LES TAPISSERIES ET LES LOGES
habilement dégradées, la perfection du rendu furent vivement appréciées ; toutes qualités que Ton est désormais réduit à deviner, dans létat lamentable où nous sont parvenus ces cliefs-dœuvre. Enlevées du Vatican en lo:27, pendant le sac de Home, et restituées en io^ùi; enlevées de nouveau par les Français en 1798, achetées par des brocanteurs, exposées au Louvre, enûn reconquises par Pie Vil en 1808, les tapisseries de Raphaël occupent maintenant une galerie spéciale, qui continue, au musée Vatican, la galerie des Candélabres. Quant aux cartons, oubliés longtemps dans l'atelier de Van Aelst, à demi ruinés, ils furent découverts en 1630 par Rubens, qui les fit acheter par Charles P"" d'Angleterre. Sept ont survécu, et sont conservés a Londres, au must'-e de South Kensington.
Devant cette œuvre robuste et saine, populaire même, si un tel mot pouvait convenir à des peintures traduites avec le luxe le plus radine, on ne peut oublier l'inspiration de Masaccio. G"<'St au peintre du Carminé de Florence, à l'auteur du Tribut de saint Pierre, que Raphaël emprunte lame de ses grandes compositions. Mais avec quelle énergie dramatique, avec quelle science et quelle austérité tout à la fois il a groupé ses simples et éloquents acteurs! La Pêche miraculeuse a pour cadre les rives lumineuses dun lac qui rappelle le décor de Ghirlandajo dans sa fresque de la Sixtine; et la Remise des clefs à saint Pierre est une œuvre calme et sereine, où le caractère rude et ardent des visages est marqué si sincèrement, que Ion oublie l'artificielle solenniti' de ces draperies majestueuses et savantes dont Raphaël enveloppe ses acteurs. La Conversion de saint Paul
ilO LES PAPES ET LES ARTS.
et la Lapidation de saint Etienne sont des scènes toutes de mouvement et de couleur. La Guérison du paralytique dans le temple de Jérusalem (que Raphaël a magnifique.ment orné de ces colonnes torses à enroulements de vigne qui précédaient la Confession de saint Pierre), la Mort d'Ananie et l'Aveuglement d'Élymas étudient avec un réalisme très savant les déformations de naissance ou d'accident du corps humain. Enûn le Sacrifice de Lj'stra et la Prédication dans l'Aréopage, deux parfaits chefsd'œuvre, représentent avec une incomparable puissance dramatique, ici l'idolâtrie d'un peuple qui se précipite pour adorer les apôtres éperdus d'indignation, là l'émotion profonde de ce peuple écoutant la sublime parole de saint Paul. Une science consommée de l'architecture antique a présidé au décor de ces tableaux grandioses.
Les bordures des tapisseries sont purement décoratives. Au lieu des cordons de feuillages et de fruits habituels aux Flamands, nous y retrouvons, plus gracieuses et plus fines, les arabesques mythologiques introduites dans l'art italien par Signorelli et Pinturicchio. Des figurines spirituelles y sont groupées par étages successifs, parmi des vases, des portiques, des branchages; ce sont les Parques, les Saisons, le Jour et la Nuit, les Heures; et dans la bordure inférieure, tissée en camaïeu doré, des épisodes de l'histoire des apôtres, et d'autres, plus nombreux, retraçant l'histoire de Léon X, sont composés à la façon de bas-reliefs antiques.
D'autres tapisseries, attribuées à Raphaël, figurent au musée Vatican près des Actes des Apôtres ; leur lourdeur bien flamande contraste trop vivement avec