‹ Le VaticanChapitre 38 sur 91 · LA TAPAUTÉ APRES TRENTE. 16Î · texte numérisé non relu

LA TAPAUTÉ APRES TRENTE. 16Î

titude matérielle. De même que Descartes, par un consciencieux effort, transforme en une table rase son cerveau meublé par les Jésuites et veut, de luimême et par lui-même, retrouver toute la vérité, ainsi procède la science depuis la lin du moyen âge jusqu'à nos jours. Dans sa cellule de travail, le moine du treizième siècle entrait tout entier, avec son intelligence pénétrante et son âme croyante, ses audaces do rêveur et ses scrupules de dévot, son Aristote et son rosaire. Depuis trois siècles, au contraire, pour citer une phrase de Taine, certains cathol^fiues studieux (( interposent d'avance entre leur science et leur foi, un mur de st-paration, une cloison étanche, qui empêche leur raison et leur conscience de se rencontrer et de se heurter ». Telles sont les tendances de la science moderne. Comme Descartes, il faut, avant de rendre hommage à Dieu, que, par un doute provisoire, elle se décerne à ello-mêmo un hommage préalable. Comme l'apôtre Thomas, il faut, avant de croire, qu'elle doute et qu'elle touche. — C'est un abus de pouvoir, dit-on, et la science empiète sur les droits de Dieu. — Mais le fait est universel, il échappe à tout remède. Jésus après tout invita Thomas à constater, par les yeux d'abord, puis par le toucher, les plaies de son cadavre ressuscité; comme l'empirisme scientifique et la critique historique travaillent sur le dogme, ainsi travailla Thomas sur le corps du Maître. Et, tranquillement, le Maître, laissait faire : « Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu », dit-il ensuite. Il semble, en effet, que la béatitude du mystique est supérieure à la joie du savant. Mais les incertitudes de Thomas ne le rendirent point indigne d'être apôtre, non plus que la science, par ses

prudentes réserves, ne démérite de la foi ; et la vraie question qui angoisse beaucoup de consciences est celle-ci : Engagée dans les voies du sceptique apôtre, la science, à la fin des siècles, conclura-t-elle, comme lui, par un acte de foi?

Ce fut un bienfait pour l'Église catholique que le Concile de Trente déflnît derechef, en précisant les définitions anciennes, la foi tout entière, et qu'il remît à la Papauté la garde de cette foi, le soin de trancher rapidement les diflicultés dogmatiques et de condamner les erreurs. De môme qu'aux tentatives d'aflranchissement des Églises nationales Rome avait riposté en rendant plus robuste et plus présente l'action du Saint-Siège; de même, à la liberté absolue de la recherche et de la spéculation, elle oppose le contrepoids de son autorité. Depuis le Concile de Trente, il existe à Rome un dépôt incontesté de la vérité : c'est là qu'on va la chercher, sans évoquer des conciles généraux, sans susciter des conciles nationaux, sans prolonger ou aigrir les débats; au "Vatican, le catholique la trouve, elle s'y conserve et elle y vit d'une sorte de présence réelle. Saint Vincent de Lerins définissait la foi : « ce qui est cru par tous, toujours et partout ». On souhaitait, à l'époque moderne, un critère plus concret pour la discerner, pour la séparer d'avec l'erreur, et pour la distinguer, aussi, de certaines superpositions acceptées ou créées par la piété, susceptibles de flatter l'imagination des fidèles, mais indignes d'exiger leur adhésion dogmatique; en face des arrêts de la science, on avait besoin de savoir, vite et sûrement, que cela est tradition dogmatique et que ceci est légende. D'avance le Concile de Trente prévit et prévint ces besoins : la foi,

Page 1