INNOCENT VIII, ALEXANDRE VI KT PIE III
buste colossal d'Madrien, que les Grecs de Bélisaire avaient dû précipiter sur leurs assaillants). L'explosion d'une poudrière eu détruit le sommet; Alexandre le restaure, y installe des chambres d'habitation, auxquelles donne accès un escalier qui a son départ au centre du mausolée; enfin, pour en assurer la communication avec le Vatican, il fait consolider le passage couvert qui s'est conservé jusqu'aujourd'hui. C'est bien à tort que l'on attribue généralement la création de ce passage à Alexandre YI; il existait dès le temps de Nicolas III; ruiné sans doute sous Boniface iX, pendant le terrible siège du Château, Jean XXIII l'avait reconstruit.
L'architecte favori dAlexandre fut Antonio da San (Jallo; son peintre favori, Pinturicchio. Ce charmant poète, d'imagination si fine et facile, peupla de ses caprices élégants les chambres Borgia et le Château Saint-Ange. L'appartement Borgia, jalousement fermé jusqu'en ces derniers temps, et servant d'annexé à la Bibliothèque Vaticane, a été ouvert au public par les soins généreux de Léon XIII. C'est désormais un musée de plus, et un Musée e.xquis entre tous, dans ce Vatican si fécond en merveilles. Comment échapper au doux enchantement de ces murailles et de ces voûtes revêtues d'or fauve et d'outremer pâli? Des figures de rôve, frôles dans leurs robes fiottantes, ou magnifiquement enveloppées d'armures ciselées et de manteaux brochés d'or, y passent sur le clair horizon des paysages ombriens. A ceux qui connaissent les Pinturicchio de Sienne, éblouissants de fraîcheur dans leur vif coloris et leurs contours un peu secs, l'appartement Borgia révèle des douceurs de nuances inattendues, tant la patine des siècles a dé-
licatement calmé les âpretés premières de ces bleus profonds, et de ces ors qui réchaufTent les voûtes de leurs flammes assombries.
L'appartement se compose de six chambres, dont les quatre premières, qui ont fait partie du palais de Nicolas V, s'étendent au-dessous des salles décorées par Raphaël. Si l'on y arrive par la cour de Saint- Damase, on entre d'abord dans une large antichambre, qui est nommée salle des Pontifes, pour les inscriptions en l'honneur des papes que l'on y voit encore. La voûte en a été entièrement refaite, sous Léon X, par Pierino del Vaga et Jean d'Udine, qui, sous prétexte de signes du Zodiaque, y ont semé toute une mythologie mêlée d'arabesques et d'ornements antiques. La seconde chambre, dite de la Vierge et du Christ, est peinte de la main de Pinturicchio. La voûte, divisée en deux moitiés par un arc à reliefs de stuc, porte huit médaillons où des figures de prophètes tiennent des banderoles expliquant les mystères de la vie de Jésus. Ces mystères mêmes sont représentés dans les lunettes en arceaux aigus qui terminent les murs. C'est l'Annonciation, avec une humble Madone tendrement prosternée devant le bel ange au manteau de pourpre, couronné de fleurs, qui incline vers elle son sceptre de lis; puis Noël, avec ses rustiques ligures de pâtres et son chœur d'anges musiciens; l'Adoration des Mages, où le plus vieux des rois, vêtu de brocart d'or, est accompagné d'un page si délicatement féminin; la Résurrection du Christ, avec le sarcophage où le nom divin est inscrit; un cyprès et un olivier l'encadrent, et tout auprès on voit Alexandre VI agenouillé dans sa chape de brocart, la tiare posée sur le gazon. Le
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portrait respire ; les paupières plissées, le noz fort et busqué, les joues colorées aux pommettes saillantes, racontent l'énergie sauvage du pape espagnol. L'Ascension réunit de lumineux chœurs de séraphins autour d'un Christ tout blanc, de qui s'échappent des rayons d'or, et la Pentecôte, au lieu de se passer, selon la tradition, dans un lieu fermé où des langues de flamme pleuvent sur les apôtres, a pour cadre les rives fleuries d'un paisible lac où se reflètent palmiers, peupliers et cyprès. L'Assomption enfin montre toute la simplicité d'une composition désormais chère aux peintres ombriens : la tombe pleine de roses, de lis et de violettes, autour de laquelle les apôtres sont groupés, regardant s'élever la Vierge assise dans les splendeurs de l'are-en-eiel. Plus bas, au-dessous de la corniche de marbre où s'appuient les consoles de la voûte, un badigeon verdàtre, aujourd'hui enlevé, avait recouvert la décoration d'arabesques et de feuillages dorés, mêlés de tapisseries et de niches en trompe-l'œil, où l'on aperçoit des vases et des ornements liturgiques. Décoration cruellement abîmée d'ailleurs; car, dans les endroits que Ton a pu dégager, les murs sont entamés et déchiquetés sous les noms des reîtres du Bourbon, qui, en 1527, campèrent au Vatican.
Dans la troisième salle, de toutes la plus belle, Pinluricchio a narré des histoires de saintes et de saints, toute une Légende Dorée abondante m esprit et en grâce. Mais poui-quoi <-e choix de pieux épisodes qu'aucun lien ne rattache, sinon les harmonies tout extérieures de couleurs et de formes? Est-ce caprice, du peintre, ou dt''sir du pape? Peu importo, pourvu que ces couleurs et ces formes caressent
doucement nos yeux, nous enveloppent d'une atmosphère de rêve. La famille et les hôtes d'Alexandre, du moins quelques historiens le supposent, seraient ici représentés. Est-ce donc la trop fameuse Lucrèce, cette chaste et fière sainte Catherine qui, debout devant l'empereur Maxence, argumente pour la foi chrétienne? De dessous sa couronne royale, ses cheveux blonds descendent mollement et couvrent ses épaules; elle porte un manteau de pourpre sur une robe de soie bleue brochée d'or. Le tyran, sceptre en main, siège sur un trône de marbre et d'or; près de lui, un Turc enturbané, à la tunique de soie blanche brodée de rouge et de vert, ressemble à Djem, frère de Bajazet. Et plus loin, parmi les seigneurs et les savants, nous devons voir Jean de Gandia, le cruel César, d'autres encore, à pied et à cheval, en cuirasse ou en robe, merveilleusement graves et attentifs. Un grand arc de triomphe, en stuc doré, d'où ressortent les formes énergiques du taureau Borgia, ouvre ses trois larges portes sur un horizon baigné de soleil.
Maintenant nous voici dans la Thébaïdc. Devant une grotte profonde, les deux vénérables ermites Paul et Antoine sont assis. Paul présente à son hôte le pain dont son corbeau fidèle vient de lui porter double ration; à peine s"étonne-t-il à voir les trois diablesses aux sourires ingénus, qui de leurs pieds griffus de harpies accompagnent infatigablement le bon moine.
La fresque voisine — quel bizarre et surprenant mélange! — nous montre la Visitation. Ici encore se dresse un grand édifice à corniches et pilastres dorés, où est inscrit le nom d'Alexandre. Au fond s'ouvrent