LK CONCILE DE TRENTE
ment emporter à Dieu sa grande âme religieuse. Il fut pleuré par la Ville dont les plus beaux monuments portent l'empreinte de son génie : Saint-Pierre d'abord et le Vatican, le palais Farnèse et les palais qui entourent la place du Capitole, la Porta Fia, enfin la grandiose église de Sainte-Marie des Anges, qu'il fit sortir dans son austère nudité des thermes de Dioclétien.
Komo, encore animée des fêtes que lui offrait Pie IV, s'habitue, pendant le règne de Pie V, à une vie plus grave. L'art continue à se transformer; le sentiment bien romain de la grandeur s'y traduit, dans l'indigence d'inspiration, par une pompe et une solennité qui auront toute leur plénitude au dix-septième siècle. L'architecture du dix-septième siècle, l'œuvre de Maderna et de Bernin, est en germe dans les églises nouvelles. Ce fut l'Ordre tout-puissant des jésuites qui en créa le type idéal. L'église du Gesù, commencée en 1.^)08 par Vignole et Giacomo délia Porta, deux élèves de Michel-Ange, inaugure avec éclat ce système d'architecture toute en mouvement, hardie, vivante, pittoresque, et l'on oserait même diri' amusante, où les piliers revêtus de marbres précieux, les stucs dorés, les peintures des voûtes, laissent une impression de richesse éblouissante. La piété seule y manque, sœur de la sobriété et de la simplicité.
L'art qui sentit les plus heureux effets de la réforme de Trente fut la musique sacrée. « Que l'on écarte des églises, est-il dit dans les décisions du Concile, ces sortes de musique où soit par l'orgue soit par le chant il se mêle quelque chose de lascif et dimpur, ])0ur que la maison de Dieu paraisse vrai-
ment et puisse être dite la maison de la prière. » Cette musique d'Église hérissée de difiicultés savantes et puériles, mêlée de fantaisies trop souvent inconvenantes, un grand maître lui donne l'ampleur et la pureté ; Palestrina découvre au fleuve de l'harmonie des sources nouvelles. L'ami du pape Marcel et de saint Philippe de Néri. attaché quelque temps à la chapelle papale, puis nommé à la maîtrise de la Chapelle Vaticane, que Jules II avait fondée, a laissé dans ses Impropères et dans ses messes les plus parfaits modèles de l'art nouveau. Non moins religieuse que le plain- chant du moyen âge, cette musique, où les timbres doux et profonds de la voix humaine se substituent au concert des instruments, traduit avec une fidèle émotion le texte sacré, qu'elle suit pas à pas. Étrange et sincère, fervente et paisible, c'est une musique de recueillement tendre où les sens n'ont point de part, c'est une musique d'âme.
Avec l'apaisement religieux et la prospérité intérieure, les temps sont revenus des grands travaux d'architecture. Grégoire XIII, Sixte-Quint, Paul "V vont reprendre l'œuvre de Nicolas Y, de Sixte IV et de Jules II; ils vont créer cette Rome nouvelle dont les édifices massifs et robustes, d'aspect trop pratique et matériel, nous font regretter la pure élégance des monuments d'autrefois, qu'ils avoisinent ou qu'ils remplacent.
L'œuvre artistique de Grégoire XIII s'est niôlée si intimement à celle de son successeur, que la mémoire de ce pape de souple intelligence et d'énergique vouloir en semble un peu diminuée. Il agita, lui aussi, de grandioses projets, et sut en mener à fin une parti<\ S'il n'eut pas l'honneur d'élever la coupole de Michel- Ange, dont le modèle sublime n'attendait plus qu'un ouvrier audacieux, il continua au Vatican l'œuvre de Bramante, en achevant ce second bras des I^ogcs ([ui arrête vers le nord la cour de Saint-Damase. Il employa toute une armée de peintres à décorer son palais. Federico Zucchero travaillait à la voûte de la chapelle Pauline, et terminait avec ^'asari les fresques de la salle Royale, où sont marquées les grandes étapes de l'action politique de la Papauté, depuis les donations carolingiennes jusqu'à la bataille de Lépante, ce triomphe que Rome venait de célébrer avec la pompe des anciens jours. Pomarancio le jeune imitait, au premier étage des nouvelles Loges, le fin décor de Jean d'Udine, ces treilles et ces tonnelles fleuries qu'il alourdissait par l'introduction d'architectures simulées. .\u second étage, Sabatini et Tempesla reproduisaient la disitosition des Loges de Rai)harl, et peignaient, avec une inspiration malheureusement trop banale, les petites fresques des voûtes où est raconlée la vie de JT-sus-Christ. Les pièces d'habitation (}ui ouvrent sur cette partie des Loges, et qui comprennent l'appartement de souverains étrangers, ainsi qu'une chapelle dédiée aux saints Paul et .\ntoine ermites, reçurent une décoration abondante, pay- ;iges, scènes bibliques, vie de saint Grégoire le lirand, figures de Vertus. Le troisième étage continue les ornements de peinture et de stuc donnés sous
Pie IV au premier corps des Loges : ce sont des scènes de la vie de Pie IV et de Grégoire XIII, et, tout au long de la voûte, la solennelle procession pour le transfert du corps de saint Grégoire de Naziance, que le pape conduisit de Sainte-Marie du Campo Marzo jusqu'à la Basilique Vaticane. Des cartes géographiques fort curieuses complètent ce décor des Loges, et se développent dans l'immense galerie de cent vingt mètres, construite en 1581 par Muziano, et enrichie de stucs et de peintures sous la direction de Tempesta.
Dans la Ville, Grégoire XIII édifiait le Collège Romain; il commençait le palais du Quirinal; il excitait ses cardinaux à bâtir de charmantes villas, parmi lesquelles la villa Montalto sur, l'Esquilin, et cette villa Mattei qui offre, parmi les pins, les lauriers et les yeuses du Gœlius, une vue délicieuse des monts Albains baignés de lumière. Il se plaisait à ces fontaines toujours jaillissantes et d'architecture spirituelle qui demeurent un des attraits de Rome. Il construisit l'église des Oratoriens, Sainte-Marie in Vallicella, dont l'intérieur dépasse en éclat le Gesù; il commença Saint-Louis des Français, d'une richesse plus sobre et plus discrète. Des Sept églises, que les pèlerins visitent au temps de Grégoire XIII, basiliques que le moyen âge a revêtues de sa poésie, six encore demeurent intactes, mais les siècles qui viennent seront impitoyables à tant de pieux souvenirs. Déjà Saint-Pierre s'est transformé, et va recevoir de Sixte-Quint et de Paul V son aspect définitif.
Il était réservé au court pontificat de Sixte-Quint d'étonner le monde par une ardeur d'agir et de bâtir qui reprenait, avec des ressources bien différentes,
les généreuses traditions des papes de la Renaissance. Pendant cinq années, une flèvre d'architecture travailla Rome ; les palais, les églises surgirent, Ifs rues s'ouvrirent comme par miracle; la Ville doubla près que d'étendue. On comprend à peine que ces cinq années aient suffi à la seule œuvre du Vatican et de Saint-Pierre. Mais comme Jules II, pour exécuter ses vastes plans, avait rencontré le génie de Bramante, Sixte-Quint rencontra limagination féconde et l'activité toujours en éveil d'un architecte tcssinois, Domenico Fontana. C'est un artiste instruit et de goût sage, c'est surtout un ouvrier merveilleux, qui, aidé par son frère, par son neveu, par d'innombrables élèves, fait de la ville des papes un chantier de monuments nouveaux.
Michel-Ange, mort depuis vingt années, semble protéger ce glorieux pontificat, dont la plus belle œuvre d'art fut lachèvement de la coupole de Saint- Piorre. Le modèle du maître était si simple, et les mesurr's on étaient si justes, (jue Giacomo délia Porta put, en moins de deux ans, terminer la voûte énorme; et Sixte-Quint, le 14 mai I.'jOO, admira, des fenêtres mômes du A'atican, la courbe harmonieuse et pure qui s'élevait dans los airs. Les mots ne sauraient rendre la beauté de cette courbe, dont les nervures, issues des colonnes accouplées du tambour, se relèvent si fineincut dans l'élégante lanterne; à peine s'aperçoit-on qu'il manque, au point d'intersection de la coupole et du tambour, ce trait d'union voulu par AIichcl-.\nge, h's consoles et les statues faisant (jflicc de contreforts. Ce n'est pas du côté de la pesante façade, c'est au chevet de, la basilique qu'il faut voir l'œuvre de Michel-Ange; et celte œuvre
n'est-elle point la seule que la Renaissance romaine puisse opposer sans crainte aux monuments de l'antiquité?
Fontana, qui avait déjà travaillé pour le cardinal de Montalto avant qu'il ne s'appelât Sixte-Quint, fut associé à Giaconio délia Porta et aux élèves de Michel- Ange dans la construction du Saint-Pierre moderne; au Vatican, il eut le titre d'architecte en chef. Il ferma la cour de Saint-Damase, vers lest, d'un troisième corps de bâtiment, où la continuation des Loges de Bramante masquait tout un palais nouveau. Ce palais, qu'habiteront désormais les papes, regarde par sa face principale vers le midi, vers la place de Saint- Pierre: il est infiniment plus large, plus ouvert et plus sain que l'ancienne habitation de Nicolas V et de Jules II. Fontana le construisit en briques, avec des encadrements de fenêtres et des corniches en travertin; il lui donna la forme d'un rectangle un peu allongé, enveloppant une cour intérieure et s'appuyant par sa base à la tour massive de Nicolas "V.
Non moins importante mais plus discutable fut la création de la Bibliothèque Vaticane, dont le vaste édifice, qui coupait transversalement la cour du Belvédère, interrompait les harmonies majestueuses de Bramante. La construction, commencée pendant l'hiver de i.j87, était presque entièrement finie dès l'automne de Tannée suivante; elle avait coûté vingtcinq mille écus d'or. -En 1590, les fenêtres étaient munies de vitraux, et la superbe galerie centrale, divisée en deux nefs par des pilastres de stuc, recevait une décoration peinte d'une abondance extraordinaire. Ces fresques, plus précieuses encore pour l'histoire que pour l'art, sont accompagnées d'ins-
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criptions latines dont les distiques ingénieux nous font passer en revue toutes les -grandes œuvres de Sixte-Quint.
De ces œuvres si nombreuses nulle ne fut plus univorselleuient célfbre que le transport de lObélisque; ce fut laction d'éclat de Konlana, et qui le mit hors de pair dans l'estime du pape et des Romains. Déjà, ppf^s d'un siècle et demi auparavant, Nicolas V avait f'U ridée de transporter au milieu de la place de Saint-Pierre l'obélisque à demi enseveli, au flanc de la vieille basilique, sous les décombres du cirque de Néron. Sixte-Quint reprit, avec sa volonté souveraine, le projet déclaré impraticable par les meilleurs architectes; et bientôt les Romains stupéfaits virent se dresser, près de l'oratoire de Saint-André, d'énormes échafaudages en bois de pin et de chêne, l'aiguille, doucement saisie et baissée par des cordes, se coucher sur un traîneau, descendre la pente qui s'inclinait vers la place, et là, dans l'attente silencieuse que sous peine de mort nul cri ne devait troubler, monter fièrement, le 10 septembre 1580, sur le nouveau piédestal d'où o\le présente désormais la croix qui la couronne et les armes du [»ape qui la conquise au Christ.
Ce succès inespéré excita Sixte-Quint à planter Rome d'obélisques. En 1587, il érigeait celui que l'on voit derrière Sainte-Marie .Majeure, et qui provient du mausolée d'Auguste; en i:j88, celui du Latran, et, en 1589, celui de la place du Peu[)le, tous deux tirés du (Jrand Cirque. En même temps il entreprenait, et lentreprise était digne des anciens empereurs, d'amener dans la Ville par un nouvel aqueduc l'eau pure des monts .\lbains, r.lrr/»/^/ FcUrf, qui jaillit encore aujourd'hui, sous la verge d'un .Moïse de marbre, auprès
des thermes de Dioclétien. Il ouvrait, dans des quartiers encore peu habités, d'immenses voies toutes droites, qui de Sainte-Marie Majeure aboutissaient à la Trinité des Monts, au palais de Saint-Marc, à la porte Saint-Laurent , allaient de cette porte aux thermes de Dioclétien, et du Latran au Colisée. Il construisait des hôpitaux et des églises ; il faisait décorer par ses peintres ordinaires sa villa de l'Esquilin, et il continuait le froid et monotone palais du Quirinal, en regard duquel étaient placés les deux célèbres groupes antiques, ces Dioscures ou Dompteurs de chevaux, que le moyen âge avait admirés comme Tœuvre de Phidias et de Praxitèle.
Ce pape qui ne se. lassait point de créer, et qui, non content de ce qu il faisait dans Rome, tentait des œuvres colossales comme le dessèchement des Marais Pontins, et la fondation d'une ville autour du sanctuaire de Lorette, ce génie tout emporté vers l'avenir ne pouvait être tendre aux monuments du passé. 11 ne vit dans le Septizonium de Septime-Sévère, dont les ruines grandioses dominaient le Palatin, qu'une carrière de travertin et de marbre qu'il exploita sans en rien laisser. Le moyen âge fut aussi cruellement traité que l'antiquité classique : il n'hésita pas à rompre la nef de Sainte-Marie Majeure pour ouvrir dans le bras droit du transept la somptueuse chapelle Sixtine, où son mausolée devait bientôt accompagner celui de Pie V. Pour dresser au sommet des colonnes de Trajan et de Marc-Aurèle les statues de saint Pierre et de saint Paul, il fit fondre les portes d'airain de l'atrium de Saint-Pierre, la porte de Sainte- Agnès hors les Murs, celle de la Scala Santa au Latran ; et, tout ce bronze ne suffisant pas, on alla en chercher
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au portique du Panthéon. Sixte-Quint s'attaqua plus cruellement encore à un grand édifice chrétien que l'histoire, à défaut de l'art, aurait dû lui interdire do toucher. Une fresque de sa Bibliothèque représente ce Latran du moyen âge que tant de papes avaient eu à cd'ur d'enrichir. Deux siècles d'abandon en avaient usé les murailles; était-il donc impossible de le restaurer, en l'entourant au besoin d'une enveloppe nouvelle, comme avait fait Jules H pour le Vatican primitif? Mais Fontana reçut ordre de tout raser, et sur le terrain nivelé il <''leva une copie solennelle et médiocre du palais Farnèse. Pour remplacer la charmante loge de la Bénédiction, que les Cosmas et Giotto avaient si finement embellie, il accola de lourdes arcades au portail latéral de la basilique. Si le pape eût vécu quelques années encore, que de transformations la Ville pouvait subir ! Déjà n'était-elle point changée à tout jamais? Auprès des ruines superbes de l'anti- (juité, auprès des monuments du moyen âge et de la Renaissance, un monde nouveau avait surgi : Sixto- Uuint et son architecte avaient fondé la Rome moderne.
PAUL V ET MADERNA.
Le grand élan donné aux constructions romaines allait continuer pendant un demi-siècle. Les successeurs immédiats de Sixte-Quint, Urbain VII, Grégoire XIV, Innocent IX. après un règne de quelques mois, ne pouvaient laisser que des tombeaux; mais
Clément VIII Aldobrandini reprit, au Vatican et à Saint-Pierre, les travaux déjà fort avancés. Au Vatican il compléta le palais de Sixte-Quint par un troisième étage, où sont aujourd'hui les appartements du cardinal secrétaire d'État; lui-même transportait ses appartements au second étage : il en faisait orner splendidement la vaste antichambre, nommée encore salle Clémentine; un peintre sans talent, Giovanni Alberti, en couvrait les murailles de fresques gigantesques, qui représentent le baptême de Constantin, la mort et la glorification de saint Clément. Il ordonnait l'achèvement de la Bibliothèque de Sixte-Quint. A Saint- Pierre, il faisait construire, d'après les plans de Michel-Ange, la chapelle Clémentine, qui répond à la chapelle Grégorienne; et la noble basilique, l'œuvre de Bramante et de Michel-Ange, allait être terminée telle que l'avaient voulue ces grands artistes, lorsque les travaux furent interrompus brusquement, et la forme même de l'édifice remise en question.
Clément VIII était mort en 1605. Un pape lui succédait, ami des splendeurs, en qui s'inaugurait avec un prodigieux éclat la dynastie puissante des Borghèse. Il déplaisait à Paul V, et, en général, au clergé romain, que la Basilique Vaticane n'eût point la forme de croix latine; et le pape voulait conserver à la nouvelle nef la longueur de la nef primitive, dont il ailait détruire les dernières reliques. Carlo Maderna, neveu de Fontana, fut Tarchitecte chargé de cette redoutable besogne, dont il sentait tous les périls. Le plus grave était de supprimer les harmonies voulues par Bramante, et sauvées à grand'peine par Michel- Ange. La façade, venant plus avant, devait masquer en partie la coupole, en supprimer le bel élan. A l'in-
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lérieur mt-me, cette longueur démesurée dr la nef, malgré son élargissement progressif et le rapprochement des énormes piliers, ne donnait point l'impression d'immensité que l'on ressent encore au transept ou dans l'abside. La basilique terminée par Maderna occupe une surface de quinze mille mitres carrés; elle mesure cent quatre-vingt-quatorze mètres de long, et cent vingt-trois mètres du sol jusqu'au sommet de la lanterne; nul édiCce chrétien n'approche, même de très loin, de ces dimensions inouïes.
La façade n'annonce nullement l'entrée dun sanctuaire. C'est une œuvre décorative énorme, qui tient à la fois d'un arc de triomphe et d'une muraille de palais, au centre duquel s'applique un portail à colonnes engagées, à couronnemeni triangulaire. On |»eut di'jà voir ce portail, ins()irf directement du Panthéon, dans une fresque de la BibHothcque Vaticane qui représente le projet de Michel-Ange. Audessus des portes règne un premier étage de fenêtres, qui remplace la loge de la Bénédiction; et l'attique élevé sur l'entablement des colonnes supporte des statues gigantesques du Christ et des Apôtres. Derrière cette muraille triomphale un vestibule l'ut ménagé, haut de vingt mètres, large de soixante-dix, où s'ouvraient les portes de la basilique, les portes de bronze d'Eugène IV, respectées et restaurées par l'aul V.
Que de pieux et charmants souvenirs du moyen âge écrasés par Maderna sous sa pesante façade! Le seuil de la basilique constantinienne, avec ses mosaïques et sa rosace ornée de vitraux, le porti(|ue soutenu par de fines colonnes, le puits du pape Silvestre et la Pigna, l'atrium que dominait la grande mosaï<[ue de
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Giotto, et les édifices encore intacts qui le précédaient, le portail extérieur avec les mosaïques de Paul P'"^ et les colonnes de Nicolas V, s'appuyant à gauche au palais de Tarchiprêtre achevé sous Paul II, s'appuyant à droite au clocher restauré par Pie II, et à la loge de la Bénédiction terminée par Alexandre VI et Jules II, tout fut détruit au ras du sol, et les débris dispersés. De ces débris vénérables à peine reste-t-il quelque chose dans la crypte de la basilique, commencée sous Paul III par San Gallo, et menée à terme par l'architecte de Paul V.
La crypte Vaticane, à la différence des grandes cryptes du moyen âge, n'est pas une œuvre d'architecture. C'est une sorte de catacombe où des tombeaux, des bas-reliefs, des fragments de toute sorte provenant de la basilique primitive, sont fixés aux parois, avec des inscriptions qui les expliquent. Elle se divise en deux parties, que ferment de robustes grilles. La première partie (les Grotte nuoue) dessine un fer à cheval autour de la Confession, débarrassée par Maderna de la toiture provisoire dont Bramante l'avait protégée. Ce fut Urbain VII qui, en 1633, acheva le décor de cette partie des Grottes, et mêla son nom et ses armes aux stucs et aux peintures qui en relèvent la voûte. Les nombreux fragments des tombeaux de Paul II et de Nicolas V, des tabernacles de Sixte IV et de Pie II animent les parois de leurs marbres sculptés. Au sommet de ce fer à cheval, en face de l'antique sarcophage chrétien du consul Junius Bassus, s'ouvre une chapelle dont l'autel, situé précisément au-dessous de l'autel papal, domine le puits de la Confession, que Clément VIII avait fait combler. Deux chapelles latérales, creusées sous le
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bra? droit du transept, renferment la statue de saint Pierre qui urnait le portail dv la vieille basilique, et des peintures qui reproduisent l'état ancien des monuments détruits. En ajoutant k ces peintures les nombreux dessins et les descriptions des archéologues du temps, parmi lesquels il faut citer surtout le notaire apostolique Jacques (îrimaldi,on peut se faire quelque idée de la richesse de ces tombeaux de papes qui peuplaient la vieille église, et qui maintenant sont epars dans l'obscurité des cryptes.
Les Grotte vecchie en ont recueilli quelques précieux morceaux. Cette seconde partie des cryptes, plus basse que la première, divisée en trois nefs par des pilastres, mesure quarante-cinq mètres sur dixhuit. Ses parois frustes, revêtues de stuc blanc qu'a taché la fumée des torches, ses niches étroites où les vieux sarcophages chrétiens se mêlent aux statues couchées dans leur é'iernel sommeil, le dallage de marbres brisés, interrompu par de rares fragments de mosaïque — c'est le sol de la basilique primitive, — l'atmosphère lourde de ces galeries dont on heurte du front la voûte, laissent une impression étrange, lorsque, par les escaliers ouverts dans les piliers de la coupole, on remonte vers la lumière et l'immensité de l'église moderne.
L'intérieur de la Basilique Vaticane, que Hernin n'avait pas encore gâté, offrait, malgré l'erreur des proportions, une majesté surprenante, dans la blancheur des marbres que surmontaient les raissons dorés des larges voûtes. Et Paul V avait fait œuvre de goût et de piété en replaçant, proche de la Confession, à l'extrémité! droite de la nef majeure, le saint Pierre de bronze, rui de la nouvelle comme de
l'ancienne basilique. Il pouvait inscrire fièrement son nom, en lettres colossales, sur la façade du grand temple de la chrétienté; l'œuvre où s'étaient concentrés la pensée et l'effort de la Renaissance, grâce à lui, était terminée.
Ce nom du pape Borghèse, partout on le retrouve dans Rome. Il semblait qu'il se fût propose pour exemple son grand prédécesseur Sixte-Quint. A défaut d'obélisques, il dressait des colonnes sur les places de la Ville; celle qui précède Sainte-Marie Majeure, et porte à son sommet une statue de la Vierge, provient de , la basilique de Constantin; d'autres, celles du portail de l'ancienne Basilique Vaticane, avec des marbres pris au Forum de Nerva, encadrent la superbe fontaine de l'Âcqua Paola, dont l'eau, très abondante, puisée au lac de Bracciano, jaillit au flanc du Janicule. Les colonnes du temple de Minerve servaient à décorer la chapelle Borghèse, percée en 1611 par Flaminio Ponzio, en regard de la chapelle Sixtine, dans la nef gauche de Sainte-Marie Majeure; c'est là, auprès de la Vierge de saint Luc, que s'élèvent les mausolées de Clément VIII et de Paul V. Au Quirinal, Maderna édifiait encore une chapelle Pauline, et partout des églises nouvelles ou reconstruites, Saint-Charles au Corso, Saint-Charles aux Catinari, Sainte -Françoise Romaine, Saint-Sébastien hors les Murs, racontaient aux Romains la magnificence de leur pape. Les palais n'étaient pas moins éloquents : Ponzio achevait pour Paul V le palais Borghèse; Maderna et ses élèves travaillaient aux palais Ghigi, Sciarra-Colonna, Mattei; et la villa Borghèse et le palais Rospigliosi, construits pour le cardinal Scipion Borghèse, témoignaient chez ce
LŒUVRE DE BERININ.
neveu du puissant pape d'une égale passion dos splendeurs.
l(»-:l"vke de ber.mx. les dix-septieme
ET dix-huitième SIÈCLES.
Ce sont maintenant les palais qui achèvent de donner à la Rome des papes un aspect de solide et profonde richesse. Les plus grands et les plus beaux portent des noms célèbres parmi les familles papales, et nous résument, en quelque sorte, Ihistoire de deux siècles. Les Ludovisi, les Barberini, les Pamphili, les Chigi, les Hospigliosi, les Altieri, les Odescalchi, les Albani, les Corsini, toutes ces illustres familles qui tour à tour, pendant quelques années, ont régné par leurs papes, ont laissé à Home, dans leurs palais qui regorgent d'œuvres d'art, dans leurs villas qu'entourent des jardins admirables, un héritage de gloire tel qu'aucune ville n'en a jamais reçu. Ces palais sont des monuments de l'histoire plus encore que des monuments de l'art; tout somptueux et tout énormes qu'ils nous apparaissent, ils ne témoignent d'aucun effort vers un idéal nouveau d'architecture. Tous procèdent, non sans monotonie, du style de traînante et de Michel-Ange dont le palais Famèse restera toujours l'exemplaire souverain; ce sont les élèves dégénérés do Michel-Ange, Maderna, Borromini, Carlo Fontana, l'Algarde, qui achèvent de donnor à Home son vèlomont de pierre et de marbre. Mais, parmi les artistes nouveaux, il en est un rjui do
sa gloire bruyante a rempli tout le dix-septième siècle, et de son imagination féconde, pittoresque à l'excès, lui a laissé une durable empreinte : Lorenzo Bernini, que l'on appelait en France le cavalier Bernin.
A Saint-Pierre, l'œuvre de Bernin fut double : détestable au dedans, heureuse au dehors. A lintérieur, on peut dire que la basilique était terminée, ce jour solennel du 18 novembre 1626 où Urbain VIII la consacra; du moins ne restait-il, pour en achever la décoration, qu'à se conformer aux traditions classiques des maîtres de la Rénaissance. Mais si Maderna avait altéré gravement les proportions et le rythme de la basilique, en allongeant outre mesure la nef majeure, en rapprochant ses piliers, dont l'épais massif dissimulait les nefs latérales, et rapetissait des espaces énormes, Bernin exagéra ces défauts par les surcharges du décor. La première faute, et la plus regrettable, fut d'élever au-dessus de l'autel papal ce baldaquin de bronze, haut de vingt-neuf mètres, où triomphe tout le mauvais goût et toute la prétention de l'inventeur du rococo. Ces quatre colonnes torses, imitées, en de formidables dimensions, des colonnes dalbâtre qui entouraient la Confession primitive, supportent le dais le plus baroque, où des franges et des glands de bronze semblent s'agiter au vent, où gesticulent des anges prêts à s'envoler, soulevant une tiare et des clefs d'un poids absurde. Au pied de cette masse accablante, la Confession de Maderna se rétrécit, le maitre-autel n'e.Kiste plus. Et c'est pour ce baldaquin (et pour les canons du Château Saint-Ange) qu'Urbain VIII fit fondre toute la charpente de bronze du Panthéon, s'attirant l'épigramme bien connue :
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(Juod non fccerunl Ixirhari fecere Barberini. — Ce que n'ont pas fait les barbares, les Barberini l'ont fait! — et, pour compenser ce rapt, il donnait au Panthéon les deux affreux clochers, « les oreilles d'âne de Bernin », que l'on a démolis en 188.'J.
Bernin eut une invention moins nuisible, mais plus ridicule encore, lorsque au fond de l'abside Vaticane il enferma la chaire de lApôlre dans une enveloppe plus lourde, s'il se peut, que le baldaquin. Les quatre Docteurs de l'Église, dont la barbe et les vêtements tourbillonnent au vent, soutiennent du bout des doigts ce fauteuil de bronze, flottant sur des nuages de bronze, et surmonté d'une gloire de bronze doré, où fourmillent à perte de vue des bras, des jambes, des tètes, des ailes. Et, cette débauche de bronze ne suttisant point, il creusa des niches dans les piliers de la nef immense, et y dressa, en des marbres tourmentés, les fondateurs des ordres religieux. Aux quatre piliers de la coupole, il installa les statues de saint Longin, de saint André, de sainte Hélène et de sainte Véronique, dont il sculpta la première, et abandonna les autres à ses élèves. Au-dessus, il ouvrit les quatre loges d'où l'on montre les saintes reliques aux fêtes solennelles : contre-sens architectural, qui diminue aux regards la solidité de ces piliers magniûques. Toutes grandes qu'elles soient, ces statues agitées sont ('craséos encore par les figures gi- Liantesques de la coupole, où le cavalier d'Arpin et Marco Provenzale ont représenté en mosaïques à fond d'azur, que divisent les stucs dorés des nervures, les quatre Évangt'lisles, le Christ, la Vierge et les apôtres. Ce ne fut que longtemps a[>rès la mort d'Urbain VIII que Bernin acheva de plaquer au long des
piliers des nefs ces marbres de couleur, qui n'ont même pas, comme au (jcsù, le charme de teintes rares et unies. Non, il incruste parmi ces placages noirs et verts des bustes et des armoiries de papes en marbre blanc, et ces colombes des Pamphili qui ont remplacé les abeilles des Barberini. Tout, dans ce malheureux décor, depuis les bénitiers énormes jusqu'aux étonnantes figures allégoriques en stuc don» qui chevauchent dans les entre -colonnements, tout est combiné pour donner l'irnpression du démesuré plutôt que de la vraie grandeur ; et cependant, malgré Bemin, on sent' bientôt qu'en aucun édifice du monde, comme dans la basilique de Bramante et de Michel-Ange, on n"a tant d'air, de lumière, d'espace infini.
Bemin termina la toiture de Saint-Pierre. Il mita la coupole son revêtement de plomb; il essaya de compléter la façade par deux clochers, puis y renonça, se bornant à élever les petites coupoles qui accompagnent le dôme central. Mais il fît œuvre de grand artiste en construisant, sous Alexandre VII, la vaste colonnade qui, se développant en ellipse devant la basilique, puis montant droit vers la façade, relève cette façade massive et lui donne par le recul une hauteur que Maderna n'avait point soupçonnée. Cette double galerie de colonnes doriques, qui supporte des statues en nombre prodigieux, est lourde si on la regarde de près ; mais elle ne vaut que par ce quelle annonce, et c'est une préface sublime. Elle nous rend, en des proportions toutaulres, cet atrium de l'ancienne basilique, où maintenant, à la place de la fontaine aux ablutions, deux jets d'eau toujours jaillissants s'épanouissent aux côtés de l'obélisque;
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et, montrant ;iux pèlerins la coupole sereine dont elle répète la courbe, elle étend ses deux bras — comme l'Église même — pour embrasser le monde.
Pour construire sa colonnade — elle fut achevée en 46G7 — Bemin avait supprimé les derniers édifices du moyen âge et de la lienaissance qui subsistaient sur la jjlace de Saint-Pierre. 11 transforma lontrée du palais Vatican. De la porte de l'Horloge, maintenant détruite avec les bâtiments de Paul II, il reste les deux vantaux de bronze, hérissés de pointes, le portone di hronzo, qu'Innocent YIII a mis en place, et que Paul Y a restauré. Dépassant le poste des Suisses, on arrive au pied de l'escalier Royal, que domine lécusson d'Alexandre VII, présenté par deux Renommées. Là, en face d'une porte qui^donne accès au vestibule de la basilique, se dresse la statue équestre de Constantin. L'escalier, couvert d'une belle voûte à caissons que soutiennent des colonnes ioniques, monte lentement vers la salle Royale, et annonce harmonieusement les magnificences du palais; Bernin, dans son inépuisable fécondité, n'a peut-être jamais rencontré de décor plus expressif.
Comment étudier par le détail les monuments innombrables dont le maître et ses élèves enrichirent la Ville? 11 faudrait commenter, année par année, les médailles frappées par les papes en mémoire de leurs travaux d'art, et ce commentaire, aussi long que monotone, ne vaudra jamais une promenade dans Rome, si rapide soil-clle. Partout, dans les façades et dans les intérieurs d'églises, l'architecture met un accent capricieux; les façades oscillent et ondulent; les nefs, disposées pour l'illusion optique, éblouissent par l'éclat des marbres i)récieux, par les dorures, par
la profusion des tableaux de sainteté dont l'école romaine et bolonaise les emplit. Les statues n'ont plus rien de l'austérité si grandement décorative d'autrefois, mais elles s'animent comme Tarchitecture et la peinture, elles sont coquettes, passionnées, emportées dans les plis de leurs draperies extravagantes; elles débordent de talent et de vie dramatique; mais ce talent est trop amusant, et ce drame trop peu sincère. Une seule, au dix-septième siècle, nous montre un chef-d'œuvre d'émotion et de pureté : la sainte Cécile que Stefano Maderna étendit dans les chastes plis de sa robe, son col délicat tranché par le glaive, telle qu'en d599, lorsque Clément YIII eut ouvert son cercueil, elle apparut aux regards étonnés dans sa fraîcheur miraculeuse.
Quoi de plus instructif et de plus attachant que ces tombeaux des papes épars dans la Basilique Yaticane?Bernin leur a donné un caractère qu'ils conserveront jusqu'au dix-huitième siècle, au temps même de Canova. Au lieu de coucher des figures allégoriques sur le sarcophage même, à la façon de Michel- Ange au mausolée des Médicis et de Guglielmo délia Porta dans le tombeau de Paul III, il place ces figures aux côtés du sarcophage, il leur fait exprimer la joie ou la douleur, l'extase, la vénération pour le pape qui trône au-dessus d'elles. Et Bernin, toujours à l'affût du drame, ou plutôt, si l'on veut, du mélodrame, fait entrer en scène la Mort grimaçante, dont le squelette gambade aux pieds du trùne papal: elle rédige gravement l'inscription funéraire d'Urbain YIII; elle soulève la draperie de marbre qui Hotte devant la tombe d'Alexandre YII.
Parmi tant de monuments dont Rome fut ornée
L'ŒUVRE DE BERMN. ^53
par ce capricieux génie, on ne saurait oublier les fontaines, dont les rochers ingénieux, les chevaux marins, les tritons émerveillaient au dix-huitième siècle le président do Brosses , et nous réjouissent encore. La colossale fontaine de Trovi, construite sous Nicolas V, et toute refaite, à l'imitation de VActjua Paola, sous Clément XII et Benoit XIV, transforme ces amusants jeux deau en édiflce triomphal.
On ne pouvait attendre du dix-huitième siècle une pieuse intellificnce des monuments du moyen âge; il en continua la destruction méthodique. La vénérable église des Saints-Apùtres fut entièrement refaite sous Clément XI, et la nef de Saint-Clément restaurée. Déjà, en 1630, sous le ponliûcat d'Innocent X, Borromini avait cruellement transformé la basilique du Latran, dont les colonnes furent enfermées en de lourds pilastres de stuc, où des niches abritent les statues des apôtres; en 1734, sous Clément XII, Galilei dressait le portail large de soixante mètres, formidable arc de triomphe à cinq baies, au sommet duquel s'agitent éperdument des figures de saints. Benoit XIV acheva de donner au vaste espace qui précède la basilique son aspect moderne bien déflguré par les constructions de ces dernières années) en transportant, à côté de la Scahi Sauta, l'abside du Iricliiiium Léonin. Il fit composer par Fuga, en 1743, la nouvelle façade de Sainte-Marie Majeure, et, la même année, laissa Gregorini rebâtir, dans le style le plus vulgaire, la basilicjue de sainte Hélène, Sainte- Croix de Jérusalem. Avec l'avènement de Clément XIV et de IMe VI, le respect des œuvres d'autrefois n'est pas encore établi ; mais les erreurs commises auront
leur compensation dans le développement des musées, et dans l'essor nouveau des études archéologiques.