LA SÉPARATION DES CHRETIENS D'ORIENT
eussent le sens et le respect de la liberté, condition nécessaire de lexistence de l'Ëglise; jamais leur esprit ne s'était élevé si haut. Par surcroît, le couronnement de Charlemagne leur apparaissait comme un défi. Rome païenne avait cru réaliser l'unité du monde; Byzance prétendait la continuer; sur le Bosphore, on n'avait jamais conçu les Barbares comme des peuples dignes de conserver leur entière autonomie; on leur permettait d'être des instruments au service de l'Empire, et l'on inclinait, plus volontiers, à les éconduirc comme des intrus. Présomption vraiment étrange! pour la faire accepter, les moyens manquaient aux Byzantins; il semble qu'ils la conservaient par paresse d'esprit. Ils s'attardaient dans des conceptions politiques qui ne répondaient ni à l'état de l'Europe ni à leurs ressources. Cependant les civilisations barbares se développaient; elles s'éclairaient et se corrigeaient en empruntant à la civilisation romaine ce qu'elle avait de durable ; et l'Église, transition entre les deux mondes, servait de canal à ces emprunts; son séjour au centre, sa puissance, son activité, indiquaient en elle l'héritière de l'omnipotence romaine; bénéficiant du prestige qui s'attachait encore au nom de Home, elle construisait, avec les civilisations barbares, la « civilisation chrétienne », et, de même que la Papauté devenait exotique à l'égard de l'Empire byzantin, de même l'Empire byzantin devenait exotique à l'égard de cette civilisation chrétienne elle-même. L'histoire se bifurquait en deux courants; était-il possible de les mêler en un même lit? D'une part, une (juasi-stagnalion, une culture distinguée, brillante, rallinée, mais sans vigueur t-l sans avenir, l'impuissance à combattre l'Islam, la rê-
signation à celte impuissance: dautre part, la force, l'apostolat et la vie. Que l'Église puisse, simultanément, s'assimiler, en des pays divers, à deux civilisations fort différentes, l'expérience le prouve: mais cela ne veut pas dire : assimiler entre elles ces deux civilisations. L'Église ne peut pas l'absurde, non plus qu'elle ne le veut.
L'incident de Pholius est en somme assez banal. En 857, Bardas, qui gouvernait l'Empire au nom de Michel III l'Ivrogne, voulait que le patriarche Ignace fût complice de ses dépravations, au moins par le silence. Ignace parla. On l'exila, on lui arracha sa démission; Photius devint patriarche. Lorsque, dix ans après, Basile le Macédonien prit le pouvoir, il éconduisit Photius et rappela Ignace. Photius reconquit la faveur impériale; en 877 le patriarcat lui fut rendu: il le perdit de rechef en 886. Ce n'était pas un intrigant vulgaire, mais un savant consommé. 11 connaissait à merveille la lettre de la théologie; la portée du christianisme lui était voilée : il était l'homme de l'Empereur avant de paraitre l'homme de l'Église. Au moment même oîi les mots d'ordre du palais' provoquaient à Byzance ces révolutions de sacristie, Nicolas P"" régnait à Rome. Il apparaît, deux siècles avant Hildebrand. comme une efligie anticipée de Grégoire VIL On a conservé sa correspondance, impérieuse et multiple ; de tous les points de l'Occident, on le consultait, on venait à lui pour qu'il annonçât la justice et redressât l'injustice. 11 remplissait ce devoir envers et contre tous, contre les rois surtout. Dans ses lettres aux évèques, au clergé de Lorraine et à divers princes de l'Occident, il traque les vices de Lothaire, roi de Lorraine. La liberté de l'épiscopat, aussi, était