LES TAPISSERIES ET LES LOGES
l'élégance de la première suite pour que Ton puisse sérieusement soutenir une pareille attribution. En réalité, Kaphacl composa quelques dessins pour ces douze pièces de la Vie du Christ, mais il mourut avant den avoir pu commencer les cartons ; ce qui explique les inégalités choquantes de la série tissée sous Clément VII; une dernière pièce, le Couronnement de la ^'ierge, ne fut même achevée que sous Paul III.
Kapharl, au temps do Léon X, porte à la perfection cette science décorative, toute de grâce et de souplesse, qui est le véritable fond de son génie. C'est lui qui inspire, quand il ne le compose pas, le dessin des merveilleuses boiseries sculptées pour les Chambres par Barile de Sienne. C'est lui encore qui entreprend, avec tout son cortège d'élèves, une œuvre immense qui est demeurée jusqu'à nos jours le plus célèbre modèle de l'art ornemental, la décoration des Loges.
Les Loges de Bramante, que Rapharl compléta par un troisième étage, servaient de façade au vieux [•alais pontifical; dans ces portiques baignés de soleil il y avait place pour tous les caprices de la peinture associée au bas-relief. L'idée de Raphaël fut de lutter avec le cliarniant décor antique des thermes de Titus, dont la récente découverte avait ému la Rome artiste et lettrée. Ce fut le second étage, qui communique directement avec la salle de Constantin et l'appartement du pape, qu'il entreprit de décorer, et cette besogne, menée de front avec tant d'autres, fut achevée en moins de six ans, de iol3 à 1319. Des peintures et dos reliefs do sluc recouvrirent entièrement les treize compartiments à voûte cintrée, séparés par des pilastres et des arcs, d'un côté percés de fenè-
très qui éclairent les salles intérieures, de l'autre côté s'ouvrant à Tair libre sur le large horizon de Rome. Ce superbe décor, où se joue une fantaisie ailée, mériterait d'être étudié dans ses moindres détails, et nous en reparlerons à l'occasion des modèles antiques qu'il célèbre et quil imite ; il est d'ailleurs moins l'œuvre de Raphaèl que de son plus habile et ingénieux élève, le Vénitien Jean d'Udine. Au contraire, les tableaux bibliques, disposés quatre par quatre au sommet des treize voûtes, ont été expcutés sous la direction et d'après les dessins du maître ; et, si l'on ne tient pas compte du coloris trop cru de ces petites fresques, peintes par Jules Romain, Francesco Penni, Pellegrino da Modena et d'autres encore à peu près inconnus, si l'on oublie les tons de brique des chairs, les bleus, les verts et les rouges trop violents pour ne songer qu'au dessin primitif, on est gagné par le charme de cette illustration si souple, comparée aux séries bibliques des mosaïques et des fresques du moyen âge, si sobre, comparée à l'exubérance des peintres du quinzième siècle. « La Bible de Raphaël » apparaît comme une suite de miniatures où la clarté et la fidélité de l'interprétation s'unissent à la simplicité et à l'équilibre parfaits de l'ordonnance. Raphaël y réussit mieux aux riantes idylles qu'aux scènes tragiques ; dans les tableaux de la Création, dans le Déluge, il imite de près son puissant rival Michel-Ange, tout en lui restant très inférieur de sentiment et même de forme. Mais, darfs la vie des patriarches, Noé, Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, Moïse, les meilleures qualités d'art reparaissent; et l'on ne saurait rien imaginer de plus simple et de plus grand que l'arrivée des trois anges devant qui