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LŒUVRE DES DOUZIEME ET TREIZIEME SIÈCLES

la restauration de Pie IX, ses beaux chapiteaux de marbre à figures de divinités païennes, et son pavement primitif. La façade présente encore son ancien revêtement, avec limage de la Mère de Dieu aux côtés de qui se tiennent les papes Innocent H et Eugène III, et les Vierges sages et folles portant leurs lampes allumées ou éteintes. L'abside est toute couverte de mosaïques. La composition principale, où le pape, dans un cortège de saints, présente sa basilique au Christ et k la Vierge, est une œuvre expressive et savante. La Vierge est assise sur le trône de son Fils, qui appuie tendrement la main à son épaule; et les proportions régulières des figures, la vie des regards et des gestes montrent bien que l'art romain s'est enfin dégagé des entraves byzantines, et qu'il est capable de mieux que de copier gauchement des figures émaciées et farouches. Au-dessous et aux côtés de cette abside se dt-veloppera, vers la fin du treizième siècle, toute une zone de petits tableaux d'un coloris harmonieux, où Pielro Cavallini, un précurseur illustre de (jiotto, racontera l'histoire de la Vierge. La mosaïque absidale de Saint-Clément, ordonnée peut-être aussi par Innocent II, est d'un beau sentiment décoratif, avec sa croix entourée de volutes de feuillage qui abritent de petites scènes pastorales et chrétiennes.

Désormais il n'y aura guère de papes (jui ne songent aux embellissements de Rome. Luce II reconstruit Sainte-Croix de Jérusalem; Eugène 111 munit d'un portifjue Saint-Laurent hors les Murs et Sainte- Marie Majeure. Le nouveau palais papal qu'il construit au Vatican est dévasté par les troupes de Barbcrousse en cette affreuse année 1167 qui rappelle

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le souvenir de l'invasion sarrasine. Saint-Pierre, transformé en forteresse, résista huit jours aux assaillants. Mais, son toit incendié, son atrium ruiné, ses portes abattues à coups de hache, la basilique fui envahie, ensanglantée, cruellement profanée. Quelle histoire de batailles et de tueries que cette histoire de Rome au moyen âge ! Quand donc l'art i'y pourrat-il développer en paix? Mais le treizième siècle approche, qui va épanouir et parfaire l'œuvre brusquement interrompue.

Le plus grand des papes du moyen âge , Innocent III, dans son règne fécond de dix-huit années, égala la beauté de Rome au renom nouveau qu'il donnait à la Papauté. Il restaura toutes les basiliques ; il enrichit les moindres églises de vases sacrés, de chasubles, d'ornements brodés. Il répara l'abside de Saint-Pierre, dont les mosaïques se dégradaient; il releva l'atrium, dont Honorius III et Grégoire IX achevèrent la restauration. Il reprit les travaux de Célestin III au palais Vatican, qu'il agrandit, fortifia de murs et de tours. Le petit palais de Symmaque, peu à peu accru, protégé par la muraille Léonine et par la colline boisée du Vatican, consacré par le voisinage vénérable de la basilique qui le couvrait de son ombre, devenait pour les papes une résidence préférable au Latran, trop souvent inquiété par les tumultes populaires. Une des gloires les plus pures d'Innocent est d'avoir multiplié les fondations de bienfaisance, pour les malades et les pèlerins. C'est lui qui créa, dans la cité Léonine, le splendide hospice du Saint-Esprit, ouvert aux infirmes et aux enfants trouvés, sous la direction du provençal Gui de Montpellier. 11 développa les refuges des pèlerins

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de toutes nationalités qui se groupaient autour de Saint-Pierre; il confia au niçois Jean de Matha, iondateur de l'ordre des Trinilaires pour le rachat dos esclaves chrétiens, l'hospice do SanTommaso in Kormis, construit sur le Cœlius, et dont il subsiste, prés de la charmante villa Mattei, une vieille porte ornée par les iminnoiari Jacques et Cosmas d'une mosaïque où le Christ appelle à lui deux esclaves enchaînés, l'un blanc et l'autre noir. D'autres hospices s'élevèrent également près du Latran et de Sainte-Marie Majeure. C'est pendant le règne d'Innocent lll que furent commencés deux des plus parfaits chefs-d'œuvre de l'art des marmorari, les cloîtres de Saint-Paul hor? les Murs et do Saint-Jean de Latran. Où trouver rien de plus harmonieux que l'architecture de ces portiques de marbre, dont les arcades cintrées, soutenues par dos colonnettes accouplées droites ou torses, s'ouvrent sur des jardins tout embaumés do violettes, de roses et d'orangers? Le vieux puits à margelle sculptée domine les parterres de fleurs; et d'autres fleurs, plus éclatantes et plus vivaces, s'épanouissent parmi les régulières volutes de mosaïque dont la frise encadre le cloître. Le long des colonnettes monte un semis do ces fleurs rouges et bleues, aux corolles d'or, qui s'arrête au blanc feuillage des chapiteaux, se rattache aux arceaux, rejoint la friso où se développe en lettres d'or une longue inscription étincelante. Qu'y a-t-il de plus pur et de plus classique que les proportions de ces colonnes et de ces chapiteaux, le dessin di; ces caissons de marbre à rosaces (Inoment sculptées? Kt pourquoi la Renaissance du quinzième et du seizième siècle, tout absorbée par l'étude de Vitruve, n'a-t-elle pas daigné regarder ces petites

merveilles d"un art vraiment romain, n'a-t-elle pas songé, en les imitant, à renouer une tradition si profondément antique?

Honorius III, qui continue ces deux cloîtres, enrichit Saint-Paul de sculptures nouvelles, et d'une grande mosaïque absidale où il apparaît agenouillé aux pieds du Christ, qu'entourent saint Pierre et saint Paul, saint André et saint Luc. Il fond en une seule basilique les deux églises primitives de Saint-Laurent hors les Murs, et devant la nouvelle façade élève un porche décoré de mosaïques et de fresques. Il donne à saint Dominique le monastère de Sainte-Sabine sur l'Aventin, avec son cloître à colonnettes: il restaure, tout près de là, l'église de Saint-Alexis, dont les Gosmas ornent le chœur. Au temps d'Innocent IV, en 1246, est consacrée auprès de l'église des Quatre- Saints- Couronnés la chapelle de Saint -Silvestre, revêtue intérieurement de fresques qui sont un des monuments les plus curieux de la première peinture italienne. La légende du pape Silvestre et de la fameuse Donation de Constantin y est narrée avec le plus grand luxe de détails pittoresques : c'est un fidèle commentaire du récit un peu diffus de Jacques de Voragine; et l'on ne peut s'empêcher de songer, en étudiant ces œuvres encore bien frustes et barbares (comme aussi les figures qu'à Subiaco, vers la même époque, des artistes romains traçaient dans la grotte de saint Benoits aux peintures que Giotto va laisser à Rome même, cinquante ans plus tard. Quelle révélation soudaine et puissante, quand ce grand maître introduit dans l'art l'observation de la nature et de la vie!

Innocent IV s'occupa aussi du Vatican, que Nico-

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las III, à partir de 1278, agrandit et orna, Tenveloppant de nouvelles murailles, et y plantant des jardins. Une inscription conservée jusqu'au siècle dernier dans le jardin de Pie IV relatait par le détail ces travaux qui doivent avoir leur place dans une histoire du palais des papes. Nicolas III fit plus encore au Latran, que Grégoire I>l avait relevé et fortiûé. II achi'va la restauration du palais et de la basilique, et lit construire par un Cosmas la précieuse chapelle Sancla SanrJorum, qui subsiste toujours, quoique bien déflgurée. La Scala sancta, l'escalier du palais de Pilate, apporté à Rome par sainte Hélène, conduit à cette chapelle, soigneusement fermée, où Ton vénère d'importantes reliques. C'était l'oratoire privé des papes, qui y ofliciaient solennellement aux grandes fêtes; le voile de Véronique et les chefs de saint Pierre et de saint Paul furent longtemps conservés dans cette nef revêtue de marbres et de mosaïques, où les colonnettes et les pinacles à fleurons mêlaient le charme robuste du vieil art romain aux nouvelles élégances gothiques. Car le style gothique a pénétré à Home. Il y laisse, au temps de Nicolas IV, un monument considérable et unique, Sainte-Marie de la Minerve, qui reproduit non sans lourdeur le beau type d'architecture apporté en Italie par les cisterciens français. Nicola-; IV, qui confie à des artistes dominicains, Fra Sisto et i"ra Ristoro, la construction de la Minerve, a aussi la gloire de poser, le 13 novombre liîto, la première pierre du plus puissant édifice gothique de toute lltalie, la cathédrale d'Orvicto.

("('tait alors le temps où Assise réunissait toutes les merveilles de lart autour de la tombe du chaste

amant de la Pauvreté. De la colline mystique où reposait saint François un vent d'enthousiasme s'était levé, sous lequel la terre émue s'ouvrait à des fleurs nouvelles. Il fallait bien que l'àme de celui qui avait tant aimé toute la pureté et toute la beauté de la nature fût bienfaisante aux œuvres d'art. L'architecture et la peinture italiennes furent renouvelées en même temps que la poésie ; et Giotto parut auprès de Fra Jacopone et de Dante. Deux artistes franciscains, Jacopo Torriti et Jacopo da Camerino, ont immortalisé la mémoire de Nicolas IV dans les deux plus belles mosaïques absidales de Rome. A Saint- Jean de Latran, Jacopo Torriti a conservé, en la rajeunissant, la mosaïque célèbre oii le buste du Christ étincelait dans les nues. Il a entouré le Christ d'un vol d'anges en adoration; il a introduit parmi les colossales figures de la Vierge et des saints les humbles figures de saint François et de saint Antoine ; au pied de la montagne aux quatre fleuves surmontée de la Croix, il a agenouillé le pape, que la Vierge présente bénignement au Sauveur. Et, plus bas, dans une frise où des prophètes au visage rude marchent parmi des arbres, les deux mosaïstes ont signé l'œuvre commune de leur portrait et de leur nom. A Sainte- Marie Majeure, la composition du cinquième siècle n'a subsisté que dans le cadre, car cette gloire d'or portée par une troupe d'anges, où sur un large trône le Christ souriant couronne si tendrement sa Mère, appartient au seul Torriti. Sous les rinceaux antiques de feuillages où s'ébattent des oiseaux, des saints contemplent ce triomphe de leur Reine, et François et Antoine sont auprès des apôtres, tandis qu'à droite et à gauche s'agenouillent deux petites figures, le

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