L'ŒUVRE DES DOIZIEME ET TREIZIEME SIECLES
architectes, décorateurs et statuaires. S'ils ne construisent pas d'églises, ils élèvent des portiques et des cloîtres, des tabernaclps, dos ambons, dos chaires épiscopales. Us dessinent des pavements d'église où de souples lignes de mosaïque s'enroulent autour de disques de porphyre, de marbre jaune et vert, qu'ils obtiennent en sciant les colonnes brisées des monuments antiques. Ces tapis de mosaïque de marbre, dont une géométrie ingénieuse dispose rornomcnt, font alterner les cercles, les carrés, les losanges, juxtaposent les couleurs avec une infinie variété. Des filets de mosaïque d'émail, où les rouges vifs et les bleus se marient avec l'or, s'enroulent aux colonnettes des cloîtres et des ambons, montent comme un lierre autour du candélabre pascal, fleurissent en étoiles sur les corniches sculptées des tabernacles. A qui visite aujourd'hui les basiliques de la vieille Home, il paraît impossible de séparer de l'architecture primitive lœuvre des mannorari, tant ce décor d'un iruùt si fin et si sobre achève naturellement la beauté (le ces nefs austères. Ces grandes familles d'artistes s'éteignent au commencement du quatorzième siècle, au moment où l'art et la vie même semblent abandonner Home avec la Papauté.
Les premiers papes qui rendirent à Rome quelque beauté, au sortir dos siècles de fer, furent Pascal II t;t Calixte II. Pascal, dans un pontificat long et agité, trouva le loisir et l'argent nécessaires à des reconstructions d'églises. Le nouveau Saint-Clément, qui do la basili(jue primitive garda le chœur et les ambons, les Quatre-Saints-Couronnés, Saint-Adrien au Forum, Sainte-Mario in MonticoUi, enfin Saint-Harthôlemy en l'Ile reproduisent les formes des édifices
constantiniens. Calixte fit dans la Ville une entrée triomphale, le 3 juin 1120; tiare en tête, monté sur un palefroi blanc, précédé d'une procession d'enfants qui portaient des palmes et des fleurs, il traversa, pour se rendre au Latran, des rues toutes pavoisées de feuillages et de tentures. Dans cette Rome qui goûtait enfin quelques années de calme, il continua les restaurations entreprises par Pascal. Il boucha les brèches des murailles, répara un aqueduc ; à Saint-Pierre, il releva le maitre-autel, et ordonna un pavement nouveau, en marbres de couleur; au Latran, il fit construire un oratoire dédié à saint Nicolas de Bari. Les pièces contiguës à cet oratoire furent par ses ordres décorées de fresques où Ton voyait les portraits des six papes ses prédécesseurs foulant aux pieds les antipapes ; premier essai bien grossier encore de peinture historique, mais quil eût été si désirable de pouvoir conserver! L'oratoire de Calixte II périt au siècle dernier, en même temps que les triclinia de Léon III, dans les travaux d'agrandissement ordonnés par Clément XII. Mais de cette première époque de Renaissance encore timide, il nous est resté la petite basilique de Sainle-Marie in Cosmedin, dont Alfano, camérier du pape, dirigea les embellissements. Le pavement est un des chefsd'œuvre des marmorari ; l'encadrement sculpté de la porte, les ambons de marbre, le tabernacle, le trône épiscopal dressé dans l'abside, ont la fraîcheur et le sourire d'un art qui balbutie.
Peu après, au temps d'Innocent 11, réapparaissent les grandes mosaïques. Ce pape, transtévérin de naissance, tint à honneur de réédifier la basilique de Sainte-Marie du Transtévère, qui conserva, jusqu'à