PIE II ET LA CROISADE D'ANCONE
Terreur. Le Sultan resta sourd aux propositions de Pie II.
Alors Pie II, chancelant de firvre, perpétuclloment secoué par une toux rebelle, résolut de marcher luimême contre le commandeur des croyants. Il avait d'abord dit : « Nous forons comme Moïse, qui priait sur une colline, pendant que le peuple d'Israël livrait bataille aux Amalécites ». Mais en vain le ciel eût aidé, la chrétienté ne s'aidait pas. Pie II voulut affronter lui-même les Amalécites; il partit pour Ancônc où il avait quel({ues vaisseaux à l'ancre. Peu d'années auparavant, le duc de Bourgogne avait promis d'aller à la croisade, dès qu'un prince en prendrait la tête; il savait les dispositions de ses collègues en souveraineté, et ne redoutait pas d'être un jour gêné par ce vœu. Mais Pie II fut ce prince ; il écrivit au duc de Bourgogne pour lui rappeler son serment. Le duc, après quelques bonnes paroles, s'excusa. En Allemagne, suivant là caractéristique expression d'une chronique, «les petites gens quittaient le chariot et la charrue »> pour marcher contre le Turc. Ils offrirent à Pie II son unique consolation. La flotte vénitienne, qu'il comptait trouver ù Aucune, retardait sa venue. Le pape voulait mettre les galères du doge au service du Christ, et le doge voulait mettre les galères du pape au service du commerce vénitien : l'un prétendait abattre le croissant, l'autre fonder des comptoirs. Les voiles de Rome et les voiles de Venise n'étaient pas enflées j»ar le même souille. Avant qu'elles se fussent unies, Pie II, miné par l'impatience et la maladie, mourut, martyr de son rêve et victime de la politique moderne.
Il faut descendre en Hongrie et dans' les Balkans
pour retrouver, à cette époque, de vrais ennemis du Turc. Encore ces héros chrétiens, Corvin, Hunyade, Scanderbeg, sont-ils en même temps des héros nationaux. Ils furent encouragés par les libéralités des successeurs de Pie II, appuyés quelquefois par certaines manifestations des flottes pontificales. Mais ces résistances n'auront qu'un temps et trouveront un terme. Les Turcs entreront dans le concert, ou plutôt dans les discordes de l'Europe. Après s'être, au quinzième siècle, disputées en leur présence, les nations chrétiennes, s'allégeant d'un dernier scrupule, se disputeront, au seizième siècle, pour avoir leur appui. François P"" se servira d'eux pour gêner l'Empereur, Venise pour s'enrichir; et l'Europe orientale, depuis trois cents ans, oscille en un perpétuel provisoire, dont la fragilité même semble venger Pie II. Il y a une question d'Orient, pour laquelle, depuis deux siècles, nombre d'armées chrétiennes ont éparpillé leurs os : en rêve, Pie 11 lavait résolue.