IN-NOCENT VIII. ALEXANDRE VI ET PIE III
ressortent en bas-relief les sept Vertus cardinales et théologales, et les dix Arts libéraux. Étranjres figuri;s de jeunes femmes contournées et maniérées, d'une grâce précieuse et bizarre, où l'on sent la main de l'orfèvre mieux que du sculpteur. Il y a des qualités plus fermes et plus saines dans le mausolée d'Innocent (qui fut terminé seulement en 1498, l'année même de la mort de Pollajuolo — il est adossé à un pilier, dans la nef gauche de la basilique moderne). Le pape y apparaît deux fois : d'abord couché sur un sarcophage de forme antique , puis assis, bénissant d'une main et tenant de l'autre la sainte Lance, dans une niche autour de laquelle les Vertus en bas-relief font des gestes violents. Malgré cette singularité delà répétition en deux attitudes différentes de la figure principale, ce monument est un des meilleurs parmi la foule des tombes papules qui peuplent aujourd'hui Saint- Pierre.
On a écrit d'Innocent VIII qu'il fut humain et ami de la paix. Le contraste n'en est que plus frappant, lorsque Rodrigue Borgia, sous le nom d'Alexandre \\, apporte dans Rome toutes les passions, toutes les ambitions, et les lance déchaînées dans une société élégante et corrompue, où la Renaissance des arts n'était qu'un prétexte à la décadence des mœurs. Nous n'avons à juger Alexandre VI qu'en tant que l)rotecteur des arts, et nous pouvons reconnaître que son faste mêlé d'avarice fut en somme très intelligent. Les fêtes somptueuses qu'il multiplia entraînèrent des commandes innombrables de tapisseries, de broderies, d'étendards, d'ornements sacrés. Il tint les orfèvres en petite faveur : pourquoi dissiper son trésor en ouvrages d'or et d'argent, lorsqu'il pouvait
si aisément s'enrichir en saisissant l'héritage de ses dignitaires 1 Les seuls objets d'art dont la commande revienne périodiquement sous son règne sont les roses d'or, les épées d'honneur, les calices donnés aux églises; mais, en dehors de ces dépenses nécessaires, on ne peut citer comme grand travail d'orfèvrerie exécuté pour Alexandre que les statues de vermeil des apôtres, destinées à sa chapelle.
Dans Rome, le pape fait restaurer quelques églises. La charpente du toit de Sainte-Marie Majeure disparaît sous un plafond magnifique à larges rosaces, doré avec l'or apporté pour la première fois de cette Nouvelle-Espagne que Colomb avait découverte par delà l'Atlantique. Les Espagnols construisent Sainte- Marie du Montserrat, les Allemands Sainte-Marie de l'Anima, les Français la Trinité des Monts. Mais toute l'activité du pape se concentre sur la cité Léonine, dont il fortifie les abords et dégage l'intérieur. Près de la via Sistina, percée par Sixte IV et décrivant une légère courbe du Vatican au Château Saint-Ange, il trace en droite ligne, à partir de Saint-Pierre, la belle via Alessandrina, qui s'appelle maintenant Borgo Nuovo. Devant Saint-Pierre, il termine par un nouvel étage la loge de la Bénédiction, commencée par Paul II, qui se compose désormais de trois portiques superposés, soutenus chacun par cinq pilastres. Sur la place, il orne de taureaux en bronze doré (les armes des Borgia la fontaine monumentale érigée par Innocent YIII. Au Vatican, il complète le palais de Nicolas V et de Sixte IV, en lui annexant la tour Borgia. Il fait du Château Saint- Ange une forteresse puissante, munie de parapets, de fossés, d'un pont-levis {ce fut en creusant les fossés que l'on découvrit le