CHAPITRE V
La Papauté aux dix-septième et dix-huitième siècles.
L'œuvre du Concile de Trente avait porté ses fruits. De lui-même, par la voix du pape ou par l'organe de ses congrégations, le Saint-Siège, aux dixseptième et dix-huitième siècles, signale et condamne l'hérésie. Sa compétence à cet égard n'est plus contestée. L'attitude des jansénistes est instructive : ils ne maintiennent pas les propositions condamnées par le pape, mais se défendent, au contraire, de les avoir émises ; ils ne contestent pas au pape le droit d'anathème, mais lapplication qui leur en est faite; et, pour éviter d'abjurer leur hérésie, ils en désavouent la paternité. On cherche en vain, chez eux, un peu de crânerie et de franchise, soit dans la résistance, soit dans la soumission. Mais cette tactique même, toute de chicanes et de faux-fuyants, témoigne du prestige des décisions apostoliques. Le Saint-Siège fait acte d'autorité dogmatique aussi bien en suspendant son avis qu'en l'émettant : au sujet de la grâce, molinistes et thomistes discutent; bien qu'à deux reprises une congrégation se prononce contre
Molina, les papes eux-nii'^mes s'abstiennent. Reconnus arbitres suprêmes du vrai, ils ont le pouvoir de paciOer ou de prolonger les luttes théologiques, suivant qu'ils parlent ou se taisent : la parole du pape réconcilie les jouteurs ; le silence du pape les rassure et témoigne qu'une difficulté théologique peut demeurer en litige sans péril pour la foi.
Durant ces deux siècles, la Papauté n'offre guère de grands noms, si ce n'est celui de Benoît XIV. Théologien incomparable, il définit avec minutie les fonctions les plus délicates de la vie spirituelle de rfiglise, celles du Saint-Office, de la Pénitencerie. 11 réglementa les béatifications et les canonisations, les choses du ciel en un mot; n'était-il pas exclu des choses de la terre? Conformément aux maximes du moyen âge, qui n'admettait pas qu'on vécût et qu'on s'enrichit en dehors de toute fonction utile, Benoît XIV défendit de vivre du prêt à inténH : le domaine économique demeurait ouvert à l'action bienfaisante des papes. Mais le domaine politique leur était fermé.
On peut tracer en grandes lignes l'histoire politique des dix-septième et dix-huitième siècles sans mentionner la Papauté. Elle dit son mot dans le concert des puissances secondaires de l'Europe, concert modeste et précaire, qu'étouffe l'orgueilleuse voix des grandes puissances. Le nouveau droit public lui dénie tout autre rôle. Aux Congrès de Westphalie, ce droit a trouvé sa charte; en vain le Saint-Siège protestet-il, en vain ses nonces se retirent-ils de ces congrès, les traités de 1048 sont un congé signifié à la Papauté elle-même. Jamais on n'avait vu guerre moins religieuse que cette guerre do Trente Ans,
dont la religion fut le prétexte : elle n'avait pas été une lutte entre protestants et catholiques, mais entre deux maisons catholiques, au plus grand profit de la Réforme. Partant de ce principe que, dans un État, l'unité de croyance est une garantie de force et de paix, les princes laïques cherchaient à étouffer l'hérésie chez eux, à la favoriser chez le voisin; les protestants d'Allemagne n'eurent pas de meilleurs soutiens que les Bourbons. Faire surgir du sol ennemi un bataillon d'hérétiques, c'était un moj'en d'offensive fort estimé des princes catholiques. Cependant l'Église continuait de psalmodier, au fond de ses cloîtres, d'antiques oremus pour l'intégrité des âmes et la destruction de l'hérésie ; mais les calculs des puissants eussent été bien déçus, si Dieu avait subitement exaucé les prières de son Église. Le protestantisme pouvait devenir une arme, il était donc utile à quelque chose. Ainsi raisonnait-on, entre rois; et ces conceptions nouvelles conquéraient à certaines heures la Cour de Rome elle-même : Urbain VIII, inquiet des ambitions autrichiennes, se réjouit un instant des luthériennes chevauchées de Gustave- Adolphe entre l'Oder et le Rhin. Le démembrement de la vieille chrétienté faisait l'affaire des hommes d'État; ils jouaient volontiers de l'orthodoxie ou de l'hérésie pour atteindre leurs fins politiques; les questions religieuses étaient reléguées au rang de moyens diplomatiques. Il y avait au fond de ces manèges beaucoup d'hypocrisie, et les consciences simples comprenaient malaisément qu'un monarque offrit les galères aux réformés de son royaume et des subsides aux réformés de l'État voisin. .Mais qu'importaient les consciences simples? Dans cette mes-
quine mêlée des souverains, on se souciait fort peu du peuple et du bon sens. Il ne semblait guère qu'aux yeux des diplomates français, les progrès de l'hérésie au delà du Rhin prédestinassent à la géhenne des milliers d'âmes allemandes. Us avaient la foi pourtant; ils croyaient délibérément, à la chapelle, que Satan guette l'hérétique, et peut-être même leur intolérance eùt-elle damné l'erreur invincible; mais, enfermés au congrès, cette foi ne les gênait guère. Leur intelligence était comme scindée ; le catholique et le diplomate se contrariaient et feignaient de s'ignorer l'un l'autre ; la politique s'était laïcisée ; elle se servait de la religion et ne la servait guère, et continuait, d'ailleurs, de traiter le pape avec respect, comme souverain des États romains. Un pape n'est guère autre chose pour les chancelleries des dix-septiéme et dix-huitième siècles. Lt-s Bourbons de France et d'Espagne, occupant Avignon, Bénévent ou Ponte Corvo, se vengent sur le pape roi du pape prêtre qui leur a déplu. Dans l'affaire de la Yalteline, au temps de Louis XIII, l'arbitrage pontiûcal est d'abord accepté, puis brutalement décliné. Jean Sobieski, roi de Pologne, est le seul personnage de l'époque moderne qui ait conservé le rêve et la pratique d'une politique chrétienne; lorsqu'il sauve Vienne, le Saint- Siège l'encourage et l'applaudit; mais, quand au dixhuitième siècle l'hérésie, le schisme et la dévote Marie-Thérèse se partagent la Pologne, la Papauté doit laisser faire, encore qu'il s'agisse du meilleur boulevard de la chrétienté. Si quelque pontife avait apprécié cette atteinte au droit des gens comme l'eût fait un pape du moyen âge, Marie-Thérèse aurait interrompu ses pleurs et ses rapines pour demander :
De quoi se mêle-t-il? La notion de la Papauté, puissance internationale, était oblitérée. On comprend dès lors que les couronnes éclipsent la tiare : les petits États passent après les grands. Cent cinquante ans durant, les guerres se succédèrent sans que le Saint-Siège y put mettre un frein : période stérile qui vit plus de destructions que de constructions, et dont les constructions mêmes furent singulièrement fragiles.
Mais la Papauté, exilée de la scène politique^ impuissante à soulager et à pacifier l'Europe, tenait d'autres tâches en réserve. Les dix-septième et dixhuitième siècles furent précisément l'époque où l'indépendance de l'Eglise à Tégard du pouvoir civil, féconde nouveauté du christianisme, eut le plus besoin d'être préservée.
Au dix-septième siècle, ce sont les maximes absolutistes qui menacent la liberté de l'Église; au dixhuitième, ce sont les maximes philosophiques. Que la cour de Rome ait affaire à des rois dévots dirigés par des parlementaires, ou bien à des rois libertins dirigés par des philosophes, le péril est le même; ni les uns ni les autres n'ont une idée exacte de la vraie nature du christianisme; n'était la vigilance des papes, les premiers, même, seraient plus dangereux que les seconds; car ils rendent à l'Eglise certains services; et celle-ci risque d'être enchaînée, non seulement par les lois, mais par la reconnaissance. C'est la Cour de Rome qui marque les limites de la reconnaissance et ne permet pas aux bienfaiteurs de l'Église d'en devenir les maîtres. Au moment où ces souverains supprimaient dans leurs États toute organisation indépendante, l'existence
d'une Église qui avait ses racines et son chef au delà des frontières froissait leur conception de l'État et maintenait contre leur absolutisme une dernière restriction.
Le clergé national, sous Louis \IV, est fort occupé de la lutte contre l'hérésie; il convie le monarque, par des instances répétées, à l'aider dans cette lutte; Louis \IV y consent, pour des raisons plus politiques que religieuses, et parce que la centralisation des consciences lui apparaît comme une nécessité d'État. Mais ces bienfaits qu'il croit rendre à l'Église n'empêchent point le conflit entre Louis XIV et la Papauté. Les quatre articles de 1082 sont repoussés par Rome comme un péril ; elle ne permet point à une assemblée nationale, sorte de conunission du budget nommée par le clergé de France, d'élucider et de définir des points qui intéressent la doctrine catholique tout entière. Et voici les termes qu'emploie le pape Innocent XI pour blâmer les autours de la Déclaralion : « Vous nous résistez, leur écrit-il, dans une causo où il s'agit du salut et de la liberté de vos Eglisos ». Le pape aima mieux condamner ces Églises au veuvage que de les laisser enchaînées. Au bout de six ans, dans le très-chrétien roy|iume de France, trente-cinq diocèsos étaient sans pasteurs; la Cour de Rome refusait l'institution canonique aux théologiens de 1082, dont le roi voulait, par une mitre, récompenser la complaisance. Xuus retrouvons sous la plume d'Innocent XI le langage du moyen âge; l'émancipation d'une Église à l'endroit du pape crée sa dépendance à l'endroit du roi.
Mais ce langage et cett(3 idée sont inaccessibles aux parlementaires. Deux siècles durant, ils condui-
sent une lutte ombrageuse contre la Cour de Rome ; ils arrêtent à la douane les prescriptions, même les canonisations : ils prétendent, à leur gré, fermer la France aux lettres pontificales, le bréviaire à roffîce de saint Grégoire YII, et le calendrier, à défaut du ciel, au bienheureux Vincent de Paul, dont la sainteté leur parait de mauvais aloi ; ils jouent aux inquisiteurs au profit des maximes gallicanes, et brûlent pêle-mêle la prose des philosophes et la prose des Jésuites. Installés à mi-côte entre l'Eglise et la philosophie, intolérants pour Tune et pour l'autre, croyants sans logique et libertins sans audace, ad<jrant Dieu d'une dévotion hargneuse qui soupçonnait en lui un rival de l'État : tels sont les parlementaires, tour à tour serviteurs du gallicanisme royal contre les papes et du jansénisme contre le pape et le roi. Harlay, l'un d'entre eux, disait cyniquement à Louis XIV qu'il fallait baiser les pieds du pape et lui lier les mains : cette maxime définit les parlementaires. Ce n'est pas seulement en France que la Papauté rencontra ces résistances ; elles passionnèrent l'Allemagne du dix -huitième siècle. Pendant près de quarante ans, le livre de Febronius sur létat présent de l'Église y souleva de vives polémiques; et les archevêques de Mayence, Cologne, Trêves, papes-rois dans leurs Électorats, opposèrent au Saint-Siège les articles d'Ems.
Les philosophes associèrent leurs efforts aux partisans des Églises nationales; par des voies diverses, ils s'acheminaient de part et d'autre à la même conclusion : « L'Église est dans l'État •■^. Marie -Thérèse et Joseph II cédaient à cette double influence, lorsqu'ils prétendaient soumettre les bulles pontificales,
même les mandements épiscopaux, à l'approbation préalable de la puissance séculière. Dans les programmes du « despotisme éclairé », en Toscane, en Espagne, en Portugal, à Naples, partout on trouve cette exigence. Pombal, d'Aranda, Tanucci semblent systématiquement préoccupés de chicaner le Saint- Siège; entre le sacerdoce et le troupeau, César s'interpose, ])0ur épurer l'enseignement divin. Des synodes diocésains, soigneusement triés, ratifient parfois cette intervention de César : celui de Pistoie, en 1786, prétend, sans tenir compte du pape, transformer l'Église de Toscane au gré du grand-duc Léopold, tout comme la Constituante prétendra, quel- (jues années après, transformer l'Église de France'. Jusqu'au milieu du dix-neuvième siècle, dans les solennités religieuses du Dôme, les Florentins, cherchant une mitre sur le trône épiscopal, y trouvent installé le grand-duc; l'évêque est relégué à uno place subalterne; et, dans le sanctuaire de l'Église, à la place d'honneur, se dresse l'incarnation de l'État.
« Avocat de l'Eglise chrétienne, vicaire du Christ, chef impérial des fidèles, commandant de l'armée chrétienne, protecteur de la Palestine, des conciles généraux, de la foi catholique -> : ainsi s'intitulait à la fin du dix-huitième siècle l'empereur Joseph 11. Au lendemain de la guerre de succession d'Autriche et de la guerre de Sept Ans, lorsque les philosophes amis de Joseph II dédaignaient les croisades comme une explosion de fanatisme, le titre de Vicaire du Christ, alliché par l'ambitieux souverain, était moins un hommage à Dieu qu'une menace pour le pape.
Avocat », « protecteur ><, ces mots étaient merveil-
leusement choisis pour autoriser et dissimuler la tutelle que Joseph II prétendait exercer sur TÉglise. Il considéra réellement les matières ecclésiastiques comme des matières dÉtat. Chaque fois qu'on enlevait à lÉglise une liberté concrète, on croyait faire un pas vers la liberté abstraite. De sa propre autorité, Joseph II voulait réo;lementer les circonscriptions diocésaines et l'enseignement des séminaires, l'heure des matines et la vie des nonnes, l'interprétation du dogme, l'application des principes disciplinaires et l'emploi du temps pour tous les membres du clergé. (( Mon frère, le sacristain », disait de lui Frédéric II. C'est au nom de la philosophie qu'il commettait ces minutieuses interventions, et le despotisme éclairé apparaissait à ses yeux comme une garantie de la liberté. Entre ces procédés impériaux, conséquence logique et brutale des principes des légistes, et la conception chrétienne de l'Église, maintenue par la Papauté, un abîme existait : par un voyage à Vienne, Pie VI se proposa de le combler. « Nous avons pris la résolution, écrivait-il à Joseph II, le 15 décembre 1781, de nous rendre près de Votre Majesté Impériale à Vienne, sans nous en laisser détourner par la longueur et la difliculté du voyage, par notre âge avancé et nos forces affaiblies, attendu que nous serons ranimés par la consolation réelle de parler noasmême à Votre Majesté, et de lui donner à connaître la bonne disposition de notre cœur pour condescendre à ses désirs et pour concilier ses droits avec les intérêts de l'Église ». La correspondance du pape et de l'empereur, qui débutait par ce premier message, est fort curieuse : « Nous ne pouvons assez vous exprimer, répondait Joseph, combien votre réponse
était inattendue pour nous, et quelle amertume elle nous a causée, car la conscience certaine que nous avons de bien agir mms impose cette nécessité d'user de notre droit, quoi qui puisse en résulter». Préparée par de tels billets, l'entrevue de Pie VI et de Joseph II fut naturellement stérile.
Dans ce tête-à-tète du pape et de l'empereur, dans la façon dont il fut ménagé, conduit et terminé, il n'y a plus rien qui rappelle le moyen âge. L'empereur ne s'occupe plus de l'Église pour la servir, mais de son Église pour l'asservir : le pape insinue, caresse, négocie; il pense en pontife, mais parle en diplomate. Entre eux, la scène n'a rien de grandiose : ce n'est plus Canossa, certes, et ce n'est pas non plus la revanche de Canossa ; le prestige perdu par la Papauté ne s't'st point ajouté à l'Kmpire. Même après l'échec de Pie VI, l'intégrité des revendications pontificales resta sauve; en face des rois absolus, les papes du dix-septième et du dix-huitième siècles sont comme le roseau du fabuliste : ils plient et ne rompent pas. C'est ce qui distingue l'Église romaine des Églises nationales : celles-ci plient et rompent. Aux dixseptième et dix-huitième siècles, leur asservissement fut consommé; en Russie spécialement, Pierre le Grand, laissant vacante la charge de patriarche, soumit le Christ et l'Église à un Saint Synode que préside un procureur général laïque, créature de l'empereur.
La rupture d'un de ses meilleurs outils, la Compagnie de Jésus : voilà la seule concession notable qu'ait consentie l'absolutisme spirituel envers l'absolutisme temporel. Ce ne lurent pas les puissances hérétiques, désignées dès le seizième siècle à l'action
des Jésuites, qui. deux cents ans après, crièrent vengeance contre eux, ce furent les puissances catholiques. Les rois avaient senti que la logique même des doctrines catholiques contraignait les Jésuites, qui soutenaient les droits du pape, et la monarchie absolue, qui méprisait les droits du peuple, à être deux forces rivales; ils n'eurent aucune gratitude envers la Compagnie pour les concessions de détail que certains de ses membres leur consentirent; ils reconnurent quentre les maximes des légistes et celles de l'Église, une hostilité doctrinale existait, qui survivait à ces concessions. Au conclave de 1769, on vit les divers Bourbons unir leurs ambassadeurs pour obtenir la désignation d'un pape qui supprimerait les Jésuites. Clément XIII, qu'il s'agissait de remplacer, avait toujours refusé d'attenter à la Compagnie; Choiseul et Bernis, impérieusement, fixèrent à Clément XIV des délais pour la publication du bref de suppression: le bref parut, et un agent de Frédéric II à Rome écrivait peu de temps après : « Le pape craint trop le ressentiment des cours catholiques, contraires aux Jésuites, pour qu'il ose autoriser expressément la conservation de ces religieux dans les États prussiens ». Ainsi succombèrent les Jésuites, victimes des Bourbons.
L'absolutisme des rois, depuis la Réforme, avait remporté sur la Papauté un triomphe d'un autre genre. En invitant les papes à se mêler de ce qui les regardait, on avait rétréci, de plus en plus, Thorizon de leurs regards. Dans la chapelle de Versailles, Louis XIV, le Bourbon très chrétien, vient présenter à Dieu quelques hommages, Madame de Montespan s'agenouille aussi, et Bossuet, tout bas, proteste en
vain. Louis XV, au dix-huitième siècle, avec un surcroît de dévergondage, répète ces jeux de l'amour et du sacrilège. Los sujets se scandalisent : Dieu leur parait muet, l'Église complice des vices couronnés. Mais les temps étaient changés ; les rois considéraient les pontifes souverains comme les législateurs de la piété, non de l'humanité, et ne les traitaient guère comme les représentants de Dieu, mais tout au plus comme ses maîtres de cérémonie. Ils espéraient que l'absolutisme de la morale, qui seul est d'une éternelle légitimité, deviendrait sans puissance et sans voix. Cependant, tant qu'existait la Papauté, les droits de cet absolutisme n'étaient point prescrits. En elle survivait, comme l'écrivait à la lin du dixseptième siècle Lord Molesworth, « un principe d'opposition à un pouvoir politique illimité ».
En notre siècle, la Papauté a fait sa rentrée sur la scène publique de l'Europe. Cela fait l'effet d'un paradoxe : la sécularisation n'est-elle point à l'ordre du jour depuis cent ans? En observant les façades officielles, on se félicite ou l'on se lamente du congé donné à Dieu. Mais pénétrons derrière ces façades; qu'y trouvons-nous?
LES CONCORDATS : PENETRATION PLUS INTIME DE LA PAPAUTÉ DANS LA VIE RELIGIEUSE DES PEUPLES.
Le siècle avait un an, lorsque Pie VII pape et Bonaparte premier consul conclurent un concordat. Par cet acte, certains résultats de la Révolution Française furent ratifiés. La Révolution avait vendu les terres d'Église : « Sa Sainteté, pour le bien de la paix et l'heureux rétablissement de la religion catholique, déclare que ni Elle ni ses successeurs ne troubleront en aucune manière les acquéreurs ». La Révo-