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AFFERMISSEMENT DE L'ÉTAT PONTIFICAL

tisme et cette conviction de ses premiers fondateurs, qu'ils travaillaient au bien de la chrétienté. Leurs moyens furent mauvais; parmi leurs intentions, il en fut de respectables. Mais l'appui le plus efficace que rencontra la propagande protestante lui fut infligé, en Allemagne comme en Angleterre, par des princes dépravés ou cupides qui contraignaient tous leurs sujets d'imiter leur conversion. Il est une (|uestion que l'bistoire doit poser, encore qu'elle n'y puisse répondre : Sans ces étranges bienfaiteurs, la Réforme eûtelle eonf[uis la moitié de l'Europe? En lo63, l'ambassadeur vénitien Soranzo écrivait : « Dans la défection de l'Allemagne et de. l'Angleterre, l'intérêt propre des princes a eu une plus grande part que l'opinion de Martin Luther et de Zwingle, et ce ne sont ni Calvin ni Bèze, mais les inimitiés particulières et le dt'sir de gouverner, qui ont été la principale raison lies mouvements actuels en France ».

Lo triste souvenir d'Alexandre VI fut peut-être un dos motifs de la décision de Luther; et c'est parce que Clément VII refusera de légaliser la triste conduite d'Henri VIII que celui-ci, dans son royaume, va jouer au Luther; les moines qu'il persécutera le plus brutalement sont les Minorités, persécuteurs de ses mauvaises mœurs. De telles réflexions pouvaient avertir les initiateurs de la Réforme quils avaient manqué leur œuvre, puisque leur mouvement de moralisation religieuse avait pour levier l'immoralité des puissants de la terre.

Cette faillite, avec le temps, devint plus évidente. Luther, Zwingle, Calvin prétendaient maintenir une religion, et ils prétendaient que cette religion fût un rameau du christianisme. Pouvait-on, en se détachant

du tronc romain, en rejetant même certains de ses dogmes, fixer d'une façon stable un patrimoine de foi, que se transmettraient, dans le temps et dans l'espace, des générations successives de réformés? Et les fidèles de la Réforme éprouveraient-ils , comme ceux de Rome, cette puissante et douce impression, qu'ils forment tous un même corps, et qu'ils communient entre eux, à travers les siècles et sous toutes les latitudes, par un même apanage de croyances? Cette satisfaction ne leur fut pas donnée. En matière religieuse, on ne fait pas à l'individualisme sa part; et lorsque l'homme s'est établi juge d'un dogme, il s'établit juge de tous. On ne parviendrait pas, présentement, en Allemagne, à faire signer une nouvelle confession d'Augsbourg à tous ceux qui se réclament de Luther. La divinité même du Christ, fondement du christianisme, est un objet de doute ou de négation pour un certain nombre d'entre eux; il est des sectes protestantes qui n'ont' plus de foi. Et tandis que Luther s'écriait jadis : « La foi suffit au salut, sans les œuvres », le protestantisme, aujourd'hui, avec un zèle parfois admirable, se retourne vers les œuvres, et se console ainsi du dessèchement ou de l'annihilation de la foi.

RÉFORME DE LA CL'RIE ET DE L EGLISE PAR LA l'APAUTÉ : LES JÉSUITES.

On raconte que Léon X, apprenant la révolte de Luther, avait dédaigneusement souri de cette « que-

relie de moines ». Au moyen kge, le Saint-Siège prévenait ou réglait les querelles des moines, mémo beaucoup moins graves que celle qui divisait Luther et Tetzel. Au temps d'Alexandre YI, de Jules II, de Léon X, on se piquait de certaines complaisances semi-païennes, d'une jolie facilité d'humeur et d'existence, et de cette aimable tolérance qui peut-être paraissait de bon goût, mais qui certainement était de mauvais aloi; à la faveur d'un mot d'esprit ou d'un sourire, on amnistiait volontiers les peccadilles d'opinion, voisines même du péché d'hérésie; les élégants humanistes chuchotaient à leur aise des phrases d'une orthodoxie douteuse; les clameurs importunes d'un réformateur catholique comme Savonarole étaient étouffées par la fumée du bûcher; la Cour de Rome se laissait vivre ; elle jouait volontiers avec le paganisme ressuscité, semblable aux grands seigneurs du dix-huitième siècle, qui firent les galants à l'égard des idées nouvelles jusqu'à ce que la Révolution mît fin à ces coquetteries. Il semblait que Pierre Damien eût annoncé ces temps lorsqu'il écrivait : « Si le Saint- Siège est ferme, tout le reste est solide; s'il est entamé par la corruption, lui qui est le fondement et la base de tout, le reste tombera nécessairement en ruines ».

Durant tout le moyen âge, on avait prononcé le mot Réforme; l'un des deux motifs pour lesquels Innocent III avait convoqué le grand Concile de Latran était la réforme de l'Église, et c'est en se tournant vers les papes que Pierre Damien, saint Bernard, sainte Catherine de Sienne répétaient impérieusement ce vœu. La Papauté simule, au seizième siècle, pouvait, en restaurant vigoureusement l'unité de

dogme, de discipline et d'aspirations, en imposant aux chrétientés des divers pays la concentration docile autour de Rome, arrêter la ruine du catholicisme. Il fallait, pour cela, qu'elle reprît ses vieilles et grandioses ambitions spirituelles, paralysées, au quinzième siècle, par des conciles d'ailleurs impuissants, reléguées au second plan, depuis Pie II, par le flot grandissant des préoccupations temporelles.

Elle était comme arrivée à un tournant de l'histoire ; c'est à ce tournant que les yeux du monde la regardaient et la guettaient. Catholiques, sceptiques, adversaires, étaient impatients de la voir à l'œuvre, agissant sur elle-même et, si l'on ose dire, contre ellemême, non pas contre sa nature, mais contre ses abus. C'était une besogne nécessaire; dès 1523, un pape l'avait dit : « Nous savons, écrivait à cette époque Adrien VI, que depuis longtemps bien des choses détestables se passent autour de ce saint siège luimême, des abus ecclésiastiques, des excès de pouvoir : tout a été détourné vers le mal. Et de la tète, la corruption s'est étendue aux membres, du pape aux prélats. Nous avons tous péché, il n'y en a pas un seul qui ait bien agi, pas un ».

Mais Adrien YI n'avait pas vécu; ses paroles expirèrent sans portée; elles n'eurent qu'une valeur documentaire. En l.'SSO, le pape Paul III choisit une commission de neuf membres pour travailler à la réforme; cette commission travailla, mais n'aboutit point. A chacun des commissaires, Paul III avait donné l'instruction suivante : u Nous espérons t'avoir élu pour que tu rétablisses dans nos cœurs et dans nos œuvres l'autorité du Christ déjà oubliée par les laïques et par nous autres membres du clergé; que

lu portes remède à nos maladies; que tu reconduises les brebis du Christ dans leur bercail unique, et que tu éloignes de nous la colère de Dieu et sa vengeance, que nous avons méritée et qui est sur le point de tomber sur nous ». Ce programme dicté par Paul III résume bien l'histoire de la Papauté du seizième siècle.

C'est par un réveil d'intransigeance et un renouveau d'austérité que la Papauté se réforma et réforma l'Église. Cette réforme a l'allure d'une réaction, elle est sincère, violente, impitoyable. D'instinct, elle est persécutrice, elle trouve le mal partout où il est, jusque dans l'entourage des pontifes et jusque dans leur personne; elle cherche le mal là même où il n'est pas. Elle fut si loyale et si radicale, qu'elle pénétra d'une solide piété la Cour de Rome tout entière : ce ne fut pas un de ces changements supeiiiciels comme on en vit plus lard à Versailles, qui mettent l'hypocrisie à l'ordre du jour; ce fut une réforme profonde, et les papes achetèrent, en étant sévères pour eux-mêmes, le droit d'être sévères pour autrui. Le passé de ces papes garantissait l'orientation de leur pontificat. C'est en présidant les sessions du Concile réformateur de Trente, que Jules III del Monte s'est rendu digne de la tiare. Paul IV Carafla devint pape dans sa vieillesse; pêcheur d'âmes dans sa jeunesse au profil des Théalins, chasseur d'hérétiques dans son âge mûr au profit du Saint-Office, il avait, par ce double labeur, fait l'apprentissage du métier pontifical. Pie V Ghislieri, sur le trûne de Pierre, conserva l'humilité d'un moine et la rigueur d'un grand inquisiteur. Personnellement, son prédécesseur Pie IV était d'humeur moins farouche, mais

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Pie IV avait un neveu, Charles Borromée, infatigable correcteur des humbles clercs et des prélats, et dont l'exemple était plus efficace encore que les conseils. « On vit très modestement à Rome, écrivait un ambassadeur, soit parce qu'on est pauvre, soit parce qu'on imite le cardinal Borromeo ». C'est peut-être le seul exemple d'un assaut de rigorisme qui ne dégénère pas "en pharisaïsme. Lorenzo Priuli, ambassadeur vénitien, écrivait au sujet de Pie Y, Grégoire XIII et Sixte-Quint : « En vérité, il semble que Dieu ait ouvert l'œil de sa clémence envers la chrétienté en nous donnant, depuis la clôture du Concile, l'un après l'autre, trois pontifes qui en ont été de bons exécuteurs au grand avantage de la chrétienté ». La façon même dont la Papauté conçut et pratiqua cette réforme témoigne qu'il ne s'agissait pas seulement pour elle d'accorder quelques satisfactions à l'opinion; elle croyait remplir un devoir envers Dieu et envers elle-même.

En même temps, le catholicisme se resserrait sur lui-même avec une inflexibilité d'autant plus ombrageuse qu'il était plus menacé; et les attaques dirigées contre l'autorité de l'Église eurent ce résultat, de fortifier l'autorité dans l'Église. Ne comptant plus que sur ses propres forces, cette austère monarchie se donna une police. Au moyen âge, l'Ëtat, dans une certaine mesure, faisait la police contre l'hérésie; onne pouvait assigner ce rôle aux États du seizième siècle : protestants, ils faisaient la police contre l'Église ; catholiques, contre les « doctrines romaines » — ainsi les Parlements désignaient-ils certaines croyances et certains règlements, conséquences logiques de l'institution papale. Il fallait donc que l'É-

glise de Rome organisât et fortifiât sa maréchaussée d'inquisiteurs. Là où l'État le permettait, elle réclamait à leur service le bras séculier. Ailleurs, elle n'attachait à leurs foudres que des effets spirituels; mais ces théologiens du Saint-OfTice, extérieurs et supérieurs aux préoccupations nationales, jugeant d'après la doctrine reçue à Rome, signalaient du moins le péril, lors môme qu'ils étaient impuissants à le réprimer. C'est en 1542 que cette organisation fut créée; elle reçut des facultés illimitées pour la recherche des crimes contre la religion ; et les actes du Sainl-Ollice furent soustraits à toute ingérence des ordinaires diocésains. L'Index, ensuite, fut établi. La Papauté, par surcroît, forgeait contre l'hérésie des armes do plus longue portée, en suscitant au service de l'Église un mouvement scientifique ; si bien que la Contre-Réforme, qui fut à certains égards une réaction contre la Renaissance, amena, d'autre part, un merveilleux progrès de la science catholique. Le salut de r%lise devenait la suprême loi ; pour que le Saint-Oflice y pût librement veiller, Pie V décida, en 1561, que ni lui ni ses successeurs ne pourraient, par aucune lettre de grâce, paralyser l'action de ce tribunal. Ainsi, par la volonté de son ancien commissaire général, devenu pape, le Saint-Odice était investi d'une dictature, et la Papauté disposait de sa toute-puissance pour assigner des limites à cette toute-puissance elle-même.

Au service de ce despotisme ainsi régénéré, des armées de mystiques s'enrôlèrent. Au moment même do la révolte do Luther, Théalins et Capucins avaient surgi. Par des moyens fort divers, ils préparaient une nouvelle conquête chrétienne. Aristocrates d'ins-

tinct. de goûts et souvent aussi de naissance, les premiers Théatins. pour s'initier à la vie mystique et aux surnaturelles préoccupations, formèrent l'oratoire de l'Amour Divin, cénacle étroit, d'apparence un peu hautaine, plein d'intentions fécondes et de grandes ambitions; CaratTa, le futur Paul IV, était un de leurs fondateurs; et, d'après ses plans, cet austère et pieux apprentissage devait les rendre dignes de lépiscopat; homme de gouvernement en même temps que de mysticisme, c'est une pépinière d'évêques qu'il voulait créer; il regardait la vie conventuelle comme un acheminement vers les hautes fonctions du clergé séculier, et rêvait une hiérarchie ecclésiastique dans laquelle le monachisme infuserait perpétuellement un sang nouveau. A la même époque, sur le vieux tronc franciscain se greffait le rameau des Capucins; on ne retrouve pas, ici, cette piété de haute allure; sous l'aiguillon de l'exaltation divine, le Capucin ne s'enferme pas, avec quelques compagnons d'élite, en un mystique observatoire; il descend vers la populace, et se fait va-nu-pieds, comme elle.

Aux mystiques du seizième siècle, la quiétude contemplative ne suffît plus; ils ne s'isolent du monde que pour y faire une rentrée conquérante ; et c'est vers l'action que toutes leurs énergies convergent. On vit bien, à cette même époque, quelques pauvres Camaldules ressusciter l'ascétisme solitaire, et nul n'oserait dire que cette dévote réclusion fut stérile. C'est une sorte de loi dans l'économie du plan divin qu'en consacrant leur existence à la prière, certaines àraes de choix rachètent, par une mystérieuse compensation, l'indiflérence ou l'impiété de

ceux qui ne prient point. Le Camaldule emmuré dans son cloître, et la nonne qui rend au monde oubli pour oubli exercent aux yeux de IP^ylise, en un sens surnaturel, une certaine fonction sociale; ils sont comme une représentation, perpétuellement suppliante, dt' la société auprès de Dieu. Mais au seizième siècle, c'est le mysticisme agissant qui fait des merveilles; il n'arrache pas au monde ceux dont il fait sa proie, il les y pousse, au contraire ; il les installe partout où il y a des âmes à prendre, ou des âmes ù garder. La création de la Compagnie de Jésus par saint Ignace de Loyola fut l'expression la plus complète et la plus durable de cette variété de mysticisme.

Pendant huit siècles, l'Espagne avait été comme un camp, sur les frontières de la chrétienté. Sa vie était faite de croisades obscures qui lentement reconquéraient sur le Maure une terre autrefois chrétienne. Au lendemain de la victoire déflnitive remportée par Ferdinand le Catholique, le peuple espagnol fut embarrassé de ses bras, de sesépées, nous dirions presque de sa piété; il ne savait plus par quels exploits rendre hommage à Dieu. Dans son existence, la victoire avait introduit une solution de continuité; il s'ennuyait de n'avoir plus à vaincre ; habitué à lutter pour vivre, il ne pouvait plus vivre sans lutter. Alors sur les ruines de la Chtnalerie, que sa victoire môme rendait désormais superflue, trois types surgirent : Don Quichotte, qui ne pouvait croire le combat lini et qui provoquait des moulins à défaut de Maures, jusqu'à ce quo Cervantes eut rappelé l'Espagne au bon sens; l'ernand Cortez, qui cherchait au delà des mers une occasion d'aventures, des infidèles à convertir et

des ennemis à tuer; enfin Ignace de Loyola. Entre la chevalerie du moyen âge et la Compagnie de Jésus, il existe une sorte de filiation; et, pour créer son ordre, le blessé de Pampelune n'eut point à dépouiller le vieil homme, il n'eut qu'à le continuer.

Ce qui frappe, lorsqu'on étudie les premiers Jésuites, c'est qu'on saisit en eux, tout ensemble, une certaine ignorance de l'immédiate destinée de la Compagnie, une grande sécurité pour son lointain avenir. Ils pensent à la croisade, en parlent, et paraissent sentir vaguement que ce n'est point à la croisade que les circonstances les convient; ils attendent un emploi de leur activité, une route pour leur ambition. Ce sont des instruments, robustes et souples; ils cherchent la main qui les maniera, quelle sera cette main?

Saint Ignace la désigne lu'-même. Le quatrième vœu, qu'il soumet au serment de ses profès, est ainsi conçu : « Consacrer leur vie au service continuel de Jésus-Christ et des papes, combattre sous la bannière de la croix, servir exclusivement le Seigneur et le pontife romain comme vicaire de Dieu sur terre, de telle sorte qu'ils fussent obligés d'exécuter autant qu'il leur serait possible, immédiatement et sans aucune hésitation ni excuse, tout ce que le pape actuel ou plus tard ses successeurs leur commanderaieni pour l'utilité des âmes ou pour la propagande de la toi, et cela dans toutes les provinces oiî ils voudraient les envoyer, tant chez les Turcs ou tous autres infidèles, même dans les Indes, que vers les hérétiques, schismatiques, ou fidèles quelconques ».

Ainsi s'expliquent, à la fois, l'unité et la variété de la Compagnie, unité dans la direction et dans le but,

ROLE DE LA PAPAUTK AU CONCILE DE TRENTE, loi

variété dans les moyens. Immédiatemnnt les souverains et les classes supérieures furent l'objet de ses constants efîorts : Rodriguez guide les rois de Portugal, Guillaume IV de Bavière rend à Bobadilla dévouem<Mit pour dévouement; Le Jay et Canisius exercent une forte influence sur l'Empereur, A Vi(>nne, Ingolstadt, Candie, Salamanque, Louvain, les Jésuites créent des universités. Le Collège Germanique que fonde à Rome saint Ignace est un prototype de ces séminaires que multipliera le Concile de Trente. La Compagnie a s<'s publicistes, qui soutiennent les doctrines romaines avec un enthousiaste acharnement ; elle enrichit, enûn, la chrétienté et le martyrologe, grâce aux missionnaires qu'elle répand dans les deux mondes, w C'est merveille combien de part ce collège, tient en la chrétienté, écrivait Montaigne; c'est celui de nos membres qui menace le plus les hérétiques de notre temps ».

Soutenue par la petite milice défensive des inquisiteurs et par la forte milice offensive des Jésuites, la Papauté put imposer au monde la Réforme catholiqu<;, qu'elle s"était tout d'abord imposée à elle-même.

miLE liE LA l'Al'AITK AU CONCILE DE TRENTE.

L'histoire du Concile de Trente nous montre les papes à l'œuvre : progressivement ils reconquièrent la maîtrise de rfigliscv, au-dessus du chaos des opinions et. des intérêts, le souverain ponlilicat émerge, « ornmc le seul pouvoir qui ait conscience de son vou-

loir. Il a les princes contre lui, sauf Philippe II d'Espagne ; mais les princes sont désunis entre eux : Charles-Quint appelle le Concile en Allemagne, Henri II de Valois veut le retenir en Italie, et ces divergences mêmes favorisent la Papauté. Depuis la première annonce du Concile de Trente jusqu'au lendemain de sa clôture définitive, il y eut deux façons de concevoir cette Assemblée : l'une était celle du pape, l'autre celle des souverains. Chaque phase du Concile marque une nouvelle victoire du pape sur les souverains; et ceux-ci s'en vengèrent en marchandant ou refusant leur reconnaissance aux décrets de l'assemblée.

L'hérésie avait eu pour cause la ruine de la discipline ecclésiastique, elle avait pour effet la dissolution progressive des dogmes dans un certain nombre de cerveaux. Que fallait-il combattre tout d'abord, la cause ou l'effet? Ce fut, entre les princes et les papes, un sujet immédiat de conflit. Ceux-là voulaient qu'on s'occupât en premier lieu de réformer la discipline, et ceux-ci se préoccupaient de préserver le dogme. Les premiers réclamaient pour les laïques une part active aux délibérations du Concile; et les seconds, peu soucieux de renouveler l'expérience de Bâle, maintenaient avec fermeté ce principe, que seuls les évêques et chefs d'ordres auraient droit de vote. Enfin les princes laïques souhaitaient que ces débats spirituels prissent la forme d'un duel où le pape et les héréliques seraient parties adverses ; le pape, au contraire, envoyait ses légats au Concile comm(> présidents, non comme champions,

En présence de la Réforme, l'Église romaine pouvait prendre une double attitude : ou bien opposer aux négations des réformés une affirmation solennelle

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