CHAPITRE III
La crise de la Papauté et la fin de la « chrétienté ».
BOMFACE Vm; LA PAPAUTE A AVIGNON; SAINTE BRIC.ITTE, SAINTE CATHERINE DE SIENNE.
L'Kgliso militante, au grand jubil*'^ de l'an 1300, avait l'aspect d'une Eglise triomphante. De tous pays, les masses affluaient jusqu'aux pieds de Bonifaco VIII, et cette conviction mystique qui lui montrait en luimême le souverain de toutes les âmes fut douze mois durant vériût'e par les acclamations des peuples. Jour t't imit, autour du tombeau de l'Apôtre, deux clercs veillaient, pour ramasser les aumOnes que la charité des fidèles y déposait. Il semblait que cet immense pèlerinage, coïncidant avec une époque où l'Empire "■tait déchiré, dût asseoir avec une solidité nouvelle la suprématie des pontifes sur le monde. Brusquement les choses ciiangèrent. Philippe le Bel, roi de France, pratiquait dévotement le christianisme; il n'en avait pas l'intelligence el n'en acceptait pas
rimportunité. Il voulait être prince absolu et songeait même," au lendemain du grand interrègne qui avait affaibli l'Empire Germanique, à recueillir pour la race capétienne l'héritage impérial; les interventions politiques de la Papauté le gênaient. Il voulait, en face de l'Angleterre, être maître de la paix et de la guerre ; les propositions d'arbitrage, de trêves ou de traités le gênaient. Il voulait faire de fausses monnaies; il pouvait craindre qu'à cet égard encore, la Papauté ne le gênât, comme elle avait, au temps d'Innocent III, gêné le faux monnayeur qui régnait en Aragon. La lutte lui parut inévitable; il s'y jeta. Tour à tour impérieux et subitement prudent, Boniface procédait par courtes escarmouches; Philippe conduisait une guerre savante, qui commença par des pamphlets continua par des falsifications, et finit par un soufflet. Les prétentions de Boniface VIII étaient au fond les mêmes que celles d'Innocent III ; mais, au temps d'Innocent, aucun État n'était fortement constitué. Philippe le Bel -crut l'absolutisme royal nécessaire à la nation française ; il le vit incompatible avec l'absolutisme papal. Habile à s'appuyer sur l'opinion, il convia les bourgeois de France à forger eux-mêmes les chaînes dont ils ne seront délivrés que par la Révolution; lorsque ces bourgeois réunis en États généraux proclamèrent que « le roi n'a nul souverain sur terre fors Dieu », ils prétendaient rétorquer une bulle de Boniface VIII. Cotte maxime, qui donne ici-bas quittance à tous les caprices royaux, fit son entrée dans le monde par une manifestation antipapale. Elle impliquait l'abandon de la doctrine libératrice qui subordonnait la jouissance du pouvoir à l'observation tle certaines règles et à l'accomplissement de certains