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LES MUSÉES, DE CLÉMENT XIV A LÉON XIII

Tout en laissant s'achever la ruine d'édifices antiques dont il ne nous reste désormais qu'un souvenir, les papes du dix-septième et du dix-huitième siècle continuaient avec sollicitude à recueillir les marbres sculptés, dont ils enrichissaient le Vatican et ornaient les places de Rome. S'ils ne purent empêcher les trésors de sculpture rassemblés par Ferdinand de Médicis dans sa villa du Pincio d'émigrer par deux fois à Florence, où ils allèrent peupler le Musée des Offices et la Loggia dei Lanzi, si les richesses accumulées par les Farnèse passèrent de leur palais romain dans leur palais de Naples, d'innombrables statues, inscriptions et bas-reliefs trouvaient au Vatican un abri définitif. Le musée du Belvédère offrait à ses visiteurs des œuvres chaque jour mieux connues, et que la gravure rendait populaires. En même temps que les papes, les cardinaux et les prélats enrichissaient d'antiques leurs villas et leurs jardins; les Ludovisi, les Barberini, les Borghèse formaient des collections immenses, qui eussent fait la gloire d'une ville. Au Capitole, le petit musée de Sixte IV s'était singulièrement développé ; sous Benoit XIV, il débordait dans le palais voisin des Conservateurs, et s'y doublait d'une galerie de peinture.

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l.t' moment est venu où rétude de lurt antique va devenir méthodique et féconde, grâce à la généreuse initiative dos papes (pii. faisant do leur palais le plus vaste nîusce du monde, en ouvrent aux savants les portes toutes grandes.

Le véritable fondateur du musée Vatican dans sa forme actuelle est le pa^ie Clament \IV. 11 entreprend, en 1772, de transformer le Belvédère, et Pie VI, qui lui succède on 1775, fait pousser activement les travaux par l'architecte Simonetti. A la villa d'Innocent VIII, qui demeure le centre du musée Pio-Clémentin, viennent se rattacher de somptueux édifices. Cest d'abord, à l'extrémité de la longue ram[)e qui monte en pente douce au flanc des constructions de Hramante, une salle en forme de croix grecque, dont la porte, en granit rouge, est encadrée de cariatides égyptiennes provenant de la villa d'Hadrien. Des mosaïques antiques sont encastrées au pavé, et deux splendides sarcophages en porphyre, pris aux mausolées de sainte Hélène et de Constance, occupent les extrémités du transept. De là s'éléye un escalier de marbre, soutenu de dix-huit colonnes antiques de granit gris et rouge: il donne accès à la salle du Bige, ainsi nommée d'un char de marbre qui longtemps servit, de siège dans l'église de Saint-Marc. Cette petite salle très élégante, dont la voûte en forme de coupole s'appuie sur huit colonnes de marbre blanc, annonce les magnificences de la salle Ronde, où Simonetti s'est inspiré du Panthéon. La mosaïque du pavé, qui représente le combat des Centaures et dos Lapithes, dans un encadrement où se jouent des figures de divinités marines, a été trouvée en 1780, aux thermes d'Utricoli, en même temps que le buste de Jupiter,

une œuvre demeurée classique. Une troisième salle à coupole, la salle des Muses, dont la voûte est portée par seize colonnes de marbre blanc, tirées des ruines de la villa d'Hadrien, abrite les statues d'Apollon et des neuf Muses, découvertes à Tivoli; elle introduit au vieux palais du Belvédère, dont la première galerie ne renferme que des statues d'animaux, pour la plupart modernes. La galerie suivante, de toutes la plus belle, conserve encore à sa voûte quelques restes des fresques de Pinturicchio , les armes d'Innocent VIII, des anges musiciens, un paon faisant la roue et une antique devise française : Loyauté passe tout. L'Ariane couchée sommeille au fond de cette salle dont le jour est tamisé par une loggia latérale, communiquant avec le cabinet des Masques, et d'où l'on avait autrefois la vue la plus grandiose sur la Campagne, le Tibre et le Soracte. A lautre extrémité s'ouvre la salle des Bustes. Dans la petite cour octogone de Bramante, complétée par Simonetti, des cabinets renferment les plus anciens chefs-d'œuvre du musée de Jules II : le Laocoon, l'Apollon, le Mercure. Le torse du Belvédère, avec le fameux sarcophage trouvé en 1780, sur la voie Appienne, dans le tombeau des Scipions, occupent un vestibule exposé au levant.

Tel est, dans ses grandes lignes, le musée Pio- Clémentin. Il fait le plus grand honneur, par la beauté de son décor et ses harmonieuses dispositions internes, à l'architecte Simonetti, et au savant archéologue Ennio Quirino Visconti. qui eut la tâche délicate de rassembler et de classer tous ces marbres. L'achèvement d'un musée si considérable est le meilleur tilre de gloire d'un pape qui cherchait, en cette

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