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LA SEPARATION DES CHRÉTIENS D'ORIENT

jalousement défendue par le pape Nicolas; il réponilait, par là, aux vœux de l'opinion ecclésiastique du temps. A cette époque précisément, par une de ces pieuses fraudes dont le moyen âge était coutumier, étaient fabriquées dans la Gaule du nord-ouest les Fausses Décrétales, série de lettres attribuées aux papes des premiers siècles, et qui tendaient à augmenter l'indépendance des évéques à l'égard des métropolitains et du pouvoir civil.

Scandaleux pour les bonnes mœurs, périlleux pour la liberté de l'Église, les incidents de Byzance révoltaient doublement Nicolas I'"''. Ajoutez qu'en élevant Photius au patriarcat, on avait négligé les règles canoniques ; 11' vice, censuré par Ignace, n'avait reculé devant aucun vice de forme pour se venger. Les légats qu'envoya Nicolas furent soudoyés par les ennemis d'Ignace; le pape rappela la cause à lui; il déposa Pbotius, et fut à son tour déposé par Photius. De part et d'autre, les armes s'émoussaient avant de frapper ; Photius et Nicolas conservèrent leurs sièges. Mais bientôt Photius rentra dans le néant, comme il en était sorti, par la volonté d'un empereur. Et lorsque cette volonté lui redevint propice, Home, consentant à reconnaître la nouvelle élection de Photius, lui demandait du moins ([uelquc rétractation du passé. Il refusa : tant que dura son second patriarcat, on ne sut au juste si les deux Églises de Rome et de Byzance étaient en communion.

Ce (jui est certain, c'est que Photius préparait leur désunion. Servi par une science solide, il insistait sur les différences de liturgie qui séparaient l'Église grecque et l'Église romaine; il reprochait aux Latins de jeûner le samedi, d'user de lait la première semaine

du carême, et certaines divergences de rites. Rome voulait faire prévaloir auprès des Orientaux l'esprit du christianisme, la pureté de sa morale, et la conception de la liberté de l'Église : il n'y a qu'une façon d'être chrétien. Les Orientaux chicanaient les Latins sur la lettre, sur des détails d'observance et de liturgie : il est mille façons d'être dévot. Rome dès cette épo- ({ue admettait la variété de ces détails; l'intolérance était du côté des Grecs, qu'offusquait cette variété. Une autre chicane soulevée par Photius fut celle du Filioque. Orientaux et Occidentaux admettaient également que le Saint-Esprit procède du Père par le Fils, c'est-à-dire du Père médiatement, du Fils immédiatement; les Occidentaux inclinaient à exprimer cette croyance dans leur Credo en ajoutant au texte : « qui procède du Père », les mots : « et du Fils » ; Photius en profita pour soulever des débats théologiques. Sa conduite eut des imitateurs : tel Léon d'Achrida, qui qualifiait les Latins, au onzième siècle, de « moitié juifs moitié païens », parce qu'ils consacraient du pain sans levain, mangeaient des viandes non saignées et omettaient l'Alleluia pendant le carême. Ainsi se développait dans le clergé d'Orient un esprit d'hostilité contre les Occidentaux; et, lors même que l'empereur inclinait à l'unité, ces préventions multiples, qui sollicitaient à la rupture, étaient les plus fortes. En 1053, le patriarche Michel Cérulaire ferma les églises des Latins à Constantinople ; en lO.'ii, après un infructueux essai de négociations, Rome fit déposer eur l'autel de Sainte-Sophie un décret d'excommunication contre Cérulaire. La communion des deux Eglises a depuis lors cessé.

La rupture, pourtant, n'a jamais été signifiée; l'ex-

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