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LA VATICAN'E DE SIXTE IV

lin de toute fondation pontificale. A ses yeux, la Bibliothèque est faite avant tout « pour l'honneur de l'Église militante, et pour raccroissement de la foi ». Mais aussi, comme le pape est pour lui le protecteur naturel de toutes les études qui élèvent l'homme, il se préoccupe d'aider les savants et les lettrés à embrasser l'ensemble des connaissances humaines et h enrichir par leurs découvertes le patrimoine de l'humanité; c'est pour cela qu' « il les attire, les favorise, leur prépare des locaux et des bibliothèques où il réunit pour leur usage les livres disséminés par le monde ». 11 pousse même la sollicitude jusqu'à assurer à leur travail les conditions matérielles les plus favorables : la Bibliothèque recevra la lumière par de larges fenêtres, et durant l'hiver elle sera soigneusement chaufîée.

Au reste, pour profiter des trésors amassés dans la Bibliothèque Sixtine, il n'était point nécessaire de s'y enfermer. Le prêt se pratiquait largement, et le registre où Platina a consigné les noms des emprunteurs et les titres des ouvrages empruntés est une des pages les plus éloquentes de l'histoire de la Vaticane. Elle mériterait d'être citée tout entière. Elle nous montre, réalisées dans la pratique, les vues si hautes qu'avait le pape sur sa Bibliothèque. Un merveilleux instrument était créé qui faisait de Rome et de la curie le centre littéraire peut-être le plus actif de l'Europe, sans en excepter Florence. Tous les ordres d'étude y sont représentés ; on emprunte les conciles, les Pères, les scolastiques, les canonistes; on emprunte aussi les classiques latins et grecs, les philosophes, les historiens, les géomètres et les astronomes ; et parmi les emprunteurs il y a les plus grands

personnages de la cour, comme Jean et Guillaume délia Rovere, ou comme le futur Jules II qui s'oflre le plaisir princier de lire Virgile dans le fameux « Codex Romanus » en majuscules, devenu déjà un des joyaux de la Yaticane ; il y a des théologiens et des canonistes, comme François de Tolède, Urbain Fieschi, Pedro Ferriz; il y a les plus célèJjres humanistes du temps, tels que Pomponio Leto, le chef de l'Académie. Jean Argyropoulos, gloire de l'université romaine, Lionardo Dati, Giglio de Città di Castello, Mathias Palmieri, Jacques de Volterra, Agostino Patrizzi, Démétrius de Lucques, Cristoforo Persona, Sigismond de" Conti, Jérôme Barbano, qui tous avaient un emploi à la curie, et Platina lui-même, qui écrivait pour le pape les Biographies de ses prédécesseurs et surveillait la compilation en trois volumes d'un registre des Privilèges temporels de la sainte Église; il y a de modestes érudits, comme Jean de Carpi, bachelier eu théologie, comme Antoine Brentius de Padoue qui, dans une dédicace au pape, tient à déclarer « que son livre doit tant à la Bibliothèque publique ouverte par Sixte IV à tous les lettrés, qu'il le prie d'agréer son œuvre comme prémisses des études fructueuses rendues possibles à tous par sa grande institution « ; il y a enfin des imprimeurs, comme Arnold Pannartz et Philippe de Lignamine, et cela nous amène à considérer la part qu'a eue le Saint-Siège au développement que prenait alors à Rome l'art récemment importé de l'imprimerie.

On sait l'histoire de ces typographes allemands, Conrad Sweinheim et Arnold Pannartz, que le cardinal Nicolas de Cues fit venir à Rome sous le pontificat

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