‹ Le VaticanChapitre 59 sur 91 · CALIXTE III, PIE II ET PAUL II · texte numérisé non relu

CALIXTE III, PIE II ET PAUL II

la nef de la basilique, la tribune ou ambon d'où le pape donnait la bénédiction. Le vieux campanile de Saint -PieiTG fut consolidé: et, dans l'enceinte même du Vatican, quelques constructions furent achevées : une tour qui commandait la porte d'entrée, puis des salles d'habitation donnant sur une cour assez étroite qui s'appelle encore, comme au quinzième siècle, la cour du Perroquet, « an-tile del PapaijaUo ». Dans Rome, quelques églises restaurées; hors de Rome, quelques forteresses construites, quelques autres abattues, et ce serait là toute l'œuvre architecturale d'-^neas Sylvius Piccolomini, si ce pape n'eût été fort dévoué à sa famille. 11 fit construire à Sienne, par Rossellino, le vaste palais Piccolomini, et, par Federi- *rhi, la loggia sculptée que l'on nomme toujours loggia du pape. 11 essaya plus encore en créant Pienza. Transformer Ihumble bourg de Corsignano, où il était né, en une ville magnifique parée de toutes les ressources que l'art nouveau pouvait offrir, s'éterniser, comme les Alexandre et les Constantin, en imposant son nom à cette ville nouvelle, c'était un beau rêve pour un humaniste. 11 ne fut réalisé qu'à demi; Pienza eut, il est vrai, on quatre années à peine, une cathédrale et un évêché, un palais public et un palais Piccolomini où Rossellino mit toute sa science darchilecte; elle eut, dans le trésor de son dôme, des statues d'argent, un reliquaire de saint André, des chapes brodées merveilleuses; une seule chose lui manciua, la vie. Le pape ne réussit point à l'animer; et aujourd'hui, éloignée des grandes voies, peuplée de pauvres gens, cette ville très pittoresque fait un accueil médiocre à ses rares visiteurs.

Les héritiers do Pio 11 lui furent reconnaissants;

par leurs soins, un tombeau magnifique , transporté dans l'église de Sant'Andrea délia Yalle, remplaça le sarcophage antique de la nef de Saint-Pierre où son corps avait été déposé ; et la splendide salle Piccolomini, annexée en 1495 à la cathédrale de Sienne, fut entièrement peinte, de 1505 à 1507, par Pinturicchio, qui y glorifia, en dix fresques encadrées de charmantes arabesques, les événements principaux de la vie du pape, depuis son départ pour le concile de Bâle jusqu'au voyage d'Ancùne et à la dernière tentative de croisade contre le Turc.

Un Vénitien fastueux lui succéda, et les grandes entreprises recommencèrent. Florence, où il avait longuement séjourné, avait enseigné les leçons de la Renaissance au cardinal Barbo; et, sitôt appelé à Rome par Nicolas V, il s'empressa de servir la cause de Tantiquité. C'est en 1455 (il s'appela Paul II neuf ans plus tard) que Pierre Barbo, cardinal de Saint- Marc, jeta les fondations du gigantesque palais de Venise. L'œuvre était digne d'un César; Paul II, quelque désir qu'il eût de la compléter dans tous ses détails, n'en put venir entièrement à bout. Et cependant, tel qu'il est aujourd'hui, le palais de Venise demeure encore la première et la plus importante de ces résidences princières que les papes ont multipliées dans la Rome moderne. Ses créneaux lui ont conservé l'aspect menaçant des palais du moyen âge; mais il n'a du moyen âge que la couronne ; ses larges murs à deux étages de fenêtres cintrées ou rectangulaires, sa cour surtout, dont les arcades reposent sur des demi -colonnes appuyées à des pilastres, selon le style puissant et sévère du Golisée, respirent toute l'énergie de la première Renaissance. Peu importe

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ici do discuter qui Ta construit : que ce soient Giacomo da Pietrasanta et (îiuliano da San Gallo, ou tels autres architectes nommés par les chroniqueurs du temps et par Vasari, il est certain que les maîtres qui vont venir y chercheront des modèles; Vitruve, l'orac-le de la Renaissance, a parlé pour la première fois au palais de Saint-Marc.

Paul II, qui préférait au Vatican son palais cardinalice, le remplit de meubles précieux, de tapisseries et de joyaux; il y fît transporter jusqu'au trésor apostolique. Ce collectionneur ('miérite eut pour résidence le plus admirable des musées. L'antiquité avait versé dans ces salles princières des richesses dont la liste paraît interminable : l'inventaire qui a été conservé énumèro, parmi les oeuvres antiques, deux cent vingt-sept camées montés en des cadres de vermeil, plus de deux cents intailles avec des figures de dieux, dempereurs, de héros, un cent de médailles d'or et un millier d'argent, des bronzes et des ivoires; parmi les œuvres byzantines, une série extraordinaire de vingt-cinq mosaïques portatives, des icônes peintes, des ivoires, des broderies. Puis venaient les merveilles de la Renaissance, la chapelle d'or et d'argent comprenant crucifix, tabernacles, ostensoirs, calices, paix niellées, chandeliers et crosses, la vaisselle de table, oîi tout était d'argent massif, et une quantité' d'ustensiles aussi précieux par la matière que par le travail. Quant aux joyaux, ils auraient fait la fortune d'un prince asiatique : perles, diamants, nibis, émcraudes rivalisaient d'éclat et de grosseur; une tiare d'or et de pierreries valait plus de cent mille ducats.

Ce luxe, qui se répandait en fêtes grandioses, étonnait les Romains; devant les salles éblouissantes du

palais de Venise, des légendes se formèrent, des calomnies grandirent. Les humanistes, que le pape traitait durement (il incarcérait Platina, et supprimait l'Académie athée de Pomponius Lsetus), le poursuivirent de leur haine, mais le jugement sévère de ces bruyants ennemis demande révision. Défenseur de la morale et de la foi, Paul II fut en même temps un généreux serviteur de la Renaissance ; il s'efforça de continuer l'œuvre de Nicolas Y. Il fit reprendre les travaux de Saint-Pierre, la construction de l'abside nouvelle : il commença, près de l'entrée de la basilique, la loggia de la Bénédiction. Dans le palais même, et communiquant avec la loggia, il fit élever une façade à triple étage, qui devait disparaître sous Paul V, après avoir servi de modèle à Bramante pour l'architecture si noble de la cour de Saint-Damase.

Un certain nombre d'églises lui durent d'importantes restaurations, et les monuments antiques ne furent pas négligés. Il en sauva qui menaçaient ruine ; mais ce qu'il donnait d'une main, il le reprenait parfois de l'autre. Le Cotisée demeurait la carrière inépuisable qui fournissait de travertin et de marbre les édifices nouveaux ; l'hôpital du Saint-Sauveur, prés du Latran, qui en était gardien, avait droit de propriété sur les pierres qui en tombaient; et, du temps de Paul II, on ne se fit pas faute d'aider les pierres à tomber. Mais les efforts de Pie II et de Paul II, du lettré et du collectionneur, n'ont pas été vains : le culte de la Rome antique est fondé ; et si les papes doivent l'oublier plus d'une fois encore, les artistes et les historiens sauront désormais tout ce que ces ruines admirables enferment d'enseignements.

Le dernier luxe de Paul II fut le mausolée célèbre

dont les fragments sont aujourd'hui dispersés dans la crypte de Saint-Pierre. Le cardinal Marc Barbo, neveu du pape, en confia l'exécution à Mino da Fiesole et à Giovanni Dalmata. Le pape, couvert de ses ornements pontificaux, reposait sur un sarcophage orné d'une inscription magnifique où étaient énumérées ses vertus. Au piédestal se détachaient en haut-relief les trois statues de la Foi, de l'Espérance et de la Charité, et des colonnes sculptées soutenaient un large fronton dont un Jugement dernier, aux nombreuses figures, remplissait le centre; on y voyait, agenouillés et joignant les mains, présentés au Christ Juge par saint Jean-Baptiste, l'empereur Frédéric 111, en cuirasse, et Paul II, coiffé de la liare.

Le chêne rouvre qui pousse ses premières feuilles aux armoiries du pape Sixte IV implantera des racines vigoureuses dans le vieux sol romain. La famille de la Rovère, qui a donné au Vatican Sixte IV et Jules II, a plus fait pour le triomphe do la Ronaissancp et la gloirf artistique de Rome (jue tous les papes du quinzi«*me siècle. Nicolas V eut de plus nobles idées; Sixto IV, plus étroitement passionné, fut assez heureux pour achever son œuvre. Ce moine franciscain, très intelligent et très érudit, semblait confint' dans ses études Iht'-ologiques; il publiait de savants traités sur les Futurs Contingents, le Sang du Christ, la Conception de la Vierge. Une fois pape, il

révéla une énergie indomptable, défendant la chrétienté, protégeant les lettres et les arts, et tout à la fois servant les intérêts de sa famille. Ses neveux emplirent Rome du tumulte de leurs fêtes et de leurs folies, confiants dans une indulgence qui leur donnait même l'exemple des prodigalités. Alors s'inaugurait cette vie de plaisirs et de richesse qui eut son apogée au temps de Léon X : représentations théâtrales, joutes, mascarades et tournois, chasses et festins inouïs, réceptions d'ambassadeurs, de prélats et de princes accourus du fond même de l'Europe, fêtes du Carnaval et fêtes religieuses, rien ne manquait à la joie des Romains. Que valent, au prix de ces jouissances où le peuple avait sa part, les efforts très sincères et méritoires du pape pour combattre les Turcs, ou encore ses luttes farouches contre les Golonna, contre Venise et Naples? Tout disparait dans l'enivrement du luxe et dans l'activité féconde dont Rome fut soudainement travaillée, ressuscitée.

On eût pu croire que le Tibre charriait de For. Le moine qui avait fait vœu de pauvreté, le cardinal qui en prenant possession de son titre de Saint-Pierre aux Liens devait recourir aux générosités du Sacré Collège pour se créer une habitation, que dut-il penser, lorsqu'il se sentit maître du trésor apostolique? Entouré de ses cardinaux qu'il avait réunis dans un banquet au fort Saint-Ange, le nouveau pape alla visiter le palais de Saint-Marc. Tous furent éblouis des richesses qu'ils y virent accumulées. On estima à trois cent mille ducats cinquante-quatre bassins d'argent remplis de perles; à la même somme, les pierreries et l'or destinés par Paul II à orner deux tiares; à un million de ducats environ, les bijoux, les gem-

mes, les objots précieux de toute nature assemblés avec une patience jalouse par le très magnifique Vénitien. Triste sort de cette collection unique au monde! Sixte IV, zélé bibliophile comme l'excellent Nicolas V, n'aimait pas h^s pierres gravées. Il en vendit la plus grande part aux Médicis dès le début de son pontificat; il en céda au roi de Naples. Le trésor de Paul II paya les premières dépenses de Sixte IV.

Le .Jubilé de 147.") fut une source de richesse plus considérable encore. Des aumônes des pèlerins une moitié fut consacrée à la guerre, l'autre aux embellissements de Rome, dont le pape devenait iiarticulièrement soucieux. « S'il est de Notre devoir », écrivait-il dans la bulle du premier janvier, « de porter Notre sollicitude sur toutes les villes soumises à la domination temporelle de l'Église Romaine, pour leur prospérité et leur développement, à plus forte raison Nous convient-il de pourvoir par de plus amples soins au bien de Noire Cité, consacrée par le martyre des saints apôtres Pierre et Paul, le siège de Pierre, la capitale du sacerdoce et de la religion chrétienne, que Nous devons préférer à toutes les autres, el chérir comme Notre propre fille d'une paternelle dilection. Nous désirons donc pour le relèvement de ladite Cité, que de graves désastres ont grandement diminuée pour le nombre tant des citoyens que des édifices, qu'avec la faveur du Très-Haut la population s'y accroisse, que les constructions y reçoivent des réparations dignes de sa beauté, et qu'à sa situation et à ses besoins soient apportés les remèdes convenables... »

Les prescriptions très sages de c<>tte bulle furent appliquées avec l'énergie violente que Sixte IV met-

tait dans toutes ses entreprises. Dès avant le Jubilé, Rome se transformait rapidement; en quelques années, d'immenses travaux de voirie vinrent à terme. Pour l'hygiène et pour la sécurité, il fallut faire de larges coupes dans Tinfini réseau de voies tortueuses qui s'enchevêtraient autour des églises et des grandes ruines antiques. Ces rues étaient bordées de maisons à Taspect redoutable, aux étages surplombants, d'où l'on pouvait surveiller, attaquer impunément. Le roi de Naples, qui visita Rome à la fin de janvier, fut frappé de ce désordre, conseilla vivement au pape les mesures les plus sévères. Sixte avait-il besoin de ces conseils? On en peut douter; peu lui importait de braver l'animosité des barons, qui refusaient tout arrangement amiable; et moitié par force, moitié par persuasion, il poussa sans délai son œuvre d'assainissement. En 1480, il réorganisa l'office, déjà créé par Martin V, des inspecteurs des monuments et des rues, magislri ledificiorum et stratarum Urbis, qu'il plaça sous la haute direction du cardinal camerlingue Guillaume d'Estouteville, lui donnant pleins pouvoirs pour acheter et abattre les maisons qui gênaient les élargissements projetés. Il ne faisait pas bon se refuser aux mesures d'expropriation : le chroniqueur Jacques de Volterre nous raconte l'histoire d'un petit marchand établi près du pont Saint- Ange, qui, ayant protesté, en présence même du pape, contre les ordres donnés, vit sa boutique rasée, et fut jeté en prison.

Les rues principales furent dallées, ou pavées de briques, celles entre autres qui partaient du pont Saint-Ange pour abqutir à Saint-Pierre, et, sur l'autre rive du Tibre, au Campo de' Fiori, à Sainte-Marie

du Peuple. Le marché du Capitole fut transporté sur la place Navone. Un grand travail, fort notable pour l'époque, fut la reconstruction du pont du Janicule, ((ui reliait le Transtévère au centre de la Ville; ce pont ruinr-, que Ton appelait ponte Holto, prit désormais le nom de pnnlc Sisio, et sa robustesse sans élégance est demeurée jusqu'aujourd'hui inébranlable. La fontaine de Trevi fut restaurée. Palais et maisons s'élevèrent comme par miracle; quant aux églises, une bulle les protégea contre les déprédations des Romains ; beaucoup furent réparées , d'autres édifiées par les soins du pape sur des emplacements nouveaux; ainsi, au Corso, l'église des Saints Ambroise et Charles, près de la place Navone Sainte- Marie de la Paix, et surtout, adossée à la porte du Peuple (qui en cette occasion fut flanquée de bastions nouveaux], la charmante église de Sainte-Marie du Peuple, destinée à être ornée par Pinturicchio et par Rapharl. L'année du Jubilé, prévoyant une allluence considérable de pèlerins, le pape ordonna de grands travaux de réfection dans l'hôpital du Saint-Esprit, dont il lit en outre décorer "la salle principale d'une série de fresques racontant les principaux événements de sa vie. Les cardinaux suivaient avec ardeur l'exemple du maître : Julien de la Rovère, le futur Jules II, restaurait la basilique et le palais des Saints- Apôtres fc'est à la coupole de cette basilique que Melozzo da Forli devait bientôt peindre les merveilleuses fresques détruites en 1702 par Clément XI, et dont le palais du Quirinal et la sacristie de Saint-Pierre possèdent maintenant les restes) ; d'Estouteville restaurait Sainte-Marie Majeure, où il faisait sculpter un retable par Mi no da Fiesole, et conûait aux archi-

tectes Jacques de Pietrasanta et Sébastien de Florence la reconstruction de Saint-Augustin. François Gonzague, Rodrigue Borgia, qui s'appela depuis Alexandre VI, François Piccolomini, qui devint Pie III, enfin Raphaël Riario et Dominique de la Rovère recevaient dès lors la généreuse impulsion qui fit d'eux, à la fin de ce quinzième siècle, les princes de la Renaissance.

Cette belle ardeur à construire des édifices nouveaux ne fut malheureusement pas soutenue d'un même zèle à conserver les monuments antiques. Pour terminer le ponte Sislo, où chercher le travertin ailleurs que dans la carrière toujours ouverte et si économique du Colisée? Des raisons d'alignement firent supprimer l'arc de triomphe voisin du palais Sciarra, et le temple d'Hercule du forum Boarium, au pied de l'Aventin. Combien de ruines antiques ne fallut-il pas pour édifier Sainte-Marie du Peuple, ou les bâtiments de la Bibliothèque Vaticane? Cependant Sixte ne dédaignait point l'antiquité ; il interdisait par un bref l'exportation des vieux marbres, et s'attribuait la gloire, plus justement échue à Paul II, d'avoir restauré la statue équestre de Marc-Aurèle. Cette antiquité, que Paul II comprit mieux peut-être, mais qu'il aima en jaloux, se réservant ses trésors à lui-même. Sixte la voulut rendre accessible à tous. Sa magnificence fut intelligente et pratique. Tandis qu'il créait véritablement l'étude des lettres antiques en ouvrant aux érudits la Bibliothèque du Vatican, cette Bibliothèque splendide dont Nicolas V avait formé les éléments, il inaugurait l'étude de l'art antique en fondant le premier musée public de Rome, le musée du Capitole. « L'immense bonté du Souve-

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rain Pontife Sixte IV a voulu restituer et donner au peuple romain, dt» qui elles étaient sorties, les insignes statues d'airain, monument de rexcellence et de la vertu antiques ». Ainsi s'exprimait, avec la pompe usuelle, l'inscription gravée au seuil du musée nouveau. On voyait dans ce must'e plusieurs antiques, provenant, non pas de la collection du Municipc, mais de la résidence papale du Latran; c'étaient la fameuse louve de bronze, la main colossale qui tient une boule, quelques bustes d'empereurs, parmi lesquels un Domitien, et des fragments de moindre importance. Un groupe de marbre, aujourd'hui placé dans la cour du palais des Conservateurs, le cheval déchiré par un lion, avait été trouvé prés de la porte Saint-Paul; et de la démolition du temple rond du Forum Boarium on avait sauvé une statue de bronze d'Hercule. L'n des plus beaux bronzes que l'on connaisse, le Tireur d'épine, une figure que l'on nommait la zinfjara, peut-être aussi les lions de basalte qui furent si longtemps au bas de la rampe du Capitole (on les a remplacés tout récemment par des copies), enûn l'urne d'Agrippine, qui servit au moyen âge à mesurer le blé, comi)l(';tèrent la collection naissante.

Du pape qui avait changé la face de Home on pouvait attendre, pour le Vatican et Saint-Pierre, la continuation des immenses projets de Nicolas V. Mais ce fougueux vieillard, dont rien n'entravait les résolutions une fois prises, fut timide, semble-t-il, et plein de scrupules lorsqu'il s'agit de toucher à la basilique de Constantin. N'ayant pas un Alberti, ni même un Rossellino pour l'exciter à des travaux qui devaient absorber, il le sentait bien, des années nombreuses.

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il vit, de son regard ferme et pénétrant, tout ce qu'il pouvait exécuter, et il l'exécuta. Peut-être la vieille basilique n'était-elle pas irrémissiblement condamnée; Sixte IV tenta de la sauver; et il faut bien reconnaître, quoi qu'on ait écrit et pensé au temps de Nicolas V, que ces murailles branlantes de la nef, dont la ruine semblait inévitable, une fois consolidées par; des contreforts, retenues par la charpente nouvelle de la toiture, étaient encore debout cent ans plus tard, à l'époque de Sixte-Quint. L'existence de la basilique assurée, le pape procéda à son embellissement : les fenêtres de la nef furent refaites, leurs marbres et leurs vitraux réparés ; la sacristie fut agrandie, et, sur la gauche de la nef, à l'endroit où se trouve aujourd'hui le chœur des chanoines, une chapelle importante fut construite et ornée de fresques. Pérugin, selon Vasari, ou plutôt Melozzo da Forli, y avait peint une Vierge glorieuse à qui saint Pierre présentait Sixte agenouillé; saint François d'.\ssise assistait son fidèle, avec saintPaul et saint Antoine de Padoue. C'est là qu'un peu plus tard furent placés le sarcophage de bronze du pape et l'admirable Pietà de Michel- Ange. Ce sanctuaire, dont le pavement émaillé et les stalles de marqueterie portaient le chêne de Sixte IV et de Jules II, devait être détruit en 1609, lorsque Paul V fit disparaître ce qui subsistait encore de la vieille nef. Pour la restauration de la chapelle de Sainte-Pétronille, Sixte trouva dans le roi de France Louis XI un généreux collaborateur; l'autel de la sainte fut entièrement refait, et l'on découvrit, en le réédifiant, un sarcophage antique orné à ses angles de dauphins qui semblaient, comme le pape l'écrivit au roi, « garder et vénérer cette glorieuse tombe ».

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Un travail de plus grande importance fut la construction, ou l'achèvement, d'un tabernacle nouveau pour la Confession de Saint-Pierre. Quatre colonnes de porphyre en soutenaient la voûte, et une vaste barrière de marbre sculptô, dont les bas-reliefs et les statues se voient aujourd'hui dans les cryptes Vaticanes, y représentait la vie et la Passion de saint Pierre et de saint Paul, ainsi que les figures des douze apôtres. L'auteur de cette œuvre considérable était, nous dit Alberlini, Matteo Pollajuolo, parent de cet Antonio Pollajuolo qui venait de fondre, aux armes du pape et de son neveu Julien de la Rovère, la petite porte en bronze de Saint-Pierre aux Liens, et qui devait consacrer dix ans à mener à bonne fin le tombeau de Sixte IV. Un sculpteur non moins illustre, Verrocchio, ciselait pour la basilique les statues d'argent de saint Pierre et de saint Paul.

Mais, parmi tant de monuments construits ou restaurés avec une énergie infatigable, le vieux pape avait surtout ù cœur de terminer le Vatican. En ce temps-lk, le palais, de dimensions assez restreintes, formait un quadrilatère irrégulier enfermant la cour du Papagallo, et se rattachant par la loge de la Bénédiction à l'atrium de Saint-Pierre. Ce fut au rez-dechaussée du bâtiment principal, c'est-à-dire au-dessous des salles qui formèrent ensuite l'appartement Borgia, dominées elles-mêmes par les chambres de Raphaël, que Sixte installa sa Bibliothèque. Il semble que les travaux d'architecture en aient été considérables; et les contemporains célébrèrent la magnificence du décor. La Bibliothèque comprenait trois salles, avec leurs dépendances, garnies de bancs, de pupitres et d'armoires en bois sculpté ou en mar-

queterie; des vitraux de couleur, achetés à Venise, en ornaient les fenêtres, et de riches peintures en relevaient la beauté intérieure. La principale de ces peintures, une fresque majestueuse de Melozzo da Forli — transportée sur toile, elle appartient maintenant à la Pinacothèque Yaticane — représentait Sixte IV nommant Plalina son bibliothécaire. Le pape, assis dans un fauteuil de velours rouge, adresse la parole à l'humaniste agenouillé dans sa robe bleue à larges plis. Les neveux de Sixte, qui assistent impassibles à cette investiture, sont merveilleux de vie et de naturel. La scène se passe dans une des précieuses salles, bien délabrées aujourd'hui, et qu'occupe le Garde-meuble pontifical. Des pilastres revêtus de marbres variés soutiennent de leur entablement doré un plafond de boisa larges rosaces d'or: au fond s'ouvre une galerie aux fenêtres cintrées, où se dressent des colonnes de porphyre aux chapiteaux élégants. Sur les deux pilastres qui forment encadrement, le chêne de Sixte IV entrelace des rameaux souples et feuillus.

En 1478, Melozzo da Forli figure, avec le titre do peintre du pape, au nombre des artistes réunis en corporation sous la tutelle de saint Luc. L'Académie de saint Luc — tel fut le nom que la confrérie adopta dans la suite — ne comprenait à l'origine que des peintres et des miniaturistes; mais bientôt s'y adjoignirent les architectes, les sculpteurs, et jusqu'aux brodeurs, aux chasubliers. aux batteurs d'or. Parmi les trente-deux peintres qui formèrent la corporation primitive, Melozzo seul porte un nom glorieux, et l'on s'étonne que les généreux efforts de la Papauté n'aient pas encore réussi à faire lever de ce sol ro-

main, si travaillé cependant, une abondante moisson. Home, si riche en œuvres d'art, ne produit pas d'artistes; Melozzo même n'est Romain que d'occasion, et par la volonté de Sixte IV. Aussi, quand le pape vient d'achever sa grande chapelle, cette chapelle Sixtine qui l'immortalisera plus sûrement que pas une de ses entreprises, c'est en Ombrie, c'est à Florence surtout qu'il va chercher des peintres pour la décorer.

Quand, et par qui fut construite la chapelle Sixtine? L'histoire en est restée longtemps fort incertaine, et nous ne pouvons encore déterminer de façon précise les étapes de sa construction, non moins que de sa décoration première. Une chose parait évidente, c'est que larchitecte Baccio Pontelli, auquel Vasari attribue les travaux de cette chapelle, y est demeuré tout à fait étranger. Et tandis que diminue la gloire du maitre toscan célébré, sur la foi de Vasari, par tous les historiens d'art, voici que nous est révélé le nom nouveau de Giovannino de' Dolci. l-^mployé par Paul II à la construction des palais de Saint-Marc et du Vatican, Giovannino de' Dolci n'était pas un inconnu pour Sixte IV; il devint biontût son architecte favori. Ce fut, semble-t-il, un de ces artistes comme le quinzième siècle en vit beaucoup, d'esprit souple et d'aptitudes très variées, capable de découper et d'incruster des marqueteries, de sculpter de coffrets, des portes ou des plafonds, et, en même temps, de diriger les plus sérieux travaux d'architecture militaire. Giovannino sculpte, avec son frère Marco de' Dolci, les armoires et les bancs de la Ribliolhèque Valicane; il construit les citadelles de Uonciglione et de Civita Veccbia; il édifie la chapelle Sixtine.

Dès H7.'{, il semble que les travaux soient com-

menées. Il devait y avoir, à l'endroit oîi Sixte éleva sa chapelle, d'anciennes dépendances du palais pontifical, peut-être un oratoire, et quelques pièces d'habitation assez obscures» a Ce qui était une hideuse demeure des hommes », écrit l'humaniste Brandolini en des vers ampoulés, « devient la demeure des dieux; c'était l'enfer, et ce sera bientôt le paradis. » En 1481. on achevait la décoration; et Sixte eut avant de mourir l'immense bonheur de voir son œuvre complète. Le jour de l'Assomption de l'année i-483 — c'était un dimanche — le pape, nous raconte Jacques de Volterre, se rendit solennellement dans sa chapelle, et y assista, en présence d'im clergé nombreux, au sacrifice de la messe. Après les vêpres, il donna la bénédiction au peuple, et accorda une indulgence à tous ceux qui, ce jour-là, visiteraient le nouveau sanctuaire; l'afïluence des Romains fut prodigieuse, et ne diminua que fort avant dans la nuit. Un an plus tard, c'était dans la chapelle Sixtine que se réunissait le conclave qui donnait un successeur à Sixte IV.

La chapelle a la forme d'un vaste quadrilatère, de quarante mètres de long sur quatorze de large, d'une simplicité, d'une nudité architecturales poussées jusqu'aux dernières limites. Ce grand vaisseau , aux parois unies, à peine coupées d'une étroite corniche à mi-hauteur, et dont la voûte cintrée repose sur des consoles peu saillantes, offrait à la décoration peinte une admirable surface. Six fenêtres en plein cintre s'ouvrent sur les deux grandes parois; au fond, audessus de lautel, deux fenêtres pareilles furent bouchées lorsque Michel-Ange peignit son Jugement dernier; enfin deux fausses fenêtres sont indiquées en trompe-l'œil sur le mur d'entrée qui sépare la chapelle

de là salle Royale. Le sol e&t pavé en mosaïque de marbre, dans le style des Cosmas. Une clôture de marbre blanc délicatement fouillé, aux armes de Sixte IV, sépare le bas de la nef, destiné aux laïques, du sanctuaire réservé au pape et aux cardinaux. La tribune des chantres, d^' proportions parfaites et d'une ornementation très pure, est adossée à la paroi de gauche.

Il est bien diflicile aux visiteurs de la chapelle Sixtine, tout entiers conquis, enchaînés par le génie de Michel-Ange, de se recueillir quelques instants, d'écarter de leur pensée les chefs-d'œuvre de cette voûte, ce Jugement dernier formidable, pour se transporter, fermant les yeux à demi, dans le sanctuaire tel que le créa Sixte IV. L'ensemble en était harmonieux et paisible. Au centre de. la voûte, dans un ciel d'outremer encadré d'architectures feintes, devaient planer les armes papales. Entre les fenêtres, des niches imitant la sculpture et séparées par des jiilastres feints aux ornements dorés, abritaient vingthuit figures de papes; puis se déroulaient en une seule rangée, les unes à la suite des autres, des fresques immenses, peuplées dun nombre infini de personnages, à l'exemple du vaste cycle que Benozzo venait de terminer à Pise. Ces belles fresques, si heureusement conservées jusqu'à nous, partent du sommet de l'autel, vers la droite et vers la gauche, pour se rejoindre au-dessus de la porte d'entrée. Comme les mosaïques des églises primitives, elles se répondent d'une paroi à l'autre, avec une symétrie symbolique, représentant, à gauche, l'histoire de Moïse, figure du Christ dans l'.Xncien Testament ; à droite, la vie du Christ et la Vocation de Pierre,

Moïse du Testament Nouveau. On peut croire que Sixte IV, lérudit théologien, ne fut pas étranger à ce plan grandiose qui résume dans les trois Ggures du Christ, de Moïse et de Pierre, l'histoire de l'Église et l'enseignement de la Bible. Au-dessus de l'autel, et s'élevant jusqu'à la voûte entre les deux fenêtres, on admirait l'Assomption de la Vierge, avec Sixte IV l'invoquant à genoux. Peut-être, au-dessus de la porte d'entrée, quelque autre fresque répondait-elle à cellelà, mais aucun témoignage ne nous en est parvenu. Ajoutons d'ailleurs qu'on ne voit plus aujourd'hui sur la paroi d'entrée que d'informes décors du temps de Grégoire XIII, et que le Jugement dernier de Michel- Ange a recouvert toute la paroi du fond.

Ce qui nous reste est considérable encore, et, s'il faut en croire les documents publiés, rarement œuvre si vaste a été si vite menée à bout. Le contrat porte la date du 27 octobre 1481. Les peintres Cosimo Rosselli, Alessandro Botticelli, Domenico Ghirlandajo et Pietro Perugino s'y engagent, sous peine d'un dédit de cinquante ducats d'or, à peindre, avant le io mars de l'année suivante (c'est-à-dire dans un délai de quatre mois et demi), dix sujets du Testament Ancien et Nouveau, avec leurs encadrements, sur Tordre de maître Giovanni de' Dolci, commissaire de la fabrique du palais pontiOcal. Ce contrat, comme on peut s'en douter, ne fut pas observé à la lettre ; le nombre des compositions fut augmenté, et de nouveaux peintres s'adjoignirent à la petite troupe mandée au Vatican.

Les douze fresques conservées, non pas dans leur fraîcheur première, mais du moins sans retouches, méritent une étude attentive par la variété d'accents

qui se fond dans l'harmonie d'ensemble. L'énergie de Signorelli, la noblesse de Pérugin et do Ohirlandajo répondent au rallinement et à la suavité de Pinluricchio et de Botticelli.

Pérugin avait peint , sur la paroi de l'autel, les trois fresques remplacées maintenant par le Jugement dernier : Moïse sauvé des eaux, la Naissance de lésus et l'Assomption de la Vierge. Le chef incontesté de l'école ombrienne, l'infatigable entrepreneur de peinture, toujours avide de besogne et d'argent, occupait, on le voit, la place d'honneur dans la chapelle de Sixte IV, et il n'est pas invraisemblable qu'il en ait revendiqué à l'origine l'entière décoration, pour lui-même et ses élèves. Qu'il ait employé des élèves pour terminer la Remise des clefs à saint Pierre, c'est bien possible; mais la composition, d'une allure parfaitement pondérée, les types des personnages, les draperies aux plis anguleux sont évidemment péruginesques. Au fond de la scène s'élève un temple à coupole Octogone, flanqué de quatre élégants portiques, dont l'architecture semble inspirée de Brunelleseo; deux arcs de triomphe, à droite et à gauche, laissent entrevoir un coin de paysage ombrien aux arbres grêles. Sur la vaste place qui précède ces constructions, de petites ligures sont groupées, parmi lesquelles on distingue Jésus et ses disciples; mais ces épisodes secondaires, très habilement introduits, ne détournent aucunement l'unité de composition et l'intérêt concentré sur les majestueuses figures du premier plan. Le mélange ingénieux de spectateurs en costume du (luinzième siècle (on reconnaît dans leur nombre la tête si vivante et brutale de Pérugin) avec des figures drapées à l'an-

tique dans leur tosre flottante, ne nous étonne plus, quand nous avons vu dans la plupart des tableaux religieux de l'époque les grands personnages, artistes, savants et princes, représentés fidèlement. Puis la beauté de ces deux groupes qui se rencontrent, cette expression émue et tendre (l'expression ombrienne) des gestes et des regards, ce respectueux agenouillement de l'apôtre aux pieds du Christ qui lui tend les clefs avec un si visible amour, tant de qualités austères et simples font de cette œuvre de Pérugin une des meilleures peintures du siècle.

Le souci de la pondération des lignes apparaît également dans la fresque du Baptême de Jésus, dont la composition et peut-être même les figures centrales sont de Pérugin, tandis que les fines et pensives figures des assistants, ainsi que le paysage, trahissent la main plus délicate de Pinturicchio. Quels gracieux visages d'adolescents, aux longs cheveux bouclés, bruns ou blonds, sous leurs petites toques de velours: Et quels aimables groupes de jeunes femmes et d'enfants, attentifs à la prédication de saint Jean! Nous les retrouvons, ces charmantes figures, dans le Voyage de Moïse qui fait pendant au Baptême de Jésus; là, tout est de la main de Pinturicchio, et, maigri' la violation choquante de l'unité d'action car la fresque se divise vraiment en deux tableaux juxtaposés, rien n'est plus spirituel et plus séduisant que les scènes familières dont toute l'œuvre est animée.

Les mêmes défauts, et les mêmes qualités, mais plus vives encore, ('datent aux fresques de Botticelli. Il a groupé dans un seul compartiment sept épisodes

distincts de l'histoire de Moïse, et mènn', il laut l'avouer, avec un souci fort médiocre do la perspective : voici Moïse qui se déchausse, qui s'agenouille devant le Buisson ardent, qui guide les Ih-breux, qui donne à boire aux troupeaux de Jéthro, qui chasse les pâtres madianites, qui lue l'Égyptien, enfin qui •-"en va menaçant. Mais que de motifs délicieux dans cette fresque étrange, dont le paysage seul fait la cohésion! Un bouquet d'arbres aux troncs puissants couvre de son feuillage le puits autour duquel brebis et béliers sont accourus; et Moïse, empressé, remplit l'auge sous les regards ravis des deux lilles de Jéthro, bergères fées aux houlettes fleuries, aux vêtements clairs, aux blonds cheveux crêpelés. Plus loin, dans la caravane en marche des Hébreux, il y a des altitudes et des visages exquis de fierté, de force ou de tendresse; ces deux enfants dont l'un s'attache craintivement au bras de sa mère, l'autre lient un petit • bien blanc blotti dans son manteau, cette jeune femme aux yeux doucement naïfs qui porte avec un rytlime si élégant un large bassin de cuivre, ce sont là d'inoubliables créations. La scène — en trois épisodes — du Châtiment de Coré, tumultueuse et dramatique à l'excès, s'encadre d'architectures antiques d'un très noble aspect; c'est maniéré dans la violence comme un Filippino Lippi. Quant à la troisième des fresques de Bolticelli, elle représente, au second plan, la Tenlation du Christ, au premier plan, le Sacrifice de purification des lépreux, tel que le prescrit la loi de Moïse; sujet singulier, mais que nous pouvons comprendre comme une allusion à rachèvenienl par Sixte IV de l'hôpital du Saint-Esprit. Ne cherchons à voir dans c(»tte vaste peinture que les admirables

portraits dont elle fourmille, ces lettrés, ces artistes, ces grands seigneurs assis ou debout, et conversant autour de l'autel enflammé devant lequel un jeune lévite en robe blanche reçoit des mains du grand prêtre l'offrande du sacrifice.

Signorelli a dessiné avec une lourdeur robuste les Hébreux, hommes et femmes, qui entourent leur vieux législateur; le Moïse à barbe blanche, voûté mais toujours plein d'ardeur, est une belle figure, dans cette composition sérieuse jusqu'à la monotonie. Et Domenico Ghirlandajo , qui avait déjà travaillé avec son frère David pour la Bibliothèque, a laissé dans la chapelle Sixtine un de ses chefs-d'œuvre, une peinture noble, sagement équilibrée, pénétrée de recueillement, la Vocation des apôtres Pierre et André. Un paysage charmant, baigné d'air et de lumière, ajoute à l'impression paisible émanant de toutes ces figures sereines harmonieusement réunies autour du Christ et des apôtres agenouillés, sur qui se concentre toute l'attention.

L'œuvre de Botticelli et de Ghirlandajo ne se borna point à leurs grandes fresques; mais qui donc fait attention aux merveilleuses figures de papes qui, du haut des niches finement ouvrées oîi ils se tiennent debout, jettent autour d'eux un profond et pensif regard? Ce ont les papes de la première Eglise, ceux qui, sous la menace des persécutions, préparèrent l'avènement de la religion nouvelle ; depuis Anaclet jusqu'à Marcel, ils reçoivent l'honneur qui leur est dû, dans cette chapelle où Sixte IV a glorifié la naissance de la foi chrétienne. Deux par deux, dans les intervalles des fenêtres qui les noient de leur lumière, on les devine plus qu'on ne les voit;

ot cependant quel travail immense, quel triomph»; de patience et dhabilf énergie 1

Lorsque le pape, impatient de voir sa chapelle terminée, allait, comme plus lard Jules II, gourmander et presser les artistes 'car, au lieu de cinq mois slipuli''S par le contrat, il leur en fallut vingt,, à qui donnait-il la palme, dans ce concours de talents si variés et si vigoureux? Ktait-ce à la passion «le Botticelli? à la noblesse de Pérugin et de Ghirlandajo? Vasari, grand raconteur d'anecdotes qui ne sont trop souvent que des bavardages, nous afiirme que Sixte IV à ces grands hommes préféra le médiocre et plat Cosimo Rosselli, parce que ses peintures reluisaient d'outremer et d'or! Des rehauts d'or, mais il y en a dans toutes les fresques de nos peintres, pour raviver les tons qui s'éteignent dans la lumière un peu faible de la chapelle; la seule raison que l'on pourrait avancer de la faveur oii fut tenu Rosselli, est que ce peintre d'invention banale, de dessin sec et sans expression, termina, à lui seul, quatre fresques; à défaut du talent, il eut la fécondité.

Sixte pouvait mourir; son œuvre était faite. Si l'on essaie d'embrasser toute cette œuvre, il semble bien que l'on n'ait pas rendu entière justice au pape qui fut de beaucoup le plus grand du quinzième siècle, et qui, par-dessus les rêves admirables de Nicolas V, sut mettre des actes. Son intelligence s'ouvrit à tout; il organisait la défense d'une place forte ot commandait la reliure d'un manuscrit; architectes, peintres, sculpteurs, orfèvres, et musiciens et savants, il connaissait ce que chacun lui pouvait donner; il les dirigeait de cette même volonté implacable qui châtiait et domptait les rebelles. Ce fut vraiment un pape ter-

rible que François de la Rovère ; il eut toute la robustesse du chêne qui pour la première fois étendait ses rameaux sur l'écu pontifical.

lîs'XOCEXT VIII, ALEXANDRE VI ET PIE III.

Après la mort de Sixte IV, comme après celle de Nicolas V, on croirait que le progrès commence à se ralentir, et que la Renaissance a donné ses plus belles fleurs. Mais qu'on ne s'y trompe point : si pendant les vingt années qui vont s'écouler on ne voit surgir que peu de monuments nouveaux, si un calme inattendu a remplacé le bruit immense de toute une ville en travail, le mouvement sourd et incessant de transformation continue; et du sol peu à peu fécondé jusqu'en sa profondeur, une floraison nouvelle, plus riche encore et plus magnifique, s'élancera.

Innocent VIII, absorbé par ses ambitions de famille, se contenta d'accroître le palais Vatican ; il négligea Roine, dont la grandeur nouvelle ne le touchait point. Il n'essaya pas de protéger les monuments antiques, autorisant ses architectes à prendre des blocs de travertin où bon leur semblerait; lorsqu'il fit reconstruire l'église de Sainte -Marie in via Lata, il y employa les débris de l'arc de Dioclétien, qu'il abattit. Il ne chercha pas à enrichir le musée du Capitole, organisé par son prédécesseur. Ce fut pourtant sous son règne que les Conservateurs acquirent la tête colossale de Commode, trouvée dans les ruines de la basilique de Maxence, et qu'une découverte fut faite, qui excita

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