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LE CONCILE DE TRENTE

L'àpre lutte contre la réforme luthérienne, poursuivie avec une prudence minutieuse par les évêques réunis à Trente, dev-ait transformer l'art comme elle transformait la littérature et les mœurs. Les sages décisions du Concile de Trente marquent la défaite de l'antiquité païenne, le retour à une piété sincère et agissante. Les nudités immodestes sont proscrites, l'Olympe est banni du Vatican. Mais il n'était plus au pouvoir des papes de ramener l'art sous la tutelle de l'Église, de lui faire renouveler ces grands cycles de peinture? qui, de Giotto jusqu'à Raphaël, avaient

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iiistruil el fortifié les âmes, les conduisant par la beauté jusqu'à la vérité. Il n'y avait plus d'art chrétien; il y avait des artistes habiles, capables d'exprimer avec convenance des ligurtîs chrétiennes, mais préoccupés avant tout du modMe académique. Parmi les artistes bolonais acclimatés à Rome au cours du dix-septi("'me siècle, et qui rempliront les églises de leurs tableaux, le Dominiquin seul atteindra parfois un certain idéal de pii'-té pathétique. Au Vatican, du temps même du Concile de Trente, un grand effort est tenté pour créer, dans la salle Royale, un ensemble de peintures historiques et allégoriques à la gloire du Saint-Siège; malgré l'ingéniosité des Zuccheri et de Vasari, combien cette énorme df'coration parait froide et prétentieuse!

Il existe désormais un Index pour les œuvres d'art, Comme pour les livres. Les Pères du Concile, sans définir aux artistes leur tâche, leur indiquent du moins ce qu'ils doivent éviter. « Que toute recherche honteuse soit éliminée, toute lasciveté bannie, et que les tableaux n'aient pas une grâce provocante ». Ils «»rdonnent aux évèques de veiller à ce ({u'aucune image nouvelle ne trouve place dans les églises sans leur particulière approbation. D'autre part, les théoriciens ecclésiastiques, les prélats humanistes essaient de tracer un programme d'études artistiques et littéraires, dont l'antifjuité, sainement appréciée, l'orme la base. Cet4e réforme, quoi qu'on en ait dit, fut, dans ses grandes lignes, d'une parfaite modt'ration. Sans doute, il y eut des «'xcès de zèle, même en matière d'art, et la réaction faillit dépasser les justes limites. Paul IV lit accommoder en style décent le Jugement de .Michel- Ange; et Pie V dépeupla les jardins du

Belvédère dune partie de leurs marbres antiques, qui allèrent grossir la collection du Capitole, ou émigrèrent en pays étranger.

Mais Rome vit, sous le règne de Pie IV, un bel essor de constructions, dont le vieux Michel-Ange fut le principal ouvrier. Au Vatican, la grande cour du Belvédère fut achevée d'après les plans de Bramante; près de la salle Royale s'ouvrit la salle Ducale, composée de deux pièces à voûte faiblement cintrée que relie une large arcade. Une frise y fut peinte, où des paysages alternent avec les figures des Vertus ; et sur le stuc blanc de la voûte se détachèrent de fines arabesques. Jean d'Udine et Pomarancio décorèrent de stucs et de fresques le troisième étage des Loges, resté inachevé depuis la mort de Léon X. Enfin, dans les jardins superbes qui longeaient le palais, à la base de la colline Vaticane, l'architecte antiquaire Pirro Ligorio dessina pour le pape une v'illa d'été, peut-être la plus heureuse invention d'une architecture qui comprenait encore toute la grâce des ruines antiques. Aux deux côtés d'une cour circulaire, dallée de marbre, et qu'enveloppe un banc à dossier de rocailles, deux petites maisons aux murs ornés de bas-reliefs opposent aimablement leurs marbres et leurs stucs, et les colonnes de leurs portiques, parmi la verdure des pins et des aloès. La villa Pia nous apparaît comme la dernière fleur de la Renaissance, cachée dans les jardins du Vatican.

Michel-Ange cependant était tout absorbé par les travaux de Saint- Pierre. Il avait dû consolider encore les piliers de Bramante, avant de se décider à y asseoir sa coupole: et il en avait terminé les assises puissantes, lorsque, l'an io6i, la mort vint paisible-

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