PIE II ET LA CROISADE D ANCONE
a Ce ne sont pas nos pères, c'est nous qui avons laissé prendre par les Turcs Constanlinople, la mvtropole de l'Orient; pendant que nous nous prélassons chez nous dans une lâche inaction, ces barbares portent leurs armes jusqu'au IJanube. Nous nous faisons la guerre entre nous et nous laissons les Turcs libres d'agir à le'ur guise. Qu'entends-je dire? Ce sont des faits accomplis?Uorénavanl nous serons en repos? Comme si l'on pouvait compter sur la paix, avec un adversaire tel (jue le sultan Mahomet I Ah! s'ils vivaient encore, les (jodefroi, les Baudoin, les Eustache, les Hugues, les Hohémond, les Tancrède, il y a longtemps qu'ils nous auraient coupé la parole criant : Dieu le veut' Vous, vous attendez en silence
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la fin de ce discours. Peut-être même en est-il parmi vous qui disent : Ce pape prodigue les paroles pour nous pousser à aller nous faire tuer; ces prêtres sont tous les mêmes : ils imposent aux autres les charges qu'ils ne veulent pas seulement toucher du bout du doigt. N'en croyez rien, mes fils. Malgré notre faiblesse que vous pouvez constater, au péril de notre vie et au grand détriment des États de l'Église, nous sommes venu ici. Nous avons attaché plus de prix à la défense de la foi quà l'héritage de saint Pierre, qu'à notre santé et à notre repos. Oh! si nous avions encore les forces de notre jeunesse! Si vous le jugez bon, nous serons heureux de nous faire porter au milieu des camps, au lieu de faire péniblement ici des frais d'éloquence. Notre vie, notre personne, nos biens, sont à votre disposition». Ainsi parlait Pie II en 1458, devant les ambassadeurs de la chrétienté, réunis à Mantoue, cinq ans après que Constantinople était devenue turque. Quatre mois durant ils avaient dilTéré leur venue, espérant que le pape se lasserait de les attendre avant qu'ils ne fussent eux-mêmes lassés de chercher des prétextes à leurs retards. Mais les appels de Pie II avaient enfin triomphé de leur mauvaise volonté.
Dès le jour de son avènement. Pie II prêcha la croisade : malgré les Romains dont la tjTannique affection voulait le retenir, malgré les seigneurs et les condottieri qui menaçaient ses États, il imposait à l'Europe ce rêve absorbant, agissant, dont lEurope ne voulait pas. Frédéric III, l'Empereur, était préoccupé de combattre Mathias Corvin, roi de Hongrie : tant pis pour le Christ, dont Corvin était l'un des plus efficaces défenseurs. Charles Vil, roi de France, repro-