‹ Le Vatican (volume 2)Chapitre 96 sur 123 · LES ARCHIVES HU SAINT-SIÈGE · texte numérisé non relu

LES ARCHIVES HU SAINT-SIÈGE

C'était depuis longtemps une préoccupation des papes de réunir en un vaste dépôt les documents d'archives épars de divers côtés.

On avait pensé d'abord au Château Saint-Ange. Dès le temps de Sixte IV, on avait mis à l'abri au sein du vieux donjon pontifical les chartes les plus importantes de la Sainte Église; Léon X y transféra d'autres pièces, extraites de la « Bibliothèque secrète » du Vatican, et un inventaire général fut dressé par Zanobio Acciajuoli : Montfaucon Va publié.

Mais ce Trésor des chartes, contenu alors dans des sacs de soie de différentes couleurs, était peu de chose en comparaison de tout ce qui avait été laissé à Avignon, et de tout ce qu'enfantait la vie quotidienne de la curie depuis la tin du grand schisme : or, tout cela était disséminé en divers endroits. Sans parler de la Bibliothèque secrète, où Jérôme Aléan-

dre faisait encore déposer des lettres de Luther, il y avait les Archives de la Chambre Apostolique, celles de la Garde-robe, celles de la Chancellerie, celles des Secrétaires Apostoliques, celles des Nonciatures. Pie IV et Pie V révèrent de réunir tout cela dans un dépôt unique, et Clément VIII, préludant à l'exécution de ce grand dessein, fit établir, par l'architecte Balthazar Telarivi de Lugo, une fort belle salle au sommet du Château Saint-Ange, au-dessus de la « Chambre du Trésor » dans laquelle avaient été jusque-l<à conservés les anciens diplômes : tout autour furent disposées d'élégantes armoires, ornées de dorures et de filets de cuivre, qui subsistaient encore à la fin du dix-huitième siècle et que Gaetano Marini vit détruire en 1799. Dès que le local fut prêt, on se mit en devoir d'y transporter non seulement les documents qu'on trouvait épars dans Rome, mais même un certain nombre de pièces qui avaient fait jusquelà partie de la Vaticane.

Cependant, peu après son avènement. Paul V prit de nouvelles dispositions. Il jugea que cette dépendance de la Bibliothèque (les Archives du Château continuaient, en effet, à être confiées à un des deux custodes de la Vaticane) était vraiment un peu lointaine, et, ordonnant de cesser tout envoi nouveau au Château Saint-Ange, il érigea au Vatican, tout à côté de la Bibliothèque, ce qui s'appela YArchivio Valkano. Il destina à cette fondation nouvelle les chambres qui avaient été réservées par Sixte-Quint à l'habitation du cardinal bibliothécaire, et il les fit décorer, à cette occasion, de peintures traduisant aux yeux les titres constitutifs du domaine temporel.

Les registres de la Bibliothèque secrète étaient na-

LES ARCHIVES DU SAINT-SIEOE. m*

turellement désignés pour former le premier noyau des nouvelles archives; Michel Lonigo, chargé d'en assurer le transport, nous en donne le détail, et nous savons très exactement aujourdiiui quels volumes furent extraits de la Bibliothèque, quels autres vinrent des archives de la Chambre pour constituer cette série initiale (on pourrait dire cet ancien fonds) des Archives du Vatican. Dans ce premier fonds, qui comprenait environ deux mille sept cents volumes, furent incorporés presque aussitôt un certain nombre de registres rappelés du Château Saint-Ange; mais l'Archive du Château subsista. Les diplômes et pièces détachées dont Silvio de Paoli venait de faire l'inventaire 1 l()10i demeurèrent dans les layettes qui avaient remplacé les anciens sacs de soie, et près d'elles, dans les armoires qu'avait fait établir Clément VIll, on conserva des séries entières de registres et de lias-' ses, relatives pour la plupart aux questions politiques et territoriales; l'inventaire en fut dressé par Confalonieri de i()2() à 1638.

Mais ce n'en était pas moins VArchivio Valicano qui devenait peu à peu le grand dépôt des Archives pontificales : Urbain VIII y faisait transporter de l'Archive des Secrétaires Apostoliques les bulles enregistrées par voie secrète de Sixte IV à Pie V, et, de l'Archive de la Secrétairerie des brefs, les registres et minutes de brefs d'Alexandre VI à 1567; il y joignait un certain nombre de volumes provenant d'Avignon, ainsi que la correspondance des nonces du seizième siècle, restée jusque-là dans l'Archive de la Garde-robe; et Alexandre VII y ajoutait les papiers de la Secrétairerie d'f^tat. Peu à peu s'organisaient, dans cet amas de documents, des séries dis-

tinctes; sous Alexandre VII, les Nonciatures étaient rangées à l'étage supérieur dans des armoires spéciales, et près d'elles une autre série était formée par les lettres des cardinaux, des princes et de divers; sous Clément XI. on constituait, dans la même salle, la série des ^ Varia politicorum » enfermées dans douze armoires; et sous Benoît XIII le chanoine De Pretis faisait l'inventaire de ces diverses séries.

Un peu plus tard, la nomination de Garampi au poste darchiviste 1751) marque une date importante : tandis qu'il continuait la répartition des volumes en séries, il rédigeait un inventaire analytique, et ajoutait au dépôt dont il avait la garde treize cents manuscrits tirés des archives de la Chambre Apostolique. Un peu après, sous Pie VI, les Archives Vaticanes s'enrichissaient encore de cinq cents gros volumes revenus d'Avignon; enfin, au mois de mai 1798, lorsque la République eut été proclamée à Rome, le commandant du fort Saint-Ange ayant requis l'archiviste liaetano Marini de lui remettre les clefs des Archives du Château. Marini obtint des autorités françaises la permission de transporter au Vatican le dépôt menacé, ce qui se fit en un jour. « grâce à la diligence de nos troupiers ».

Après la confusion du premier moment, les Archives du Château prirent place dans l'Archivio Vaticano M au-dessus des armoires des deux dernières salles du premier étage et dans quelques armoires de la salle d'entrée 'n et Marini leur conserva soigneusement le même classement qu'au Château Saint- Ange. Malheureusement, le transfert à Paris des Archives Vaticanes, ordonné par Napoléon en 1810, et leur réinstallation au Vatican en 1817, après la mort

L uRGAMSATION DE LA VATICANE SOUS PALL \. .m7

dit Marini, jeta quelque incertitude dans celte belle ordonnance. Du moins l'unité d'.Vrchives, longtemps désirée, se trouvait établie par ces circonstances fortuites, et ces Archives se trouvaient, conformément aux traditions anciennes, toutes voisines de la Bibliothèque : sous le pontificat de Léon XIII, elles ont encore reçu plus de deux mille volumes de brefs, apportés en 1883 et en 1888 des Archives de la Daterie actuellement déposées au palais de Latran.

l'organisation de la VATICANE SOUS PAUL V.

Il faut maintenant revenir en arrière, et nous représenter la perturbation que la création de YArchivio Vaticano par Paul V et le transfert en ce nouveau dépôt des volumes qui composaient la majeure partie de la Bibliothèque secrète avait jetée dans l'agencement intérieur de la Vaticane. D'autre part, la Bibliothèque s'était beaucoup accrue. Elle venait de s'enrichir notamment de trois cent quarante-deux manuscrits provenant de la bibliothèque d'.\lde Manuce.et en l'année itiO<) de la magnifique collection formée par Fulvio Orsini, collection dont M. de Nolhac a écrit la très intéressante histoire : il y avait là quatre cent soixant>i-deux manuscrits latins, grecs et italiens, presque tous de valeur, quelques-uns d'un prix exceptionnel, comme le Térence et le Virgile de Bembo, comme le Cunzoniere autographe de Pétrarque, qui figurent aujourd'hui parmi les joyaux que 1 ' Viticane est fière de montrer à ses visiteurs.

'238 LA BIBLIOTHEQUE YATICAN'E.

Paul Y lui-même, par une rigoureuse application des droits régaliens, ajoutait de nouvelles richesses aux anciennes : nombre de manuscrits provenant de labbaye de Grotta Ferrata, de la bibliothèque Altemps, du collège Capranica, du couvent d'Assise et du collège grec de Rome entraient ainsi rer/ia manu à la Vaticane, et, de Bobbio, labbé Silvarezza envoyait, en 1618, un nouveau lot de ces admirables manuscrits, qui devaient plus tard fournir au cardinal Mai la matière de ses plus belles découvertes.

Dès 1611, le pape avait dû agrandir les locaux qui devenaient insuffisants, et créer à Textrémité droite de la galerie Sixtine deux salles nouvelles correspondant vers le nord à celles que Sixte-Quint avait fait aménager du côté sud pour la Bibliothèque secrète. Il devenait donc indispensable de reviser les anciens inventaires. Heureusement les frères Dominique et Alexandre Rainaldi, custodes de la Bibliothèque, s'étaient déjà mis courageusement à la tâche, et vers 1620 ils achevaient le nouvel inventaire des manuscrits latins en six grands volumes.

La confection de cet inventaire marque la naissance de la Vaticane moderne : aujourd'hui encore c'est rindex alphabétique de l'inventaire des Rainaldi qu'on met entre les mains de ceux qui viennent faire des recherches dans le fonds Vatican latin. Désormais, il n'est plus question de bancs et de pupitres : la Bibliothèque y a perdu en pittoresque, mais le classement y a gagné en simplicité. Les manuscrits, facilement accessibles dans les armoires, courant à hauteur de main le long des murailles et autour des piliers les manuscrits latins à gauche de l'entrée et les manuscrits grecs à droite), ont reçu

LES NOL'VEALX FONDS. 2a«

dans chacune des deux séries des numéros d'ordre progressif, si bien que le catalogue reste toujours ouvert à l'insertion des acquisitions nouvelles, qu'il s'agisse de manuscrits isolés ou de collections : le fonds latin, qui comprenait six mille vingt-cinq manuscrits en 16:20, contient aujourd'hui près de dix mille neuf cents numéros, et sans bouleverser l'ordre ancien on a pu inscrire et décrire les nouveaux volumes au fur et à mesure de leur entrée, de telle sorte que le travail commencé par les Rainaldi a pu être continué sans interruption jusqu'à nos jours.

LES -NOLVEAUX FONDS.

Le fonds Vatican proprement dit n'est d'ailleurs qu'un des fonds de la Vaticane. Au cours du dix-seplième et du dix-huitième siècle, il est entré au Vatican des bibliothèques entières, qui avaient leur physionomie et leur histoire, et dont on s'est bien gardé de détruire l'unité.

Pendant la guerre de Trente Ans, comme Tilly venait d'enlever Heidelberg à l'Électeur Palatin, le duc de Havièrt Maximilien imagina de s'acquitter envers le pape des grosses sommes que le Saint-Siège lui avait envoyées pour soutenir la lutte, en faisant don à l'Église Romaine de la magnifique bibliothèque qu'avaient constituée à l'Université d'IIeidelberg les libéralités des Électeurs, les dépouilles des couvents (comme ceux de Lorsch et de Sponheim), et la munilicence de riches particuliers comme Ulrich Fugger.

Scaliger la déclarait plus complète que la Vaticane et fournie de meilleurs manuscrits : c'était certainement le joyau littéraire de l'Allemagne. La combinaison imaginée par le prince bavarois était habile : c'était une façon de faire payer les frais de la guerre par le Palatinat. Léon Allatius fut envoyé de Rome pour prendre livraison de ce royal cadeau, et ce fut aux frais du pape que se fit le transport d'Heidelberg à Rome (1623). Chacun des volumes porta la mention de son origine : « Je suis de la bibliothèque que la chute d'Heidelberg a faite prise de guerre, et que Maximilien, duc de Bavière, a envoyé comme trophée au pape Grégoire XV » ; et on leur prépara un vaste local dans la Vaticane, au delà des deux chambres destinées autrefois par Sixte-Quint à la Bibliothèque secrète : dans cette nouvelle salle, qu'éclairaient seize fenêtres, huit à gauche et huit à droite, ils remplirent trente armoires.

Trente-cinq ans plus tard (1658), le pape Alexandre VII installait dans cette même salle une bibliothèque qui représentait pour la Renaissance italienne ce que la Palatine était pour le Moyen Age et la Renaissance des pays Souabes et Franconiens : je veux dire la Bibliothèque des ducs d'Urbin. On sait le rôle joué par la cour d'Urbin dans la Renaissance italienne, et l'importance exceptionnelle de la Bibliothèque formée si méthodiquement par le duc Frédéric de Montefeltro. Moyennant une indemnité de dix mille écus payée au municipe d'Urbin qui avait hérité de cette bibliothèque à la mort du dernier duc (1631), Alexandre VII « incorporait ce trésor à la Vaticane, pour en assurer la conservation et la perpétuité », amenant ainsi d'un seul coup vingt et un

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