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L'AVÈNEMENT DE LA DÉMOCRATIE

qui souvent n'est qu'un décor. Nous rencontrons alors un premier essai de démocratie. Sous les derniers Valois, dans les nombreux conflits qui mettaient aux prises huguenots et papistes, la foi religieuse animait les soldats. Mais dirigeait-elle toujours les chefs? Une mêlée d'intérêts politiques qui prend des airs de croisade, ainsi pourrait-on définir plusieurs des guerres de religion, engagées à la légère, pour des motifs personnels, par les seigneurs et les princes, et poursuivies sérieusement, pour des raisons religieuses, par la masse des combattants. Mais, lorsque les Parisiens, voyant le trône vacant, se crurent appelés à disposer d'eux-mêmes et de la France, alors, plusieurs années durant, ils installèrent la foi à la cime de la politique, au lieu de dissimuler la politique sous l'étendard de la foi : jamais le catholicisme n'apparut avec plus d'évidence comme la religion nationale.

Quand les masses, après deux cents ans d'absolutisme, furent invitées, derechef, et cette fois d'une façon durable, à désigner elles-mêmes les détenteurs du pouvoir et à faire elles-mêmes leurs lois, un travail se fit en chaque pays, pour grouper les catholiques disséminés dans les masses.

L'État s'intitule libéral et démocratique : parce ({ue libéral, il se proclame extérieur et supérieur aux considérations religieuses; mais, parce que démocrati- ({uo, il est envahi et absorbé par elles, grâce à ces groupements de citoyens (junne foi commune rassemble et maintient. Il s'allirme indifférent en matière de religion, et, par un étrange contraste, certaines séances dos parlements ressemblent à des séances de concile, la dignité en moins. Dans l'abs-

trait, l'État est sans religion; dans le concret, il est disputé entre les diverses religions, ou bien entre la religion et l'irréligion. Rien n'est moins laïcisé que la manœuvre quotidienne de ila machine politique, dans cet État qui répète volontiers : Je suis laïque. Les effets du principe libéral sont annulés par un fait : le régime démocratique, forme de gouvernement dans laquelle l'âme populaire doit passer et s'exprimer tout entière. Or l'âme populaire n'est pas laïcisée, comme l'État prétend l'être. Vous trouvez d'ans un peuple, à côté des indifférents éparpillés, des hommes religieux groupés, et des hommes antireligieux groupés : les uns et les autres gardent la pleine intégrité de leurs convictions et de leurs passions, lorsqu'ils font métier de citoyens.

Ainsi, dans chaque pays, le jeu même des institutions démocratiques sollicite les fidèles, électeurs ou élus, d'agir pour l'Église avec un inquiet dévouement : ils concourent à la vie locale du catholicisme, en fixent les conditions, en facilitent l'expansion; et l'État doit tenir compte de leur Église, parce que l'État doit tenir compte d'eux-mêmes. Dans cette œuvre, le Saint-Siège les encourage, les surveille, les dirige ; il les préserve de l'erreur ou de la déviation; par des actes officiels ou des conseils officieux, il leur définit avec une autorité spéciale la conduite qu'il juge la plus propice aux intérêts religieux.

D'autre part, le Saint-Siège entretient des relations diplomatiques avec un certain nombre de gouvernements : ce n'est point là une archaïque survivance maintenue par la routine de l'Église et la complaisance des pouvoirs laïques; les rapports avec le Saint- Siège sont, au contraire, un élément important de la

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politique étrangère de chaque État. A cette heure où chaque nation du vieux monde cherche des colonies, c'est-à-dire de nouveaux sujets et de nouveaux clients, vous voyez se reproduire, en quelque mesure, ce que nous signalions au moyen âge : on juge utile un recours au Saint-Siège, pour que ces prises de possession parviennent à leur complet achèvement. Par le choix des missionnaires (ju'il envoie, le Saint- Siège peut collaborer ou faire obstacle aux projets coloniaux des nations : supposez-le installant en Tunisie un clergé italien, et dans TËrythrée un clergé autrichien : les ambitions de la France dans la première de ces régions, de l'Italie dans la seconde, seront contrecarrées. Pour leur grandeur extérieure et presque pour leur développement commercial, les États ont besoin du Saint-Siège. Il en est de même pour leur paix intérieure. Les catholiques groupés peuvent s'accorder avec le pouvoir ou le gêner; ils seront, suivant les heures, un parti d'opposition, une force qui se réserve, ou un appoint de gouvernement. Or ils ont pour guide leur conscience, leur sens politique et puis le Pape.

La conclusion se devinerait, si elle n'était sous nos yeux. En France, on Allemagne, dans un certain nombre d'autres Etats, le Pape pénètre par deux portos : par l'une, il est introduit auprès du gouvernement; par l'autre, auprès des catholiques, souvent opposants ou candidats au pouvoir, toujours candidats à la liberté. Des deux parts, il reçoit des doléances : les deux groupes d'interlocuteurs avec lesquels il confère s'accusent volontiers l'un l'autre. Placé dans une aussi délicate situation, tout autre que le Pape n'échapperait point à l'alternative de mécon-

tenter l'un ou Tautre requérant et probablement les deux. Mais l'autorité du Saint-Siège est assez solidement assise pour que ces froissements soient éphémères; cet étrange arbitrage auquel la force des choses le convie ne lui enlève ni la confiance des fidèles ni l'amitié des autres souverainetés. Et voilà comment le dix-neuvième siècle a rendu à la Papauté une puissance politique qu'elle ne connaissait plus.

L EMANCIPATION DE L EGLISE A L ÉGARD DES POUVOIRS laïques : LE CONCILE DU VATICAN.

Mais, par un phénomène inverse, en même temps que l'Église acquérait une influence plus immédiate sur la vie intérieure des peuples, les gouvernements perdaient toute influence sur la vie intérieure de l'Église. Gallicanisme, Joséphisme, césaro-papisme, systèmes hybrides par lesquels le prince, alors évèque du dehors, s'érigeait en évèque du dedans, paraissent aujourd'hui des anachronismes. En abdiquant à L'égard de l'établissement ecclésiastique le rôle tutélaire qu'il remplissait jadis, l'État moderne a dû renoncer, logiquement, à ses prétentions de tuteur. Jadis, les conseils du Saint-Siège étaient encombrés par je ne sais quelle théologie régaliste, dont les ambassadeurs ou les cardinaux protecteurs se faisaient les échos : les souverains veillaient à la confection des lois de l'Église universelle, destinées à devenir des lois dans leurs États ; et le fonctionnement central du gouvernement spirituel n'échappait

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