LA FIN DU MOYEN AGE. 3C
quels des hommes do grand mérite, comme Giovanni da Milano, qui travaillèrent sous la surveillance de ces maîtres. Il semblait donc que Rome dût se relever peu à peu de ses ruines; mais l'apparition d'Urbain V lut trop brève pour que l'essor donné aux arts se continuât. Les luttes qui déchirèrent la Ville après le retour de Grégoire XI ne permirent point à ce pape ni à ses successeurs de songer à des monuments durables. Boniface IX s'occupa de fortifier le palais sénatorial et le Vatican; il reconstruisit le Château Saint-Ange. Le noble mausolée d'Hadrien avait traversé des siècles d'invasion, des siècles d'abandon, dépouillé de ses sculptures, mais debout et dressant fièrement une couronne de créneaux au-dessus de ses trois étages. La bulle d'or de Louis de Bavière le représente tel qu'il était alors : une robuste masse carrée formant base sous la rotonde, d'où s'élevait un second cylindre de murs plus étroits. En avril 1379, après la victoire remportée par les Italiens d'Urbain VI sur les Bretons de l'antipape Clément VII, le Château capitula, fut la proie de la populace romaine, qui se rua pour l'abattre. Mais les bêtes ameutées s'usèrent dents et griffes à son granit. La base énorme où se dissimulait le sépulcre impérial soutint, sans se rompre, l'assaut qui éparpillait sur le sol les étages supérieurs; pendant longtemps ces débris de marbre servirent aux maçons romains, et les chèvres y vinrent paître.
Triste fin de cette Rome du moyen âge qui eut des années glorieuses 1 Les monuments de l'antiquité sont changés en carrières de marbre, que l'on exploite pour faire du ciment. Le grec Chrysoloras, qui visitait Borne dans les premières années du quinzième
siècle, écrivait en ces termes à l'empereur de Byzance : « Les statues gisent en morceaux, ou sont réduites en chaux, ou employées comme pierres de taille ; d'aventure encore certaines servent de marches pour monter à cheval, ou de seuils de porte, ou d'auges dans les écuries '>. De ces marbres si longtemps debout sur les places publiques, cinq, au dire de Pogge, survivaient seulement : c'étaient les célèbres Dompteurs de chevaux du Quirinal, deux figures conservées aux thermes de Constantin, et le Marforio dû Capitole. Ce que Pétrarque écrivait cinquante années auparavant était plus véritable et plus triste encore : « Où sont les innombrables et magnifiques palais des empereurs? Dans les livres vous en rencontrez les noms; mais cherchez-les par la Cité, et vous ne trouverez rien, ou vous nen apercevrez que de misérables restes. Et non seulement les temples sont tombés après ceux qui les élevèrent, mais même d'autres sanctuaires de la piété ont péri de nos jours, ou sont si ébranlés que, hors le seul Panthéon d'Agrippa, ils ne tiennent encore au sol que par leur poids qui les y enchaîne ».
Le sac de Rome mil le comble à ces désastres. Lorsqu'en 1413 l'antipape Jean XXIII s'enfuit devant les Napolitains de Ladislas. la malheureuse Ville fut livrée à la soldatesque. Les maisons brûlées, les églises dépouillées, les vases saints profanés, les archives dispersées, que restait-il donc à Rome? La cité Léonine avait horriblement souffert; la sacristie de Saint- Pierre était ravagée, et dans la basilique même soldats et chevaux campaient. Pendant les quatre années qui s'écoulèrent jusqu'à l'élection de Martin Y, rien ne fut tenté pour remédier à la décadence; lac-