LE PAPE SOUVERAIN, CHARLEMAGNE EMPEREUR
bards apparaissaient aux papes comme des eimemis de rApôlre. Son dogme était démembré par les premiers, ses patrimoines par les seconds. Entre eux, ils s'accordaient mal, et, par un jeu de bascule, le, Pape sappuyait tantôt sur les uns, tantôt sur les autres. Mais un jour que Prlage II avait imploré le secburs de riùnpereur contre les Lombards, TEmpereur lavait prié de s'adresser aux princes francs. La Papauté tint compte du conseil. En 738, elle sollicita Charles Martel de descendre en Italie; Pépin, à deux reprises, Charlemagne ensuite exaucèrent ce vœu; ils contraignirent les Lombards de restituer à TApùtre les domaines perdus, et les papes acquirent, sur les régions que couvraient en grande partie ces domaines, une sorte de souveraineté temporelle. Ce fut un nouveau service rendu par la race franque à la Papauté. L'écrasement des Musulmans, la victoire sur les Lombards, le concours prêté à Boniface étaient l'œuvre, non point des souverains francs de la race mérovingienne, mais de la famille austrasienne des Pippinides : la Papauté éleva Pépin au trône, et Charlemagne à l'Empire.
Le sacre du roi Pépin par Etienne II, la donation du pouvoir temporel faite aux pontifes par le mi Pépin, la confirmation de cet acte par Charlemagne et le couronnement de Charlemagne empereur par Léon III apparaissent comme des faits connexes. Il y d là autre chose qu'un vulgaire échange, dans lequel Pi'pin et Charlemagne auraient apporté leur épée, Etienne et Léon leurs saintes huiles. Nous avons •observé, à propos de saint Grégoire le Grand, que les papes, en fait, exerçaient dans Rome les fonctions de souverain avant d'en posséder le titre. Et
pareillement, lorsque Pépin, héritier des Maires du Palais, et Maire du Palais lui-même, sollicita au sujet de la couronne de France une décision du pape Zacharie : « Il est juste, répondit celui-ci, que celui qui remplit l'oflice de roi en ait aussi le titre ». Enfin, lorsque Léon III confiait à Gharlemagne, avec le titre dempereur, le vicariat temporel des intérêts divins, il récompensait les constants efforts de la famille des Pippinides pour protéger contre l'Islam les frontières de la chrétienté ou pour les reculer aux dépens du paganisme saxon. Ces événements étaient une leçon vivante à ladresse des puissants : ils enseignaient que la souveraineté n'est point une sinécure et un privilège gratuit, mais une charge et une source d'obligations. La déchéance partielle infligée aux souverains de Byzance, la déchéance complète infligée aux Mérovingiens, ne furent pas des révolutions improvisées, des coups d"État dus à une surprise, mais le résumé et la conclusion de l'histoire antérieure.
On crut, plusieurs siècles durant, que- la possession des États romains (certains disaient même : de l'Italie) avait été attribuée au pontife Silvestre par une donation formelle de Constantin. On citait l'acle de cession, on le regardait comme la charte initiale du domaine temporel. Il est unanimement reconnu que celte charte était apocryphe. Le moyen âge tout entier fut donc trompé par un faussaire; mais, en témoignant cette crédulité, le moyen âge ne se trompait qu'à moitié. Car ces grands mensonges historiques ([ui, pendant plusieurs siècles, ont dominé l'esprit des hommes, présentent un singulier caractère : ils n'ont pas créé le droit dont ils paraissent être la source, ce droit existait avant eux; ils l'ont enrichi de