LES PAPES ET LES EMPERELHS DE BYZANCE
La bataille du Pont Milvius, que couronne la conversion (le Constantin, inaugure pour la Papauté une période toute nouvelle. La voilà désonnais secourue, protégée rnème, par l'État. Mais celte protection n'est ni gratuite ni exempte de périls, et cette reconnaissance ouvre un grave débat : entre la puissance spirituelle et la puissance temporelle, quels liens, quels rapports, quelle solidarité doivent e.x.ister? Voilà plus de quinze siècles que dure ce débat; il promet d'rtre éternel. En fait, c'est à certaines heures seulement qu'il devient aigu; plus ordinairement, les deux pouvoirs s'entendent sans s'expliquer. Notre logif[ue est exigeante, les problèmes l'inquiètent, elle a besoin de solutions. Moins impérieuse est l'histoire : le jeu des événements, le frottement mutuel des hommes, une sorte de force acquise, permétteni au monde de marcher, en éludant plutôt qu'en résolvant les contradictions qui surgissent sur le chemin. Et toutes les antinomies que nous apercevons dans le domaine de l'abstrait ne se résolvent pas en conflits dans le domaine du concret.
Depuis Constantin le Grand jusqu'à l'impératrice Irène, les empereurs byzantins curent de leur pouvoir, et du pouvoir de la Papauté, une conception qui ne ressemblait guère à celle des papes; mais ce n'est que par intermittence et par crises qu'éclata cette opposition. Elle était radicale. Les empereurs
de Byzance étaient les héritiers directs des Césars de la vieille Rome; c'est une succession qu'ils ne répudiaient point. Les Césars avaient exercé l'ollice de souverains pontifes, grands maîtres du culte païen; soixante-dix ans sécoulèrent entre la conversion de Constantin et l'abdication par Gratien de cette dignité surannée. Les Césars avaient été dieux; Constantin et ses successeurs rompirent malaisément avec cette auguste tradition; même baptisés, il leur fut pénible de dépouiller le vieil homme, c'est-à-dire le vieux dieu, que l'étiquette constante des palais impériaux continuait d'adorer en eux. Ces précédents du paganisme, la protection même qu'ils accordaient parfois à l'Église, enfin l'orgueil de leur puissance et la hauteur de leur titre, conviaient les empereurs chrétiens à s'ingérer dans les questions religieuses : Constantin, chef de cette lignée, s'était appelé Yévccjîie extérieur. Tantôt, tenant compte de l'épithète", il opposait au recours des hérétiques un déclinatoire d'incompétence théologique et les renvoyait au jugement des Conciles; tantôt aussi, exalté par le titre d'évéque, il soutenait l'hérésie contre l'orthodoxie, Ârius contre saint Alexandre et les Ariens contre saint Athanase.
Par la conversion des empereurs au christianisme, la religion naissante «'tait désormais à l'abri des périls extérieurs; mais c'étaient les périls intérieurs qui la guettaient. Elle n'avait plus à redouter les profanes, mais ses propres fidèles. Car l'exemple de la famille impériale avait entraîné beaucoup d'imitateurs; leur entrée dans l'Église chrétienne était plutôt un hommage à l'empereur qu'au vrai Dieu. C'est parmi ces chrt'-tiens, exclusivement dévoués à la foi