‹ Le VaticanChapitre 39 sur 91 · LA PAPAUTE APRES TRENTE. IGJ · texte numérisé non relu

LA PAPAUTE APRES TRENTE. IGJ

pour le catholique, est devenue, de plus en plus, une chose concrète, facilement palpable; elle se définit ainsi tout simplement : « ce que le pape croit et ce que le pape dit ". La définition de l'infaillibilité du pape en 1870 ne fut qu'une conséquence, historique et topique, de l'impulsion définitivement donnée à l'Église par le Concile de Trente.

Ayant ce moyen simple ft pratique de connaître sa foi, le catholique assiste ou participe, sans alarme aucune, au travail de la science. Entre cette science et la foi, les occasions de conflit sont incessantes : il ne les redoute point. Il sait que la science se fait et que la foi est faite. Il constate, sans chicanes, qu'entre les conclusions actuelles des savants sur tel sujet et les enseignements de la foi, il y a contradiction. Mais ces conclusions actuelles marquent-elles un terme sur la route que parcourt la science, ou bien ne marquent-elles qu'une étape, parfois même une déviation? C'est par des tâtonnements que procède la science ; sa marche est entrecoupée de zigzags. Si le dogme n'était préservé par une autorité jalouse qui compte trouver un jour la revanche des apparentes défaites d'aujourd'hui, une séduisante tentation convierait beaucoup de croyants à mettre leur dogme à l'unisson de leur science. Cela flatterait une ou deux générations, et puis on s'apercevrait qu'ils subordonnent l'immuable au changeant, le définitif au provisoire. Après quelques épisodes de ce libéralisme en matière de foi, l'humanité, cherchant la stabilité où jadis elle la trouvait, ne l'y rencontrerait plus : la foi -orait à la remorque de la science, qui, progressant ille-mème par les bonnes fortunes des chercheurs, est, dans une certaine mesure , à la remorque du

hasard. Il y a trente ans, on aurait sacrifié le récit de la création aux hypothèses nouvelles de la génération spontanée; puis les découvertes d'un Pasteur, ressuscitant le vieux principe : nihilum ex nihilo, auraient rendu crédit à la Genèse.

En fortifiant la maîtrise de la Papauté sur le dogme, le Concile de Trente a prévenu ce péril. En vertu même de sa foi, le catholique est convaincu que la foi telle qu'elle est et la science arrivée à son terme se recouvriront et s'unifieront; cette certitude résulte, pour lui, de sa croyance à la véracité de Dieu et à Tunité de la vérité. S'appuj'ant sur cette certitude, il interdit au savant de proclamer une découverte contraire à la foi comme l'expression définitive du vrai; elle peut d'ailleurs marquer un stade dans la marche vers le vrai. Il n'empêche pas la science de s'avancer aussi loin qu'elle le veut, mais seulement de conclure trop vite. A la course des savants, il n'oppose aucune barrière; il est l'antagoniste, pluôt, de ceux qui s'arrêtent, pleins d'illusion, dans la possession d'une demi-vérité et qui prétendent substituer cette demi-vérité à l'enseignement de l'Église.

« La science et la foi seront un jour en une parfaite harmonie ». Qui parle ainsi? c'est la foi. « L'antagonisme entre la science et la foi ira grandissant -. Qui a le droit de parler ainsi? Ce n'est certes pas la science; car si la science connaissait à l'avance le sens et la portée de ses conclusions définitives, les savants pourraient regagner leurs tentes, la science serait faite.

Tel est, depuis le Concile de Trente, l'état d'esprit dos catholiques à l'endroit de la science. Ils présentent ce phénomène qu'au moment môme où la

science les croit vaincus, ils se flattent de la voir tôt ou tard, par l'effet de ses progrès, ramenée vers eux. Ils persistent, non seulement à espérer, mais à croire que la science parfaite et la foi sont prédestinées à l'harmonie, et que le dernier acte de la pensée libre sera un hommage à l'autorité. Entre hier et domain, la Papauté , maîtresse du dogme, tutrice des esprits, sert de lien; elle attend patiemment, en rassurant ses lidèles, que ceux qui croiront après enquête, retournant auprès d'elle, rejoignent les dociles chrétiens du moyen âge, qui, conûants en la Mère Église, croyaient sur requête.

POLITIQUE NOUVELLE IMPOSEE A LA PAPAUTE : LES MIS- SIONS DANS LE NOUVEAU MONDE, LES NONCES ET LES JÉSUITES DANS L'aNI'.IEN MONDE.

Au terme du Concile de Trente, il devenait évident qu'une moitié de l'Occident était détachée de l'Église romaine pour de longues années. Rome avait refusé toute condescendance aux opinions nouvelles; elle avait mieux aimé leur laisser, provisoirement, une partie de ses sujets, que de leur sacrifier, définitivement, une parcelle de son dogme. Une seule pensée pouvait consolor les papes de cette amputation : le siècle même qui leur arrachait un troupeau d'antiques fidèles leur fournissait un nouveau contingent d'infidèles; encouragé par l'Église et par l'Espagne et travaillant pour l'une et pour l'autre, (Christophe Colomb, trente ans avant Luther, avait

conquis un continent. On pouvait se demander, en plongeant dans l'avenir, s'il n'était pas dans la destinée du catholicisme, venu de l'Orient, de reporter toujours plus loin vers l'Occident son centre de rayonnement. Une première fois jadis, rompant les liens qui l'attachaient à Bj'zance, l'Église romaine avait bouleversé l'équilibre de l'Europe au profit de l'Occident, à peine sorti de la barbarie. Si l'Europe à son tour rompait ou relâchait les liens qui la rattachaient à l'Église, était-il impossible à cette Église, travaillant au delà des mers, de bouleverser l'équilibre du monde au profit de rAmérique, à peine sortie de la sauvagerie?

Mais pour que la Papauté veillât à l'actif développement des missions, il n'était pas besoin qu'elle rêvât d'un tel transfert d'influences. C'est par l'apostolat qu'une Église s'atteste vivante, et l'apostolat comporte une organisation; avec ses cadres solides et sa centralisation puissante, l'Église de Rome pouvait s'outiller aisément pour la conversion des infidèles, et cette conversion, pour elle, était un devoir divin. Grégoire XIII et Clément VIIÎ s'en préoccupèrent; un quart de siècle après, Grégoire XV et Urbain VIII établiront la Propagande. Les plus incontestables revanches du Saint-Siège sur le schisme et l'hérésie seront remportées sur le terrain des missions ; il opposera volontiers la fécondité de son prosélytisme, à la somnolence sédentaire des Églises séparées, aux lenteurs et aux incertitudes des missions protestantes; et la nouvelle clientèle qu'il acquerra lui sera doublement chère, à titre do conquête définitive, et de compensation provisoire pour les défaites subies au seizième siècle.

Pour les rapports du Saint-Siège avec sa vieille clientèle d'Europe, le changement des temps, aussi, requérait une allure et des tactiques nouvelles. Pendant que rassemblée de Trente définissait laborieusement le dognïe , la paix dAugsbourg, par la proclamation du principe : Cujiis regio, rjus rcligio, soumit aux souverains la conscience religieuse des citoyens. Si l'on se rappelle ce que nous avons observé sur l'originalité du christianisme, on devra conclure que le triomphe momentané de ce principe tut une revanche des antiques conceptions païennes, et l'on comprendra les protestations qu'éleva contre cette paix Paul IV CarafFa. D'après la doctrine chrétienne, la vérité révélée par le Christ, maintenue et développée par la tradition de l'Église, a le droit absolu de régner sur tous les esprits et dans toutes les sociétés; la paix d'Augsbourg met ce droit à la merci des princes. Le christianisme fut une insurrection contre les étroites religions d'État; par la paix d'Augsbourg, le soin de déterminer la croyance des citoyens est attribué aux souverains dans les monarchies, aux majorités dans les républiques. Malgré cette double atteinte à son dogme et à ses prérogatives, l'Église romaine était contrainte, par les circonstances mêmes, à tenir compte de la paix d'Augsbourg.

On s'étonne parfois que cette seconde conquête d'une partie de l'Europo par l'Église catholique, qu'on appelle la Contre-Réforme, ait si fréquemment recouru à des moyens politiques : mais ainsi le comportait l'état de l'Europe. 11 fallait prendre cette Europe telle qu'elle était : le stalu quo créé par la paix d'.\ugsbourg déterminait un terrain d'action sur le-

quel l'Église devait opérer immédiatement, sous peine de faillir à sa mission. La Cour de Rome essaima les prédicateurs de l'Évangile : des congrégations nouvelles se formèrent pour catéchiser les masses. Mais lorsque le souverain voulait que les masses fussent protestantes, quels pouvaient être le rôle de ces missionnaires et l'efficacité de ces congrégations? Avant d'être déterminée et ratifiée par la propagande des missionnaires, la restauration de l'orthodoxie catholique devait être négociée avec le prince. Il était le maître : les théories du droit romain, répandu, trois siècles durant, par des légistes dévoués, et les avances de certains réformateurs, qui sentaient le besoin de s'appuyer sur les puissants pour conquérir la foi des peuples, avaient eu pour résultat la reconnaissance de ce magistère laïque en matière de religion.

Avec des princes investis de ce magistère et sollicités par la Réforme, l'Église romaine devait user discrètement de ses armes spirituelles, si puissantes au moyen âge; elle avait plus de prise sur eux en leur montrant les avantages du catholicisme en ce monde que les inconvénients du protestantisme pour l'autre monde. Lorsqu'ils avaient obéi, elle les remerciait et les bénissait au nom du ciel; mais pour qu'ils obéissent, il importait d'alléguer préalablement les intérêts de la terre. Pour frayer la route aux missionnaires, des nonces étaient nécessaires. Ces ?igents du Saint-Siège, faisant appel, tantôt à la conscience des souverains lorsqu'elle était susceptible de scrupules, et tantôt à la raison d'État, furent les instruments indispensables, vraiment ellîcaces, de la contre-réforme catholique.

De même que, dans la Saxe barbare, la foi chré-

tienne s'était fait précéder d'une avant-garde d'homnies d'armes, commandée par Gharlemagne, de môme dans TEurope divisée du seizième siècle la loi catholique dut s'appuyer sur une avant-garde de diplomates. Elle acceptait ce cortège comme un pis aller. D'après la conception du moyen âge, les intérêts religieux étaient supérieurs aux égoïstes calculs de la politique, et ces calculs devaient respecter les avantages souverains de la chrétienté. L'époque moderne modifia les rôles : elle commença par établir que la politique était indépendante de la religion et finit par déclarer que la religion est dépendante de la politique : après avoir laïcisé la politique, elle a voulu, par une apparente contradiction, quin'est au fond qu'un excès de logique, séculariser les religions. Tout absolument dans ces prétentions, et le principe et les conséquences, répugne à l'orthodoxie romaine, mais les besoins mêmes de l'apostolat obligèrent le Vatican à triompher de ces répugnances; il mit au service de la religion les raffinements de la politique; il eut des nonces qui parlèrent la langue des cours. D'ailleurs , la notion de la propagande religieuse se maintint intacte, et le Vatican ne croyait pas avoir fait tout son devoir lorsqu'un nonce, exerçant sur un prince une robuste influence, avait, soit maintenu, soit fait rentrer les sujets dans la foi catholique. L'épo([ue du dc'veloppement des nonciatures est aussi celle où se multiplient les nouveaux ordres religieux. Au même moment où la Contre-Réforme faisait provisoirement ai)[tt'l aux puissances séculières pour s'établir ou pour durer, elle trouvait un appui plus durable et plus respectable, en même temps qu'un ferment plus eflicace, dans

le travail qui agitait un certain nombre d'âmes catholiques et qui les acheminait d'une sorte de tourment mystique vers la pleine et sûre possession d'une foi sérieuse et agissante. Qui veut la fin veut les moyens : la diplomatie du Vatican ménageait les moyens; et sous Timpulsion des nouveaux apôtres, les âmes réalisaient la Bn.

Ainsi la diplomatie n'absorbe pas l'activité de l'Église, elle est devenue pourtant lavant-coureur nécessaire de celte action. Reportons-nous au moyen âge et mesurons le changement. Grégoire VII, Alexandre III, Innocent III, armés d'une sorte de juridiction souveraine à l'égard des princes, prétendaient les amènera la soumission; leurs légats étaient des porteurs d'ordres. Au contraire, à partir du Concile de Bàle, et surtout de la Réforme, les papes traitèrent avec les souverains. En principe, la puissance spirituelle n'abdique pas sa supériorité et n'abandonne aucun de ses droits; en fait, elle apporte et propose elle-même des tempéraments à l'exercice de ces droits. L'unité même de l'Église romaine demeure intacte; tandis que l'Europe se morcelle entre nations, la société ecclésiastique ne se fragmente point; les rapports de subordination qui unissent au centre commun les divers membres de l'organisme Sont respectés; mais sous ces réserves, on tient compte de la situation des États et des vœux (les princes pour régler les conditions d'existence spéciales des diverses parties de la chrétienté. Dans chaque État, les prétentions du pouvoir religieux et celles du pouvoir civil sont en présence; on discute moins sur les principes et davantage sur les questions pratiques; à l'avance, les envoyés du pape

savent le maximum de concessions qu'ils peuvent faire, et font effort pour qu'on n'exige d'eux que le minimum. Qu'importe que les compromis paraissent bâtards, on cherche avant tout l'entente, fût -elle fondée sur un malentendu; et l'on hâtera des décisions provisoires, à défaut d'arrangements définitifs. Il en sera de certaines difïicultés intéressant les deux pouvoirs, comme des lois fondamentales du royaume de France au temps du cardinal de Retz : on ne s'accordera sur elles que dans le silence. La diplomatie pontificale, plus que toute autre, aimera le silence.

Et cela se comprend. Si les différends qui séparent les deux pouvoirs sont exploités et aigris par les publicistes, il devient plus difficile d'en trouver une solution, et surtout ces demi-solutions, qui suffisent aux besoins du moment, à la liberté de la propagande catholique et à la paix des peuples, sinon à la logique des théoriciens. Et puis il faut que les décisions, négociées par la diplomatie pontificale et les représentants de l'État, (obtiennent le respect et la soumission des fidèles : et l'absence de polémiques antérieures garantira l'absence de polémiques postérieures.

Dans la société chrétienne, aux temps modernes, on discutera moins librement qu'au moyen âge. L'époque où la Papauté exerça sur le monde la domination la plus absolue fut aussi l'époque où les disputes entre théologiens eurent le plus de liberté et de publicité. L(jrsque la Papauté décidait par ellemême souverainement, elle acceptait, elle provoquait même, ces joutes de théologiens et de canonistes qui faisaient la lumièrr et ne risquaient point de faire

le désordre. La discipline de la société catholique est devenue plus rigoureuse à mesure que le monde laïque se soustrayait à l'ascendant de l'Église. C'est là un fait tout naturel, et pour l'expliquer il est parfaitement inutile de soulever d'insidieux débats sur les limites de l'infaillibilité ou sur la mesure grandissante des ambitions pontificales. Lorsqu'une société traverse des périls, la concentration autour du chef est requise. Les instructions politiques des nonces ou des pontifes prennent, jusqu'à modification, une autorité quasi-religieuse, parce qu'elles concernent, en fin de compte, les intérêts religieux.

On est choqué de voir le Saint-Siège négocier avec les princes, et la politique occuper l'esprit des pontifes. J'admets ces susceptibilités, pourvu que ceux qui les expriment regrettent l'orientation générale de l'histoire moderne. Est-ce toujours le" cas? Ils applaudiraient, plutôt, à la fin du moyen âge, parce qu'ils saluent, à cette date, l'émancipation de la société laïque. Pourquoi déplorent-ils ensuite que la Papauté, contrainte par les circonstances à tenir compte de cette émancipation, ait modifié son attitude et sa ligne de conduite? Avant tout, il fallait qu'elle vécût, parce que l'Église a le devoir de vivre. Elle s'est accommodée aux nécessités des temps. Ces tendances nouvelles que vous constatez dans son histoire ne sont qu'un épisode nécessaire, un résultat inévitable, des tendances nouvelles de l'époque moderne.

De ses principes, de son idéal, la Papauté n'a rien retranché ; ils demeurent immuables. Les principes sont stables; leur réalisation demeure son idéal. Au moyen âge, on s'en approcha; aux temps modernes,

du moins jusqu'à ces dernières années, on s'en est écarté. Tantôt cet idéal paraît plus prochain, et tantôt il recule dans un plus grand éloignement, mais il subsiste. En principe, l'Ëglise invite les sociétés laïques à s'acheminer, d'un pas égal et conquérant, vers ce terme rêvé; on fait, suivant les pays et les époques, l'Ëglise supporte qu'elles fassent des haltes et môme qu'elles rebroussent chemin, sur la route tracée par Dieu. Il est essentiellement bon et il est souhaitable en soi, l'harmonie étant un bienfait, que tous les citoyens, dans l'État, professent la croyance catholique : voilà la thèse, elle est définitive ; elle allègue pour sa justification, d'une part, les droits de la vérité, d'autre part, l'utilité sociale de l'union des esprits. Mais, partout, les religions diverses se coudoient et s'entre-choquent. L'Église accepte en fait ce contact; voilà l'hypothèse; elle est provisoire, puisque Jésus doit régner sur le monde à la fin des temps. La thèse est fixe, ne comporte ni degrés ni nuances; l'hypothèse est mobile, variable, au gré des événements et suivant les latitudes. Dans quelle mesure l'Église, cédant aux circonstances, momentanément plus fortes qu'elle, acceptera-t-elle des atténuations à la rigueur de la thèse? La décision revient aux nonces, spectateurs des faits, et au pontife, appréciateur souverain.

C'est à cet égard qu'apparaît, avec une frappante lumière, l'avantage de ce pouvoir central, supérieur aux communautés chrétiennes des divers pays. Dans (juelle limite peuvent-elles abdiquer leurs droits? Voilà ce qu'il faut résoudre. Une Église nationale qui subit tous les jours le contact, nous allions dire le frottement du pouvoir civil, est assez impropre à

trancher de pareilles questions : il lui manque à la fois une certaine possession d'elle-même et une certaine sécurité; elle n'est parfaitement libre ni de préjugés ni de contraintes; à certaines heures, elle sera servile à l'égard du pouvoir et fera des concessions que la dignité condamnerait ; à d'autres heures, aigrie par l'impression de quelques mesquins incidents, elle sera boudeuse, revèche et beaucoup moins conciliante que la Cour de Rome. En face d'un gouvernement mal disposé pour l'Église, un épiscopat national ne connaîtra guère de milieu entre la soumission et la rupture. L'épiscopat national, d'ailleurs, est dans TÉtat; l'État ne tolérera pas que cet épiscopat s'érige en souverain, ou même qu'il fasse entendre une libre voix. Au principe : « l'État est maître chez soi », le droit et la coutume n'admettent qu'une restriction, elle est en faveur des papes. Par les concordats, ils abandonnent certaines prétentions de l'Église et ratifient certaines prétentions de l'État. Un concordat est tout à la fois un sacrifice fait par la Papauté et une affirmation de la souveraineté pontificale, souscrite par l'Etat contractant : cet État confesse que l'Église n'est pas entièrement sa chose, puisqu'il négocie avec le Saint-Siège. Ainsi le Saint- Siège maintient l'indépendance de l'Église sous l'oppressive tutelle des gouvernements absolus.

A la fin du seizième siècle, dans cette Europe où l'omnipotence des princes temporels répudiait tout contrepoids, détruisait au-dessous d'elle toute autonomie et décidait même de la religion des sujets, il était d'une prophétique évidence que l'époque immédiatement postérieure serait marquée par une colossale exaltation de certaines couronnes et par une

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obéissance passive des masses humaines; l'Eglise prit SCS mesures pour naviguer durant cette période. Et de même que, sous le pontificat actuel, elle s'abouche avec les peuples pour concerter avec eux l'histoire du siècle futur, de même, au seizième siècle, elle estimait la conquête des grands indispensable à celte conquête du monde, à laquelle elle n'a pas le droit de surseoir. Tel apparaît aujourd'hui le quatrième État, tels apparaissaient, du seizième au dix-neuvième siècle, les rois et les princes. Auprès des souverains catholiques, maladroitement hostiles à l'hérésie et sottement ombrageux à l'égard du Saint-Siège, il était utile à l'Église d'installer des conseillers, plus oflicieux et plus efficaces que les nonces, pour leur apprendre leur métier de princes chrétiens. Les Jésuites furent ces conseillers.

Dans la vie des cours et dans la politique de l'Europe, ils tinrent une importante place. L'Église désirait tout à la fois approprier aux circonstances l'application de ses maximes, et maintenir ces maximes elles-mêmes, malgré les circonstances. Pour faire la juste part du relatif et de l'absolu dans les choses humaines et divines, les Jésuites furent de merveilleux tacticiens. A l'égard de leurs disciples couronnés, ils achetaient par des courtoisies insinuantes le droit d'être impérieux, ils savaient être inflexibles avec souplesse. Avec une élégante dextérité, ils émoussaient certains angles de l'édifice catholique, sans en détacher une pierre. Au contraire, les plus fervents défenseurs des doctrines romaines sortirent (le la Compagnie de Jésus.

Les rois, comme les papes, tiennent immédiatement leur pouvoir de Dieu : ainsi pensait et parlait,

au début du dix-septième siècle, le roi d'Angleterre Jacques I"'; il consacrait tout un livre, qu'il intitulait « Préface monitoire », au développement de cette idée. A cette royale apologie de l'absolutisme, le Jésuite Suarès répondit; il traita de « nouvelle », de « singulière » la théorie de Jacques P""; il exposa que l'intervention de la société, c'est-à-dire des volontés humaines, est nécessaire pour conférer le pouvoir au souverain. Dieu donne le pouvoir, mais la nation doit désigner le titulaire. Et Suarès permet à la nation de se défendre, fût-ce au prix d'une révolte, lorsque le prince viole le pacte par lequel le pouvoir lui est transmis, ou lorsqu'il lèse les exigences de l'équité naturelle. A travers les siècles, au risque de sceller leur servitude, les bourgeois français caressaient les oreilles de leurs rois en énonçant cette maxime : « Le roi n'a nul souverain sur terre fors Dieu ». Elle était comme une hache à deux tranchants, dont l'un frappait l'Église et dont l'autre retombait sur le peuple. La théorie du droit de révolte, définie par Suarès, émousse ces deux tranchants. Il maintenait ainsi, en présence des rois absolus, les doctrines de liberté politique, que le moyen âge avait reçues de la Papauté.

L'histoire a fait aux Jésuites une tout autre réputation : elle les a considérés comme des serviteurs de l'absolutisme temporel : il est cependant équitable, lorsqu'on parle de la Compagnie, de ne point oublier Suarès. Les Jésuites n'ont jamais professé des doctrines d'asservissement; agents ofïicieux des princes auprès des papes et des papes auprès des princes, ils furent amenés à certaines concessions de détail, plutôt périlleuses pour eux-mêmes que com-

promettantes pour Tintégrité de l'Eglise. L'hostilité des réformés , auxquels ils disputèrent victorieusement certains pays, les accusa de transformer la confession en pourparlers diplomatiques avec leurs pénitents. Ce sont les confesseurs qui font les pénitents, dit-on; mais ce sont aussi les pénitents qui font les confesseurs. Entre la Papauté et les rois, la Compagnie de Jésus, deux siècles durant, conserva la délicate situation d'un État tampon. Grâce à l'ingrate besogne que les Jésuites accomplissaient volontiers, l'Église put traverser sans encombre la plus ingrate période de son histoire. Les accusateurs de la Compagnie, souvent, feraient preuve de sens historique s'ils accusaient d'abord les circonstances auxquelles elle dut s'adapter. Elles imposaient à l'Église l'envoi d'une double série d'agents, diplomates de métier comme les nonces, ou diplomates d'instinct comme les Jésuites. Parmi ces agents pontificaux, AntoineiPossevin, à la fois Jésuite et nonce, mérite d'être observé. Envoyé à Stockholm par Grégoire \III, il parait à la cour, déguisé en gentilhomme, l'épée au côté, le tricorne sous le bras; il obtient du roi Jean II son abjuration. On le dépécha ensuite en Russie : en lo8:2, il fit signer une trêve de dix ans entre Etienne Bathory, roi de Pologne, et le czar Ivan IV le Terrible ; ce succès, même au moyen âge, n'eût pas été réputé mesquin; et la Papauté put un instant se flatter que les chrétiens latins de Pologn(^ et les chrétiens séparés de Russie allaient unir leurs forces contre l'Islam.

Pie V par l'intransigeance dogmatique et l'autorité morale, Sixte-Quint par la souplesse politique, résument, chacun à leur façon, cette nouvelle période qu'inaugurent, dans l'histoire de la Papauté, la Réforme et la Contre-Réforme. Le pontificat de saint Pie V est, par excellence, une période de résistance et d'activé défensive. En Italie, l'Inquisition veille; elle recherche les hérétiques qui parlent, ceux qui se taisent, ceux mêmes qui s'ignorent; contre le délit d'hérésie publique, secrète ou inconsciente, elle tient en réserve des interrogatoires et des châtiments; elle prête moins d'attention à la responsabilité personnelle des coupables qu'à l'impor^nce sociale du péché, et traite l'hérétique en malfaiteur, parce que l'hérésie est un mal. Sur les frontières de la chrétienté, l'Islam rencontre une hostilité organisée que depuis longtemps il ne connaissait plus. Dans la pensée de Pie V, il faut que la chrétienté, chaque année, conduise une expédition contre le croissant.

Au moment où il caresse ce rêve, la France fait des coquetteries avec les Turcs depuis quarante ans. A la foire de Lyon, en mai l."511, on avait vu Louis XII, roi très chrétien, s'aboucher avec un certain Quanson Ghoury, ambassadeur du Soudan d'Egypte et de Syrie ; il avait obtenu de ce personnage le protectorat des Lieux Saints et le libre accès en ces parages pour la bannière française, soit qu'elle escortât des pèleri-

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nages, soit quelle couvrit des marchandises. La diplomatie, pour la première fois, reconnaissait à llslam le droit d'exister; au lieu d'installer la croix sur les ruines du croissant, elle demande au croissant d'ombrager la croix; l'idée et le mot même de croisade sont dès lors réputés des anachronismes, et l'on ne considère plus les musulmans comme des ennemis naturels et éternels. D'après le droit des siècles antérieurs, il était théoriquement impossible de traiter avec eux. Ainsi, le véritable terme du moyen âge ne fut pas l'année 1433 qui imposa au Christ le voisinage de Mahomet, mais l'année 1311 durant laquelle ce voisinage fut accepté par les chrétiens.

Mais Pie V, dans la seconde moitié du siècle, nétait pas encore résigné; il sollicite l'Espagne, l'Empereur, Venise. D'abord ces États hésitent, le pape triomphe de leurs lenteurs. Puis ils se disputent l'honneur de donner un généralissime à cette croisade qu'ils retardaient à l'envi ; le pape abrège leurs discussions. Sur mer encore, lorsque l'escadre a levé l'ancre, le Vénitien Venieri et l'Espagnol Don Juan rouvrent les conflits. La journée de Lépante ne fut pas seulement une victoire de la chrétienté sur l'Islam, elle fut une victoire momentanée de la papauté sur la nouvelle orientation du monde. Pendant quel- (jues mois, Pie V remit la politique au service de la foi; il détruisit — pour un instant — cette récente conception de l'Europe, (jui suggérait aux rois de France leurs amabilités envers le Turc. Sur l'échi- «luier européen, le sultan, depuis François V, figurait comme un joueur; et son existence était un fait assez important pour que les autres partenaires en tinssent compte dans leurs calculs. Ces nouveautés

politiques sont étrangères au cerveau de Pie V; il persiste à se figurer l'Europe telle qu'elle doit être, non telle qu'elle est. Ainsi le vieux pontife, en prêchant la croisade, obéissait à une illusion volontaire; pour prouver que les Turcs étaient des intrus, il criait qu'on les chassât. Mais il arrive que ces illusions, qui sont comme des défis à l'histoire, créent en revanche certains épisodes de l'histoire : Pie V eut cette heureuse fortune. Avec lui, la nacelle de Pierre rebroussait chemin vers le moyen âge, elle remontait le fleuve des temps. Un instant, on crut que le fleuve lui-même remonterait avec elle. Si brillante était cette dernière croisade et si facilement intelligible aux âmes de ses combattants, que pour la préférer aux guerres modernes, jeux de princes subis par -le peuple, il était à peine nécessaire d'aimer Dieu; Mais les jeux de princes reprirent le dessus; malgré les échos prolongés des lamentations de Pie V, les peuples chrétiens ne se battirent plus pour le Christ; ils se battirent entre eux, c'est-à-dire contre lui.

Sixte-Quint eut une autre politique : il prit l'Europe telle qu'elle se présentait à lui, et s'efforça, tant bien que mal, d'y jouer sa partie. C'était là une attitude nouvelle. Ce pape était, dans toute la force du terme, un homme nouveau. Lorsqu'il fut élu, les ambassadeurs présents à Rome recherchèrent ses origines. « Tant il était bas né, dit Giovanni Gritti, qu'on avait à peine conservé mémoire de ses parents ». Et Lorenzo Priuli écrit de son côté : « Il est né de père jardinier. Contrairement à la volonté de celui-ci, il se décida à fréquenter l'école , désirant seulement apprendre à lire et à écrire. Son père, ne pouvant •faire cette dépense , voulut le rappeler à la maison ;

mais l'enfant s'enfuit et prit l'habit de novice aux Mineurs de Montalto ». Au temps de sa jeunesse, la cellule de Sixte-Quint était le rendez-vous des prêtres et des moines activement dévoués à la réforme ecclésiastique. Charles Borromée, Ignace de Loyola, Philippe de Neri et autres zrlanti s'y rencontraient: la parole du moine mineur bouleversait les âmes. Avant la tiare, il était surtout un mystique; son pontificat, si on l'eût osé prévoir, se fût annoncé comme une copie du pontificat de Pie V. Sous la tiare, il se montra fort expert aux choses de la terre : il emplissait ses trésors pour qut> la Papauté fût indépendante des princes et pût exercer une action militaire ou diplomatique; il les vidait seulement à bon escient, pour des achats ou des expéditions qui méritaient le débours. Il fut par excellence un pape politique et financier. Mais ces distinctions et classifications dont nous étiquetons les divers pontifes ne doivent pas nous tromper; si les papes successifs différent passablement entre eux, il subsiste toujours une certaine façon d'être, par laquelle la Papauté se ressemble perpétuellement à elle-même, et c'est Sixte-Quint, précisément, qui s'adressant à son neveu Montalto, écrivait : « Rome modifie sur quelques points les usages et manières de procéder, selon l'individualité du pape, mais au fond, elle reste toujours la même ». « Les princes, observait-il, prodiguent les démonstrations apparentes d'obéissance et de respect envers le Saint-Siège ». Il n'en était pas dupe, cherchait à en profiter et à accepter leurs bons offices, sans qu'ils l'enchaînassent. Son règne se passa en négociations. Ce qu'il redoutait, c'était qu'une seule maison royale catholique, toujours la même, ne fût l'instrument des

intentions pontiûcales. Philippe II dépassait les papes en intransigeance : Carranza, l'archevêque de Tolède, le confesseur de Charles-Quint mourant, fut très malaisément arraché par les longues protestations du Saint-Siège aux tracasseries de Tlnquisition espagnole. Le roi « catholique », dans ses États, était un pape à sa façon. Il mettait trop de zèle au service de Dieu, pour que Sixte-Quint, homme à longue vue, n'en éprouvât pas quelque inquiétude; car il craignait toujours que l'Espagnol ne voulût faire payer par le Saint-Siège les créances qu'il avait sur Dieu. Ajoutez que Philippe II possédait un coin de l'Italie ; il n'avait qu'à étendre les mains pour embrasser le pape : c'est un voisinage dont Sixte-Quint se fût bien passé. Se servir de l'Espagne et chercher à la même heure les moyens de se passer d'elle : telle est la tactique de ce pontife. Par cette idée, tous ses actes s'expliquent. Comme le fléau d'une balance suit les oscillations de l'un ou de l'autre plateau, mais les règle et les contient : ainsi cette idée maîtresse, qui dominait le cerveau de Sixte-Quint, fut à la fois la raison et la limite des contradictions apparentes que nous offre sa politique.

Que les Pays-Bas et l'Angleterre fussent ramenés au catholicisme par le concours de Philippe II, cela paraissait possible à Sixte-Quint. Il eût cru déroger à ses devoirs de pontife et faire obstacle aux exigences de la réforme catholique, s'il avait refusé de considérer Philippe II comme son bras droit. xMais ce n'est pas assez d'un bras pour la Papauté, il lui en faut deux au moins. Dans ses rêves et dans le secret du cabinet, Sixte-Quint poursuit cette idée, d'assurer au souverain pontificat un second appui: aux heures

mêmes où il tend à Philippe II ses deux mains, ses regards et ses pensées n'en demeurent pas moins tournés vers la France. Lorsque Henri de Bourbon, huguenot, parait s'approcher du trône, Sixte-Quint négocie ouvertement une alliance formelle avec Philippe II ; mais on apprend à Rome quHenri songe à se convertir, le pape aussitôt rompt les pourparlers. Ses rapports avec Olivarès, le ministre espagnol, étaient singulièrement orageux; à légard du roi catholique, la reconnaissance lui pesait et se déchargeait volontiers en accès de colère. Vingt jours avant sa mort, il disait à lambassadeur de Venise : « Ils nous tueront, ils ne veulent pas nous laisser en vie, ces Espagnols; ils veulent nous enseigner ce que nous avons à faire, nous n'avons pas besoin de leurs enseignements. Nous enverrons des troupes en France, pas maintenant et pas en compagnie avec l'Espagne, mais pour soutenir le prince catholique qui aura été élu roi de France; et, en attendant, nous y enverrons des prélats ».

C'est l'époque où, dans le cerveau des politiques, se formait la notion de l'équilibre européen. Sixte-Quint rêve un équilibre de l'Europe catholique; il ne veut pas que la Papauté soit abandonnée aux bienfaits d'une seule puissance et l'obligée d'un seul peuple. Et. puis(|ue l'heure n'est plus où les dynasties catholiques servaient l'Église parce que tel était leur devoir, il souhaite que deux au moins d'entre elles, celle dos Habsbourgs et celle de France, se disputent, par une sorte de concurrence politique, l'honneur de seconder la Papauté. C'est là du reste un honneur que les Bourbons négligeront; pendant une longue période, la protection du pontificat sera exercée par la Maison d'Autriche presque exclusivement, et les

circonstances ne permettront pas toujours que cette protection soit gratuite. Ainsi, en réalité, et malgré ce titre de rois très chrétiens, que s'attribuaient les Bourbons avec d'autant plus d'ostentation qu'ils le méritaient moins, le rêve de Sixte-Quint ne passa point dans les faits, du moins d'une façon permanente et durable.

Il serait pourtant injuste de prétendre que la politique de ce pape fit faillite. Lorsqu'un rêve nait d'une conception vraie , dont il est comme une elïlorescence précoce, il ne saurait aboutir à un complet avortement. Au fond de la pensée de Sixte-Quint régnait cette idée, juste et profonde, que, dans l'organisme du monde catholique, les diverses nations qui en sont les membres ont chacune leur place, leur rôle et leur importance; il ne les regardait pas comme des individualités, appelées à vivre passivement dans l'Église romaine, mais comme des forces actives qui devaient vivre par l'Église, et l'aider à vivre ellemême ; il avait une grandiose conception de l'Église militante ; au moment même oii la France était menacée de devenir calviniste, il lui assignait une place spéciale dans l'économie surnaturelle du monde.

Au moyen âge, la France avait offert au Christ le bras de Charles Martel, de Charlemagne et dos chevaliers. Elle pouvait et devait, aux temps modernes, apporter à l'Église un hommage plus efficace encore, plus intime, si l'on ose dire, et lui rendre des services que seule la France pouvait rendre. Claritier et propager les idées : tel est le propre du génie français. Indigènes ou exotiques, les idées, pour conquérir le monde, requièrent des missionnaires français. Or au seizième siècle, dans l'ancien monde et

riE V ET SIXTE-QUINT. 187'

dans l'Amérique, la propagande catholique avait besoin d'une nouvelle vie. Puisque la France hospitalière accueille les idées, d'où qu'elles viennent, pour les promener dans l'univers, refuserait-ello à l'idée qui souflle d'en haut, le concours du génie français? Il possède une merveilleuse puissance de rayonnement, et l'Église aspire à rayonner : les deux, forces se peuvent entr'aider. Lorsqu'il sentit le prix d'une France catholique et alliée de la Papauté, Sixte- Quint se montrait expert, et dans l'histoire du passé, et dans la prévoyance de l'avenir.

On pressent, dès l'époque de Sixte-Quint, la situation délicate dont les papes du dix-septième siècle seront en quelque mesure les captifs : ils oscilleront entre les deux grandes maisons catholiques qui se disputeront la domination de l'Europe; ils n'inféoderont l'Église ni à l'une ni à l'autre ; mais ni l'une ni l'autre, en revanche, ne témoigneront à l'Église un parfait dévouement. Pour se débattre au milieu de ces difficultés, et pour apprivoiser les rois absolus sans se laisser asservir, ce ne sera pas trop à l'Église romaine de l'habileté des Jésuites et du souvenir de Sixte-Quint.

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