LA PAPAUTÉ ET LA POPULATION ROMAINE
LA l'AI'AUTÉ ET LA l'OPULATION ROMALNE : SAINT GRÉGOIRE LE GRAND, PROPRIÉTAIRE.
L'Église romaine, plusieurs siècles durant, fut la grande pourvoyeuse, qui fit vivre Rome. Sousl'Aventin, le long du Tibre, elle avait ses greniers; à d(''faut du blé impérial, la population se nourrissait du blé papal. Au Latran se trouvait un riche « vestiaire », formé d'objets précieux laissés à saint Pierre par les empereurs, les patrices et les consuls : au cas d'infortunes publiques, ces propriétés du saint devenaient le patrimoine de tous. Le pape Gélase voulait qu'on fit quatre parts des revenus ecclésiastiques : l'une au profit de l'évoque, la seconde pour le clergé, la troisième en faveur des pauvres, la quatrième à l'usage des fabriques. Encore recommandait-il aux évêques de Sicile de consacrer la part entière des pauvres au soutien des affamés inscrits sur les registres, et de prélever sur la portion de l'évéque les sommes nécessaires pour les pèlerins et les prisonniers. On reconnaissait aux pauvres un droit de propriété, formel et intangible, sur un certain chiffre d'aumônes, nécessaire à l'entretien de leur vie. Quant aux évèques de Sicile ou à l'apôtre Pierre, la jouissance de leurs biens était limitée par les misères d'alentour. Si les besoins étaient trop urgents, *la propre cassette de l'évéque «levait s'ouvrir, le « vestiaire » de l'apôtre devait se vider, les vases sacrés, même, étaient vendus pour Ir rachat des captifs. Près des principales églises de Home, les variétés de la soull'rance humaine trou-
valent des refuges : il y avait des maisons pour les pauvres {hahilacula pauperum) , des hôpitaux ijiosocomia), des orphelinats iphtliochia). Saint Grégoire le Grand regardait la charité comnae une de ses principales attributions; il avait ses registres, conservés longtemps après lui, qui portaient le nom de tous les lidèles régulièrement secourus, l'indication de leur âge, de leur condition. Le palais du Latran était le centre d'une vaste organisation charitable.
C'est grâce aux testaments et donations , et grâce ù se? patrimoines surtout, que l'Église romaine pouvait subvenir à tant de dépenses. Lisez la correspondance de saint Grégoire le Grand avec les « défenseurs » préposés à ces patrimoines : elle est précise, minutieuse, comme les instructions que Caton l'ancien adressait à ses fermiers; elle veille aux plus minces détails, la composition des troupeaux, par exemple. Grégoire est un Romain de vieille souche; et le Romain sait calculer. Mais Caton se préoccupait de ses droits de propriétaire; Grégoire se préoccupe de ses devoirs. Il considère sa propriété comme une fonction sociale; il est rigoureux à ses mauvais serviteurs, non parce qu'ils le frustrent, mais parce quils lèsent les pauvres; il veut entin que les terres de l'Église produisent le plus possible, parce que leur fécondité sera le remède de l'indigence. Aux yeux de saint Grégoire le Grand, la surveillance des diacres et des défenseurs, le labeur des fermiers et des colons, s'exercent au profit de tous : on n'emmagasine les récolles que pour les distribuer; laccaparement, la spéculation môme sont exclus. Grégoire est préposé comme un gérant d'exploitation à ces vastes et fertiles patrimoines; il en doit le fruit aux pauvres et le compte à Dieu. Il