LA PAPAUTÉ JUSQU'A LA PAL\ DE L'EGLISE
disciplinaire du siège romain étaient encore mal précisées. Mais le même Cyprien, parlant de l'Église de Rome, l'appelle « l'Eglise maîtresse d'où sort l'unité du sacerdoce » : on sentait et on professait la suprématie du Saint-Siège ; avec le temps, elle sera exactement définie.
Dès le temps de Sévère, les papes sont connus des pouvoirs publics comme les chefs d'une association funéraire, et leurs noms, à ce litre, figurent sur ler registres de l'État. A mesure qu'ils meurent, la communauté fidèle les enterre dans une même crypte, spécialement respectée. M. de Rossi a retrouvé quelques-unes de leurs pierres tombales; elles sont simples et d'une rédaction brève : Fabien évêque, Lucius évêque, Anteros évêque, voilà toutes leurs oraisons funèbres. Un de ces pontifes fut l'objet d'une vénération populaire extrêmement fervente : c'était le pape Sixte II, martyr sous Valérien. Tué dans la catacombo de Prétextât, il reposa dans celle de Calliste, près de ses prédécesseurs : il apparaît au milieu d'eux comme le maître du chœur. La dévotion confiante des pèlerins surchargea les murs avoisinants d'inscriptions en l'honneur de saint Sixte : de nos jours, elles apparaissent encore, à moitié effacées, se recouvrant parfois l'une l'autre, sur le stuc qui va s'écaillant. Avant Sixte II, le pape Pontien avait été déporté sous Maximin, le pape Fabien tué sous Dèce; sous Gallus, enfin, le pape Corneille était mort en exil.
Dans la cilé romaine du troisième siècle, la communauté chrétienne, en dépit des menaces et des persécutions, était déjà une puissance. Elle alimentait plus de quinze cents pauvres. Ses ressources n'en étaient pas épuisées; partout où il y avait des chn''-
liens, on vantait la générosité de l'Eglise romaine. « Depuis le début même de la foi, écrivait Denys de Corinthe au clergé de Rome , c'est pour vous une habitude de combler tous vos frères de bienfaits variés et d'envoyer des ressources au plus grand nombre d'églises possible établies dans les diverses villes: vous êtes ainsi les bienfaiteurs des pauvres, dont vous soulagez la misère, et de nos frères condamnés ■aux mines, que vous fournissez du nécessaire ».
Ainsi vivait l'Église romaine : avant même que l'État'lui eût reconnu le droit à l'existence, elle dogmatisait, disciplinait, et gratifiait d'aumônes les églises sœurs. Tantôt, dans l'histoire des institutions humaines, on voit la fonction créer l'organe, et tantôt l'organe créer la fonction. En observant les rouages de la puissance pontificale , on assiste au premier phénomène, jamais au second. Durant ces trois siècles de vie cachée, on cherche vainement, autour du siège apostolique, l'organisation qui élabore le dogme et celle qui règle la discipline : tout est rudimentaire, encore embryonnaire, et presque chaotique. Mais déjà, dans une certaine mesure, ces fonctions sont exercées. Auprès du Pape, le seul fonctionnaire dont on saisisse nettement l'existence est le diacre : il a les clefs qui ferment les trésors sacrés et qui les ouvrent; il considère ces trésors comme appartenant aux pauvres plutôt qu'à l'Église; un jeune clerc comme saint Laurent est vraiment, au sens étymologique du mot, le grand aumônier de Rome, et par surcroit de la chrétienté.
LES PAPES ET LES EMPEREURS DE BYZANCE. ' It)