‹ Le VaticanChapitre 46 sur 91 · LENCYCLIQL'E ' MIRARI VOS » ET LE SYLLABUS. Î · texte numérisé non relu

LENCYCLIQL'E ' MIRARI VOS » ET LE SYLLABUS. Î

majorité i)armi le peuple, serait désormais, dans l'État, souverain absolu. Do même que Grégoire VII avait combattu la tyrannie individuelle du monarque, de même Grégoire XVI et Pie IX combattaient la tyrannie collective de la masse. Ils rappelèrent que la volonté du peuple ne sullit pas, non plus que la volonté d'un seul, pour créer le droit : maxime féconde pour le salut des minorités; frappées par des lois iniques, elles ne trouvent, dans les principes du droit moderne, aucun argument qui les puisse protéger; on leur objecte ce fait brut, attesté par une statisti- (jue, qu'elles sont minorité, et que la majorité fait la loi; mais l'Église, par la voix de ses papes, enseigne à ces minorités opprimées que la volonté du peuple ne saurait prévaloir contre la justice, et que la souveraineté populaire est sujette de la morale. Ils raj)pelèrent aussi que, dans la démocratie comme sous tout autre régime, l'autorité des gouvernants n'a pas sa source dans la volonté collective des hommes, mais en Dieu; les masses désignent les d('*lenteurs du pouvoir, (.'t le pouvoir lui-même descend de Dieu : commis à la besogne executive ou commis à la besogne législative, les hommes conservent, au-dessus de leurs têtes, la souveraineté divine, qui est à la fois l'origine et la limite de leur propre souveraineté. Sous Grégoire XVI comme sous Grégoire VII, César ~e dressait, avec ses colossales prétentions, qui outrageaient, en même temps que Dieu, la liberté <'t la dignité humaines; il avait une tête au onzième siècle, mille têtes au dix-neuvième; mais le chiffre seul avait changé. En face de l'insurreclion populaire de l'absolutisme humain, Grégoire XVI et Pie IX ne laissèrent pas périmer les droits de l'absolutisme divin.

LE 20 SEPTEMBRE 1870 : NOUVELLES CONDITIONS d"eX1STENCE DE LA PAPAUTÉ.

En 1870, pour un temps qui dure encore, les conditions d'existence de la Papauté lurent brutalement changées. Sans le pape, malgré le pape, une puissance nationale prétendit les régler. A l'appui de sa prétention;, elle allégua la force, l'entrée de ses soldats dans Rome, et le règlement fut la loi dite des garanties. On estima, au Vatican, que cette qualiflcation était une ironie : avant de donner des garanties au pape par une loi, il faudrait qu'on lui en fournît contre le changement possible de cette loi ; en reconnaissant à un Parlement le droit de définir sa destinée, le pape concéderait implicitement au Parlement ultérieur Te droit de la modifier; souverain international, il serait à la merci d s élus d'une nation. La « captivité d'Avignon » est présente au souvenir du Saint-Siège : il sait par expérience combien aisément la société chrétienne s'alarme, lorsque l'indépendance du docteur suprême est mise en doute. Il est la première puissance d'opinion qui soit au monde : pour conserver cet honneur, il ne faut pas seulement, suivant une profonde j)arole de Léon XIII, qu'il soit libre, mais qu'il paraisse tel. La liberté du pape est de droit divin; proclamée par la loi des garanties, elle devenait de droit humain; Pie IX ne voulut pas recevoir de l'Italie ce qu'il tenait de Dieu lui-même. Être libre dans Rome royale, par une

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