‹ Le VaticanChapitre 29 sur 91 · PIE 11 ET LA CROISADE D'AN'CONE · texte numérisé non relu

PIE 11 ET LA CROISADE D'AN'CONE

chait à la Papauté d'avoir pris parti, dans le royaume de Naples, pour la maison d'Aragon contre la\maison d'Anjou : sous ce prétexte, la France déclinait le service de la Croix. Le cardinal Bessarion, au nom du pape et de l'Église d'Orient, fit le voyage d'Allemagne; il ennuya les princes allemands par ses importuns appels, et les princes l'amusèrent par leurs stériles promesses. Venise acceptait l'idée d'une croisade, moins pour restaurer les temples du vrai Dieu que pour loger ses marchands aux alentours. Et Florence, jalouse de Venise, voulait que les Vénitiens fussent seuls à supporter le poids de la croisade, afin qu'ils y trouvassent la ruine. Entre Frédéric III, Charles VII, les princes allemands, Venise et Florence d'une part, et le pape d'autre part, il n'y avait plus de terrain commun; de part et d'autre, on avait cessé de parler la même langue. Mais chaque navire d'Orient conduisait aux pieds de Pie II des hôtes éplorés, qui fuyaient devant le Turc et qui criaient vengeance pour le Christ, justice pour eux-mêmes : Thomas Paléologue, '( despote de Morée », héritier des empereurs, qui rendit son dernier souille à l'hôpital du Saint-Esprit, Charlotte, reine de Chypre, Catherine, reine de Bosnie. Avec son corps qui repose à l'église de VAra Cwli, et le soin de la venger, celle-ci léguait au Saint-Siège le royaume de Bosnie, pour le jour où il échapperait aux musulmans. Ainsi l'Islam avançait, s'appropriant et déchiquetant les lambeaux de la chrétienté : dans chaque principauté qu'il occupait, les souverains baptisés devenaient des oiitla/rs; le Christ battait en retraite. Après l'émigration des princes, celle des saints semblait commencer : en l.jGii, on apportait à Pic II « le chel' » de l'apôtre André; une

procession pompeuse installait dans Saint- Pierre l'exotique relique. Mais ces pompes et leur dévote allégresse résonnaient comme un glas : le pape se demandait si Rome, centre de la chrétienté, ne serait pas bientôt réduite à en être le boulevard. Et l'indifférence de l'Europe persistait.

Pie II tenta Tune de ces folies que la foi seule inspire et rend admirables : il écrivit au Sultan pour lui proposer, avec le baptême, le titre d'Empereur des Grecs et d'Orient. Aux heures périlleuses, où les faits conspirent à la ruine de la Papauté, celle-ci, par une brusque et téméraire intuition, fait une sorte de tri dans ces faits; elle y discerne ce qu'elle peut accepter, ce qu'elle doit continuer à repousser; au lieu de combattre de front les forces hostiles, elle tente de les ajDprivoiser ou de les canaliser. On l'accuse alors d'être infidèle aux vaincus et complaisante aux vainqueurs. Mais elle demeure supérieure à ces reproches, comme aux pouvoirs mêmes auxquels elle fait des avances; et, lorsque ces avances réussissent, on découvre que cette « adoratrice du succès », par l'effet d'une habile patience, a fait, dans ce succès même, la part de Dieu. Supposons que le Sultan ait entendu l'appel de Pie II : les princes déchus, peut-être, eussent été médiocrement satisfaits; mais le rêve des croisades était accompli. Pie II laissait espérer à son correspondant le rôle d"un nouveau Charlemagne. Du coup l'histoire du monde eût été changée. Sur la chaire de Saint-Pierre, certaines audaces de pensée surgissent naturellement. Un pape et le commun des humains n'ont pas la même conception du possible : la seule chose paradoxale pour un pape, légataire des éternelles promesses, c'est le triomphe définitif de

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