BONIFACE VIII; LA PAPAUTÉ A AVIGNON
devoirs. Par là, le peuple abdiciuait ses droits; l'attentat d'Anagni, concerté par le roi de France et les Colonna, ne put extorquer du pape une semblabli' abdication. Philippe, en revanche, espéra bientôt trouver cette docilité chez Farchevêque de Bordeaux, ijui prit la tiare sous le nom de Clément V.
De Lyon où il fut consacré, Clément Vprit la roule d'Avignon, parce que les papes, pour exercer leur puissance, ont besoin d'une certaine sécurité : elle leur était refusée par l'aristocratie romaine. La Papauté, soixante-dix ans plus tard, reprit la route de Rome, parce que les papes, pour faire respecter leur puissance, ont besoin d'être libres et d'apparaître tels : or l'opinion les réputait esclaves des rois de France; elle s'alarmait à l'excès, sans doute, mais c'était déjà trop qu'elle pût s'alarmer; une situation qui suscitait de pareils soupçons ("tait, par là même, précaire et regrettable. Ils furent victimes de cette situation. L'histoire du quatorzième siècle montre une brusque déchéance de l'influence pontificale. On s(;nt, parmi la chrétienté, que si la Cour de Rome se fixe « en Avignon », elle cessera d'être une puissance internationale. Lorsque ses anathèmes visent les ennemis du roi de France, il semble qu'ils soient émoussés avant de frapper; l'empereur Louis de Havière, héritier des prétentions césariennes, braver l'exeommunication ; il allègue que le pape sert les Valois, qui disputent aux Wittelsbach la domination universelle; même il créera son pape, puisque la l'rance a le sien. En théorie, on admet toujours l'arbitrage de la Papauté; en fait, on y recourt moins. Les pontifes d'Avignon, comme leurs prédécesseurs, offrent aux belligérants leurs services de pacifica-
teurs ; et les légats, au quatorzième siècle, continuent d'apporter dans les camps des propositions de trêves. On vit Urbain V, par exemple, négocier la paix entre le comte de Comminges et le comte de Foix, entre les rois de Navarre, d'Aragon et de France, entre les petites souverainetés du Dauphiné et du Valentinois, agir contre les grandes compagnies, solliciter du roi de France des dégrèvements d'impôts pour les provinces ravagées. Mais les papes ne possédaient plus l'autorité nécessaire pour faire le bien des princes et des peuples malgré ces princes et ces peuples. Si, par une médiation solennelle, ils s'étaient elTorcés de réconcilier les Valois et les Plantagenets, l'Angleterre les aurait probablement récusés. On ne les croyait pas libres; et de pareils doutes ne se discutent pas, on ne les supprime qu'en leur enlevant tout prétexte. Ainsi diminuait la Papauté. La sensation de ce changement attristait les âmes pieuses; elle offusquait cette élite de chrétiens, qui brûlent, à toutes les époques, de seconder et de surexciter les ambitions de l'Église ; elle encourageait, enfin, les adversaires de la Cour de Rome. Les écrits de Marsile de Padoue sont d'une étrange audace : les temps étaient propices pour ces négations hérétiques dont le succès eût produit une reviviscence du césarisme païen.
L'Italie, veuve du souverain pontificat, en déplorait l'absence : n'en était-elle pas un peu responsable? Sa littérature naissante adresse aux papes d'Avignon de pressants appels; dans ce sombre concert qui mêle l'invective aux soupirs, la voix de Dante et de Pétrarque prédomine. Mais l'Italie, si jalouse qu'elle fût de revoir ses pontifes, ne se hâtait guère de mériter leur retour. Dans les villes, les tyrannies surgissaient,