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Alexandre VIII Ottoboni s'émut à la pensée que de tels trésors, réunis avec tant de peine, allaient de nouveau courir les grands chemins, et il préleva sur sa fortune privée de quoi acheter la collection tout entière, qu'il paya huit cents écus. Soixantedouze manuscrits furent donnés aux Archives Valicanes, deux cent quarante (des doubles pour la plupart) demeurèrent dans la bibliothèque personnelle du pape et passèrent après sa mort chez les Ottoboni; les autres, au nombre de dix-neuf cents, entrèrent à la Vaticane et y formèrent un nouveau fonds auquel Alexandre VIII donna officiellement le nom de Bibliothèque Alexandrine, mais auquel l'usage a conservé le nom de Bibliothèque de la Reine.
Pour recevoir ses nouveaux hôtes, la Vatîcane s'adjoignit une nouvelle salle, à la suite des chambres aménagées par Paul V : c'était, au nord, le pendant très exact de la salle qui contenait au midi, par delà les chambres « secrètes » de Sixte-Quint, la Palatine et le fonds d'Urbin : la Bibliothèque présentait dès lors la forme régulière d'un T, ainsi que le remarque Montfaucon dans ses notes de voyage (1698-1700).
Vers le même temps, Alexandre Wlll prenait, à l'égard d'une autre bibliothèque de Rome, une mesure conservatrice, dont profita plus tard la Vaticane. La bibliothèque de la famille Altemps était considérable, et elle avait ce mérite spécial qu'elle était nourrie du suc le plus pur de l'humanisme romain du seizième siècle. A part quelques manuscrits acquis après sa mort par la Vaticane, presque toute la bibliothèque de Sirleto se trouvait chez les Altemps, et on sait quel long et intelligent effort personnel représentait cette collection, dont la formation avait été pour-
LES NOUVEAUX FONDS. 2^i
suivie pendant plus de quatre-vingts ans sur les marchés d'Italie et d'Orient par Alberto Pio de Carpi, par Agostino Steuco, par Marcel Cervini et enfin par Sirleto lui-même.
Poussé par le même sentiment qui le déterminait à acquérir la bibliothèque de la reine Christine, Alexandre VIII acheta la bibliothèque Altemps, qu'il constitua en fidéicommis dans sa propre famille, en y ajoutant sa collection personnelle et deux cent quarante manuscrits distraits de la l)ibliothèque de la Reine. La bibliothèque Altemps passée ainsi aux Ottoboni était certainement la bibliothèque romaine la plus riche en manuscrits, et Ruggieri, qui en racontait à ce moment-là l'histoire, attribuait sa conservation au bon génie de Rome. Ce bon génie, c'était la Papauté. Cela se vit bien en 1748, lorsque, à la mort du cardinal Pierre Ottoboni, dernier représentant de la famille, le pape Benoît XIV intervint de nouveau pour en empêcher la dispersion. Cette fois, ce fut pour la Vaticane que le pape acquit, au prix de cinq mille cinq cents écus, les trois mille trois cents manuscrits qui la composaient. Benoît XIV fournit lui-même cinq cents écus sur sa cassette particulière, et, pour le reste, il avisa la banque S. Spirito d'avoir a avancer les fonds, que la Vaticane rembourserait ensuite sur ses revenus. La Bibliothèque Ottoboni, augmentée d'un certain nombre de volumes acquis par Benoît XIV et enrichie d'un lot de manuscrits de grande valeur acheté à Florence, en 17rjî), lors de la vente de la collection Stosch, fut déposée — à côté de deux cent quatre-vingt-cinq manuscrits de choix légués à la Vaticane par le marquis -Mexandre Capponi et formant un fonds spécial —
244 LA BIBLIOTHÉQLE VATICANE.
dans la seconde des salles de Paul V, où on lui garda son individualité.
Ces acquisitions occasionnelles de grandes bibliothèques, quelque importantes qu'elles aient été, ne donnent pourtant pas idée de la direction générale que prenaient les accroissements systématiques et raisonnes de la Vaticane. Sans doute les travaux d'érudition relatifs aux antiquités grecques et romaines, profanes ou sacrées, continuaient à fleurir dans ce sanctuaire des hautes études, et si les cardinaux bibliothécaires, souvent choisis dans la plus proche parenté du pape, ne brillaient plus au premier rang de la science et de l'érudition, comme ils avaient coutume de le faire au seizième siècle, ils exerçaient efficacement leur rôle de protecteurs et de mécènes, et, à leur défaut, les custodes se distinguaient par des travaux de valeur : Nicolas Âlemanni, qui savait si bien interroger les vieux murs du palais de Latran, retrouvait à la Vaticane Y Histoire Secrète et les Anecdotes de Procope; le Hambourgeois Luc Holstein (1653) collaborait à la Byzantine, annotait l'œuvre de Cluvier, publiait des Geographi Grœci, préparait les éléments d'une édition du Liber Pontificalis, et retrouvait dans la bibliothèque de Sainte-Croix le fameux Liber Diurnus; Léon Allatius. Grec d'origine, et qui fut durant près de quarante ans <> scriptor » de langue grecque à la Vaticane avant d'en devenir custode à la mort de Luc Holstein (1660), inventoriait les manuscrits grecs du fonds Vatican et du fonds Palatin comme les Rainaldi avaient inventorié les manuscrits latins, et pendant ce temps il publiait son très célèbre livre sur « la perpétuelle harmonie des doux Églises ».