LES CONCORDATS
et la Religion; iT^tat qu'elle léguait à Bonaparte n'eut une assiette solide ([u'après certains visas du Chef de la Religion.
Elle avait exclu la Papauté de lÉglise de France; le Concordat, grandissant l'influence de la Papauté sur cette Église, conduisit Pie VII à ce coup d'autorité vraiment inouï : la dépossession de quatre-vingt-cinq évoques légitimes pour rétablir la paix religieuse.
Au clergé de l'ancien régime , qui trouvait dans ses terres une certaine garantie d'indépendance, succédait un clergé sans terres, vivant dans l'État et par l'État. Ce clergé bientôt voudra se dérober à la condition d'un corps de fonctionnaires : plus qu'en aucun siècle passé il cherchera à dépendre de Rome afin d'échapper au joug de l'État.
En dépit des négociations assez machiavéliques qui conduisirent au Concordat, Pie Vil, en signant cet acte, est plus proche des papes du moyen âge que d'aucun des papes de l'époque moderne. En fait, Napoléon I", par sa politique à l'égard du pontife, se rapprochera plutôt de Barberousse ou de Frédéric II que de Louis \IV : celui-ci considérait la Papauté comme une quantité négligeable en Europe ; ceux-là la r*^doutaient comme une force. Laissant aux Bourbons la banale satisfaction d'être les tuteurs de l'Église gallicane, il voulut être maître de l'Église universelle par It' pape. Au lendemain des petitesses des deux siècles précédents, on se repose et l'on s'exalte tout ensemble en relisant l'histoire de Pie VII : ce vieillard traîné de Rome à Savone, et de Savone à Fontainebleau, est moins douloureux qu'Innocent XI chicané et persiflé par les ambassadeurs du prétendu roi très chrétien. 11 est diverses façons de maltraiter
les papes : en voyant agir Louis XIV et Joseph II, on souffre pour la Papauté; en voyant agir les Hohenstaufen et Bonaparte, on soulîre seulement pour leurs victimes. Napoléon menaçait Pie VII, le violentait, l'emprisonnait parce qu'il comprenait, comme ses ancêtres du douzième siècle, la grandeur de l'institution pontificale : il en avait l'intuition dès 1796, lorsqu'il souhaitait que le Directoire s'entendît avec elle.
Trente concordats entre le Saint-Siège et les différents États ont été conclus depuis 1801. Avant les révolutions contemporaines, le rattachement des Églises au centre Romain était moins étroit et moins impérieux; leur existence reposait sur des coutumes féodales, sur des règlements d'État, sur ces maximes tacites que l'ancien régime appelait des lois fondamentales. Au lendemain de ces révolutions, l'établissement ecclésiastique avait besoin d'être raccordé avec l'État laïque; souvent même il périclitait; pour ces Églises ainsi menacées, le Saint-Siège prépara, sous le nom de concordats, des statuts fondamentaux. Une vie nouvelle commença pour elles, qui dure encore ; lorsque des difficultés surgissent que le statut ne prévoit pas ou ne résout pas d'une façon nette, le Saint-Siège, qui en est lun des deux auteurs, continue de l'interpréter ou de le compléter d'accord avec l'État.
Partout où la Révolution, bouleversant les organismes traditionnels, eut rendu nécessaire une réorganisation ecclésiastique, il se trouva qu'elle avait ouvert les voies à une action plus immédiate et plus assidue de la Papauté sur les chrétientés reconstituées; Taine a constaté que « toutes les grandes
L'AVÈNEMENT DE LA DÉMOCRATIE. 'iOâ
églises actuelles de l'univers catholique sont l'œuvre du pape, son œuvre récente ». Voilà le premier contrecoup du mouvement révolutionnaire sur Ihistoire de l'Église romaine.