PAUL III ET LA FIN DE LA RENAISSANCE
toutes les phases avec une plus violente éloquence. Aussi comprend-on sans peine le succi-s inouï de ce Jugement, qui était célèbre avant même d'r'tre achevé. Mais ce .succès était dû surtout à des qualités qui sont bien près de nous paraître des fautes. Car la science la plus audacieuse tient ici lieu d'émotion; Michel- Ange, sûr de son œil et de sa main, se joue avec une aisance dédaigneuse parmi des problèmes de dessin qui épouvanteraient les plus grands peintres. Toutes les poses, tous les raccourcis possibles du corps humain, il les risque et il y triomphe; et ces miracles d'équilibre, ces jeux démuselés athlétiques subjuguèrent tous les spectateurs. Tous, non pas; car il y eut des âmes chagrines qui protestèrent contre cet étalage de nudités. Et ces protestations sans doute n'auraient paru que trop justes, si le maitre du chœur, en ce concert indign»', n'eût été le plus impudent des hommes. Repoussé par Michel-.Ange, au([uel il essayait de vendre sa faveur, l'Arétin osa se plaindre, au nom de la pudeur et de la foi! Il méritait d'être placé par le peintre dans son Enfer, comme cet infortuné maître de cérémonies de Paul 111, Biagio da Cesena, que le pape refusa de consoler, disant : «. Si Michel-Ange t'avait mis au Purgatoire, il y aurait eu remède ; contre l'Enfer, je ne puis rien >>. On sait qu'encouragées par la réforme de^ mœurs, les plaintes eurent à la fin raison; Paul IV pensa un moment supprimer la terrible fresque, et se contenta d'en faire habiller les nudités les plus choquantes par Daniel de Volterre, qui y gagna son plaisant surnom.
La passion de Michel-Ange ne pouvait devenir chez ses imitateurs que boursoullun- et déclamation; et lui-iiièiiie allait Irur donner 1 exemple de la déca-
dence, en peignant dans la chapelle Pauline, que San Gallo venait de construire, les deux fresques colossales qui représentent la Conversion de saint Paul et le Crucifiement de saint Pierre. Il avait soixante-quinze ans lorsqu'il les termina; et bien qu'il dût vivre encore quatorze années d'activité incessante, ce furent ses dernières peintures.
Jusqu'en 1546, Antonio da San Gallo avait été le principal architecte de Paul III. Au Vatican, il avait repris la cour du Belvédère, hâtivement commencée par Bramante, et dont toute une galerie s'était écroulée, du temps de Clément VII. Il avait construit, à l'entrée de la chapelle Sixtine , la salle Royale , vestibule énorme à voûte cintrée, dont les deux fenêtres furent ornées de vitraux par Pastorino de Sienne. Cette salle, où le lis des Farnèse et le nom de Paul III ressortent au milieu des stucs pesants dessinés par Pierino del Vaga et Daniel de Volierre, remplaçait de très anciennes chambres du palais, parmi lesquelles l'oratoire du Saint Sacrement, décoré par l'Angelico pour Nicolas V. Un faste qui n'avait point l'excuse du goût effaçait les pieux souvenirs d'autrefois; le même pape, qui supprimait une chapelle de Nicolas V, inscrivait fièrement son nom sur la porte de la chapelle Pauline, où la richesse n'a d'égale que la banalité.
Cependant, à Saint-Pierre, San Gallo avait repris ardemment l'œuvre de Bramante, et cette immense ruine déserte, sous le règne de Paul III, s'animait de nouveau. Une fresque de la Chancellerie montre le pape donnant ses ordres, excitant les ouvriers au travail. Il dépensa, pour la seule basilique Vaticane, près de deux cent cinquante mille écus d'or. Et pourtant, lorsque San Gallo mourut, en 15 4G, il ne semblait pas