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LE PAPE SOUVERAIN, CIIARLEMAGNE EMPEREUR

Constantin protégeait ses descendants; le seul nom d'Empire apparaissait comme la garantie d'un certain ordre, comme une formule magique qui devait prévenir la dislocation finale. Mais lorsqu'une moitié de l'Orient devint un camp de l'Islam et que l'autre moitié restait un foyer d'hérétiques, Rome, forte et sûre de la confiance de l'Occident, se demanda si l'équilibre de l'Europe devait être perpétuellement rt'glé au profit de l'Orient. Dans l'Europe d'alors, l'Orient, c'était le vieil homme; méritait-il de présidera la civilisation nouvelle? car cette civilisation était mûre et les barbares de la veille se disposaient au gouvernement du lendemain. A Saint-Pierre, en l'an 800, le pape Léon III ratilia cette situation. Il lui parut que les vraies forces de la chrétienté n'étaient point en Orient où l'on spéculait au nom d'une théologie subtilement inerte, mais en Occident où la foi était agissante. Les deux moitiés de l'Europe avaient des façons différentes de comprendre la religion; d'une part, on y voyait un excellent prétexte à des exercices de dilettantisme intellectuel, l'amusement d'une oligarchie raffinée, un ensemble d'énigmes, d'autant plus jolies qu'elles étaient plus insolubles ; on y reconnaissait d'autre part quelque chose de plus simple, de plus mule et de plus populaire, une institution pour la bonne vie, une doctrine morale et un ferment d'action.

Le transfert de l'Empire en Occident marqua le triomphe de cette seconde conception. Ce fait, d'ordre politique, eut des raisons religieuses et un caractère religieux; c'est parla Papauté et pour la Papauté que l'organisation de l'Europe était bouleversée. Léon III, en couronnant Charlemagne, prélendalt-il attribuer

4i VUE GÉNÉRALE DE L HISTOIRE DE LA PAPAUTE.

à la Papauté future la disposition des couronnes? Subtil problème auquel les polémistes donnèrent plus tard leur encre et les soldats leur sang. Il est peu vraisemblable que, sous cette forme précise, Léon III l'ait envisagé. Au moyen âge, les récits du couronnement de Cbarlemagne furent épluchés, comme textes d'Évangile, par les théologiens et les légistes. On y voulut trouver des arguments pour ou contre Barberousse,' Frédéric 11 ou Louis de Bavière. Il se produisit comme une végétation de ce souvenir; et de cette végétation sortit une excroissance prodigieuse, la théorie du Saint Empire. Nous étudierons en son lieu cette lointaine conséquence du couronnement.

LA SÉPARATION DES CHRÉTIEXS d'oRIE.NT.

Moins de cent ans après Charlemagne, l'unité catholique commença de se déchirer. De tout temps, à Byzance, les précédents du césarisme romain, l'ambition d'étayer le despotisme sur la maîtrise des consciences, les flatteries des courtisans, avaient concouru à faire considérer l'Église comme une institution d'État. En fait, Rome elle-même, demeure du pape, n'était-elle pas un lointain appendice de l'Empire byzantin? Mais au huitième siècle, cet appendice se détacha; l'arrière-garde des administrations byzantines devenait l'avant-garde des populations germaniques. Alors la Papauté cessa d'être une sujette temporelle des Empereurs et continua de vouloir régner sur leurs peuples et sur eux-mêmes en souveraine spirituelle. Pour y consentir, il aurait fallu que les Byzantins

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