliothèque, qui coûta à Nicolas V tant de soins et tant dargent, ne devait pas être, dans sa pensée, un inutile joyau. Il l'avait réunie « pour l'usage commun de la cour de Rome et des savants de tout pays », et en cela (il ne faut pas se lasser de le répéter) il était bien dans la tradition du Saint-Siège, non pas seulement dans la tradition ancienne, mais dans la tradition immédiate de son prédécesseur, qui avait plus d'une fois confié à divers personnages de la curie (Jean Torquemada, François de Padoue, Paul et Pierre Barbo, Jean d'Osnabruck, Alphonse Borgia, et d'autres encore) des manuscrits de sa bibliothèque.
Calixte III, successeur de Nicolas V, a été accusé d'avoir dilapidé le trésor littéraire qu'il trouvait tout formé au Vatican. En réalité, il s'est montré seulement très libéral dans le prêt des manuscrits de la Vaticane, et ce n'est peut-être pas un si grand crime que d'avoir prêté des livres à François d'Arezzo, à Bessarîon et au cardinal de Russie.
Paul II, au dire de son biographe, se montra tout aussi large, et Sixte lY demeura scrupuleusement fidèle à la tradition.
LA VATICANE DE SIXTE IV ; l'IMPRIMERIE A RO.ME.
Sixte IV a été le vrai continuateur de Nicolas V, et on peut à bon droit le considérer comme le second fondateur de la Vaticane.