LES DEUX JUBILES DE LEON XIII
rient, fidèle champion du dogme eucharistique ; le discours de clùture, enfin, fut une prière pour TOricnt. L'aide du temps sera nécessaire pour que les deux Églises s'entendent ; mais la volonté de Léon XIII, intelligemment traduite par larchevéque de Reims, a suffi pour qu'elles recommencent à s'écouter. En 1894, il a parlé lui-même, dans sa lettre Prœclara, adressée aux peuples et à leurs gouvernants. Cette lettre est un cri d'union. Elle n'est pas le manifeste d'une Église, qui sent l'urgent besoin de se distinguer pour s'affirmer et de définir, avec d'ombrageuses précautions, ce qu'elle est et ce qu'elle n'est pas. Le dogme catholique est fixé; Rome n'a jamais rien caché d'elle-même; on sait ce quelle exige de ses fidèles, les limites de ses concessions et celles de son intransigeance; le Concile de Trente et le pontificat de Pie IX ont laissé cet indestructible résultat; l'orthodoxie est ainsi garantie. Sans péril aucun, dans la lettre Prœclam, Léon XIII a pu parler un langage nouveau, nous allions dire un langage laïque : ce n'est pas le maître exclusif dune Église qui a écrit cette lettre, c'est le père commun de cette Église universelle dans laquelle, virtuellement, l'humanité entière est englobée.
Solidement assise sur un roc dont Pie IX acheva de préciser les angles, il semble que la Papauté, sous Léon XIII, commence à dessiner les avenues qui, de tous les points du monde, doivent confluer vers le roc. A la minute précise qu'elle traverse actuellement, voilà ce qu'on observe. Nous nous arrêtons sur cette perspective instantanée, dont l'avenir, immédiat ou lointain, accentuera les lignes et détaillera les plans. C'est là un point final, non une conclusion;
une histoire qui dure, que chaque jour modifie, et que la Papauté compte prolonger jusqu'à la fin des temps, n'est point susceptible de conclusion.
Georges GOYAU.