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sue (lu nyiïiplioa, ou de quelque autre |)lante réfrigérante. Il remercia monsieur de Gargallo, et quitta le trésorier sans rien conclure, et apre^s ne s’étre avancé que tout juste assez pour faire une honorable retraite.
Au moment où nous nous présentâmes à la porte, elle était encombrée de mendians. C’était l’heure à laquelle les capucins font chaque jour une distribution de soupe, et une centaine d’hommes, de femmes et d’enfans, attendaient ce moment, la bouche béante et l’œil ardent, comme une meute attendant la curée.
Je n’ai point encore parlé du mendiant sicilien, l’occasion ne s’étant pas présentée; et cependant on ne peut pas passer sous silence une classe qui forme en Sicile le dixième à peu près de la population. Qui n’a pas vu le mendiant sicilien ne connaît pas la misère. Le mendiant français est un prince, le mendiant romain un grand seigneur, et le mendiant napolitain un bon bourgeois, en comparaison du mendiant sicilien. Le pauvre de Callot avec ses mille haillons, le fellah égyptien avec sa simple chemise, paraîtraient des rentiers à Palerme ou à Syracuse. A Syracuse et à Palerme, c’est la misère dans toute sa laideur, avec ses membres décharnés et dé* biles, ses yeux caves et fiévreux. C’est la faim avec ses véritables cris de douleur, avec son râle d’éternelle agonies faim, qui triple les années sur la tète des jeunes filles ; la faim, qui fait qu’à l’âge où dans tous les pays toute femme est ‘belle, de jeunesse au moins, la jeune fille sicilienne semble tomber de décrépitude; la faim, qui, plus cruelle, plus implacable, plus mortelle que la débauche, flétrit aussi bien qu’elle, sans offrir meme la grossière compensation sensuelle de sa rivale en destruction.
Tous ces gens qui étaient là n’avaient point mangé depuis la veille. La veille, ils étaient venus recevoir leur I. 14
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écuolle de soupe, comme ils venaient aujourd’hui, comme ils viendraient demain. Cette écuelle de soupe, c’était toute leur nourriture pour vingt-quatre heures, à moins que quelques-uns d’entre eux n’eussent obtenu quelques grani de la compassion de leurs compatriotes ou de la pitié des étrangers. Mais le cas est presque inouï : les Syracusains sont familiarisés avec la misère, et les étrangers sont rares à Syracuse.
Quand parut le distributeur de la bienheureuse soupe, ce furent des burlemens inouïs, et chacun se précipita vers lui sa sébile à la main. Il y en .avait qui étaient trop faibles pour hurler et pour courir, et qui se traînaient en gémissant sur leurs genoux et sur leurs mains.
Avec le potage était restée la viande qui avait servi à le faire, et que le cuisinier avait taillée en petits morceaux, afm que le plus grand nombre en pût avoir. Celui à qui ce bonheur venait à échoir rugissait de joie, et se retirait dans un coin, prêt à défendre sa proie si quelque autre, moins bien traité du hasard, voulait la lui enlever.
Il y avait, au milieu de tout cela, un enfant vêtu, non pas d’une chemise, mais d’une espèce de toile d’araignée à mille trous, qui n’avait pas d’écuelle et qui pleurait de faim. Il tendit ses deux pauvres petites mains amaigries et jointes pour remplacer autant qu’il était en lui par le récipient naturel le vase absent. Le cuisinier y versa une cuillerée de potage. Le potage était bouillant et brûla les mains de l’enfant ; il jeta un cri de douleur et ouvrit malgré lui les doigts, le pain et le bouillon tombèrent par terre sur une dalle. L’enfant se jeta à quatre pattes et se mit h manger à la manière des chiens.
— Et si ces bons pères interrompaient cette distribution,
LE SPEUONAUE. 2r»
(Icniandai-je fi monsieur de Gargallo, (juc devicndraienl tous CCS malheureux?
— Ils mourraient, me répoiulit-il.
Nous laissAmos h un des frères deux piastres pour qu’il les convertît en grani et les distribuât à ces misérables, puis nous nous sauvâmes.
Le jardin des capucins s’étend sur l’emplacement des anciennes latomies ou carrières. C’est de ces carrières et de celles qui sont près de l’amphithéâtre, que sortit toute la Syracuse antique avec ses murailles, ses temples, ses palais.
Nous descendîmes par une espèce de rampe jusqu’à une profondeur de cinquante pieds à peu près, nous passâmes sous un vaste pont, puis nous nous trouvâmes en face d’un tombeau moderne; c’est celui d’un jeune Américain nommé Nicholson, âgé de dix-huit ans, et tué en duel à Syracuse; comme hérétique et à cause aussi du genre de sa mort, les portes de toutes les églises se fermèrent pour lui. Non moins hospitaliers pour les morts que pour les vivans, les bons capucins prirent le cadavre, remportèrent, et lui donnèrent la sépulture dans leurs jardins.
Ces jardins, comme ceux des bénédictins de Catane, sont un miracle d’art et de patience. A Catane il fallait recouvrir la lave, ici le roc. La tâche était la même, elle fut remplie avec un tel courage, qu’on appelle aujourd’hui il paradiso ce labyrinthe de pierres où autrefois il ne poussait pas un brin d'herbe, et qui aujourd’hui est tapissé d’orangers, de citronniers, de nopals. Ces murailles gigantesques sont devenues des espaliers, et dans les moindres interstices les aloès épanouissent leurs puissantes feuilles, du milieu desquelles s’élancent leurs fleurs séculaires.
C’est dans ces latomies que furent renfermés les Athéniens prisonniers après la défaite de Nicias. Les onze lato-
mies à Syracuse étaient tellement encombrées, qu’une maladie épidémique se mit parmi ces malheureux, et que les Syracusains, craignant qu’elle ne s’étendît jusqu’à eux, renvoyèrent à Athènes tous ceux qui purent citer de mémoire douze vers d’Euripide. C’est encore dans une de ces latomies que fut renvoyé le fameux philosophe qui, pour toute louange aux vers que lui lisait Denys, fit celte réponse devenue proverbiale : Qu'on me ramène aux carrières. Dans ce pays où aucune tradition ne se perd, eût-elle trois mille ans, on appelle cette latomie la latomie de Philoxène.
Au milieu de ces carrières dont le ciel forme la seule voûte, s’élèvent des espèces de colonnes isolées, frustes, abruptes, capricieusement tordues, sur lesquelles s’appuient des ruines. C’était, dit-on, au haut de ces colonnes, dont le sommet arrive au niveau de la plaine, qu’on plaçait, prisonnières ellesmêmes, des sentinelles chargées de veiller sur les prisonniers, et auxquelles on faisait passer leur nourriture à l’aide d’un panier attaché au bout d’une corde.
Nous parcourûmes dans tous les sens cet étrange labyrinthe, avec ses ai{uéducs antiques, qui lui portent encore de l’eau comme au temps des Iliéron et des Denys, avec ses cascades de verdure qui ont l’air de se précipiter du haut des murailles, et dont le moindre vent fait onduler les riches festons, avec ses vieilles inscriptions illisibles, dans lesquelles les voyageurs cherchent à reconnaître un hommage à Euripide-Sauveur; puis nous entrâmes dans la petite église de Saint-Jean par un portique couvert, formé de trois arceaux gothiques. Une inscription gravée dans une chapelle souterraine réclame pour ce petit temple Thonneur d’être la plus ancienne église catholique de la Sicile. La voici :
Cnix superior recens,
Cæteræ vero antiquiores siint,
LE SPERONAUE.
El anli(iiiissinia consccrationis Signa rcrerunt teinpli hujus,
Qiio non liabellota Sicilia aliiid Antiqiiiùs.
Près de cette église sont les catacombes, catacombes bien autrement conservées que celles de Paris, de Rome et de Naples. Leur fondation est attribuée au tyran Hiéron II, mais aucune preuve n’appuie cette assertion. Selon toute probabilité, elles datent de différentes époques, et furent creusées au fur et à mesure qu’un plus grand nombre de morts réclamèrent un plus grand nombre de couches sépulcrales. Quelques tombeaux contiennent encore des ossemens ; dans aucun, à ce qu’on assure, on n’a trouvé d’urnes, ni de vases, mais seulement quelquefois des lampes.
Là aussi il y avait distinction entre les riches et les pauvres : les riches avaient de magnifiques colombaires à la manière des Romains; les pauvres avaient, non pas une fosse commune, mais un roc commun : leurs sépultures, simplement creusées dans le rocher, sont superposées les unes aux autres, et indiquent par leurs dimensions si elles renfermaient des hommes, des femmes ou des enfans.
Cette ville souterraine était bâtie, au reste, à l’instar des villes vivantes, et éclairée par le soleil : elle avait ses rues et ses carrefours ; le jour y pénètre par des ouvertures rondes comme celles du Panthéon, et au moyen desquelles on aperçoit le ciel à travers un réseau de lierre et de broussailles. C’est près de ces catacombes et dans un bain antique que furent découvertes, il y a quelque vingt ans, les statues d’Esculape et de la Vénus Callipyge, qui font le principal ornement du musée de Syracuse.
En rentrant au couvent, nous nous croisâmes avec le frère quêteur; il revenait porteur d’une besace rondement gar-
IMPRESSIONS DE VOYAGE
nie. Monsieur de Gargallo nous fit signe de le suivre jus. qu’à la cuisine; nous demandâmes alors négligemment la permission de voir cette importante partie de l’établissement, elle nous fut immédiatement accordée.
Le cuisinier attendait le pourvoyeur, ayant en face de lui sur une grande table une demi-douzaine de casseroles de toute dimension qu’attendaient autant de réchauds allumés. Aux quelques mots qu’il échangea avec le frère quêteur, je crus comprendre qu’il lui reprochait de venir un peu tard; le frère quêteur s’excusa comme il put et ouvrit sa besace, doublée d’un côté d’une espèce de grand bidon en ferblanc. Le bidon fut tiré de son enveloppe, ouvert immédiatement, et présenta à la vue son gros ventre tout farci d’ailes de poulets, de cuisses de canards, de moitiés de pigeons, de tranches de gigots, de côtelettes de mouton, et de râbles de lapins. Le cuisinier jeta un œil satisfait sur la récolte du jour, puis, avec une agilité admirable, il distribua, à l’aide de ses doigts, les différens échantillons dans les casseroles, à la manière dont un prote décompose une forme, mettant les cuisses avec les cuisses, les ailes avec les ailes, assortissant les espèces entre elles, et formant un tout complet des différentes parties qui avaient appartenu à des individus du même genre ; puis, ayant fait à chaque espèce une sauce assortie au sujet, il servit à la sainte communauté un dîner qui ne laissait pas d’offrir un fumet fort tentateur et une mine des plus succulenies, et que le prieur nous invita fort gracieusement à partager. Malheureusement c’était à nous surtout qu’était appîîçable le proverbe gastronomique, que, pour trouver la cuisine bonne il ne faut pas la voir faire. Nous remerciâmes donc, avec une reconnaissance non moins sentie que si nous n’avions pas assisté à l’étrange préparation qui nous avait pour le moment ôté l’appétit;
LE SPERONARE
quant h Jadin il était à tout jamais guéri de Tidée do se mettre en pension chez aucun des quatre ordres mendians.
Comme il se faisait lard et que nous étions en course depuis le matin, nous revînmes chez le comte de Gargallo, où nous trouvAmes un dîner qui nous fit glorifier le Seigneur, qui nous avait envoyé l’idée de refuser celui des capucins.
Le soir, nous courûmes tous les cabarets de la ville, afin de déguster les meilleurs vins, et d’en faire une provision, que nous envoyâmes à bord du speronare. Lucrèce Borgia venait de mettre à la mode le vin de Syracuse, et je ne voulais pas perdre une si belle occasion d’en meubler ma cave : le plus cher nous coûta 17 sous le fiasco ; c’était du vin qui^ rendu à Paris, valait 20 francs la bouteille.
Le lendemain, nous reprîmes notre excursion interrompue la veille, mais cette fois avec un simple cicerone de place : le comte restait en ville pour organiser une promenade en bateau sur l’Anapus J’avais d abord offert, avec tout le faste et Forgueil d’un propriétaire, la chaloupe du speronare et deux de nos matelots; mais, comme les guides suisses, les mariniers de Syracuse ont des privilèges que tout voyageur doit respecter.
Nous reprîmes la même route que la veille ; mais, h moitié chemin du couvent des capucins, nous reprîmes le bord de la mer, et nous coupâmes à travers Neapolis. Notre guide, prévenu que nous avions vu les latomies ainsi que les catacombes de Saint-Jean, et que nous désirions ne pas faire de double emploi, nous conduisit droit aux ruines du j)alais d’Agathocle, appelées encore aujourd’hui la maison des soixante lits. De ce palais il reste trois grandes chambres ; si, comme me l’assura mon guide, c’était dans ces trois chambres qu’étaient les soixante lits, l’hospitalité du ma-
2i3 IMPRESSIONS DE VOYAGE.
gnilique Syracusain devait fort ressemblera celle de l’Hôtel- Dieu.
L’ampbilhéâlre est à quelques pas seulement de la maison d’Agailiocle, c’est une construction romaine; les Grecs, comme on sait, n’ayant jamais apprécié autant que le peupleroi les combats de gladiateurs, il est petit et d’un médiocre intérêt pour quiconque a vu les arènes d’Arles et de Nîmes, et le Colisée à Rome.
Entre l’amphitliéâtre et le théâtre sont les latomies des Cordiers, ainsi appelées parce qu’aujourd’hui on y file le chanvre; c’est dans ces latomies que se trouve la fameuse carrière intitulée l’Oreille de Denys. Je ne sais quel degré de parenté existait entre le roi Denys et le roi Midas ; mais, j en suis fâché pour le tyran de Syracuse, la carrière qui porte le nom de son appareil auditif a fort exactement la forme que l’on attribue généralement aux oreilles que le roi de Phrygie avaient reçues de la munificence d’Apollon.
Ce qui a fait donner à cette carrière dont on ignore au reste l’origine (car elle est polie et taillée avec trop de soin et dans une forme trop étrange pour que l’existence en soit due à une simple extraction de la pierre), ce qui, dis-je, a fait donner à cette carrière le nom qu’elle porte, c'est la faculté de transmettre le moindre bruit qui se fait dans son intérieur, à un petit réduit pratiqué à l’extrémité supérieure de son ouverture. Ce réduit passe généralement pour le cabinet de Denys. Le tyran, qui se livraitàune étude toute particulière do l’acoustique, venait, dit-on, écouter là les plaintes, les menaces et les projets de vengeance de ses prisonniers. A moins de se faire mépriser souverainement par son cicerone, je ne conseille à aucun voyageur de révoquer en doute ce point historique.
L’Oreille de Denys est creusée dans un bloc de rocher
LK SPEUONAlilC.
taillé h pic,, criino liauteiir de (‘(Mit vingt |)ie(ls environ ; l’extrémité supérieure de rouverliire se trouve à soixan(e-dix pieds d’élévalion à peu près, ce*((ui rendait, à mon avis, une conspiration on ne peut plus facile à Syracuse; on n’avait qu’à attendre le moment où le tyran éiait dans son cabinet, et retirer réchelle. J’ai pris, je l’avoue, une fort médiocre idée des anciens liabitans de Syracuse, depuis qu’après avoir lu tous les auteui’s qui ont parié de cette ville, je me suis assuré que jamais cette idée ne leur était venue.
Notre guide nous offrit de vérifier par nous-mêmes la vérité de ce qu’il avait dit sur la transmission des sons. Aux premiers mots qu’il en dit, et avant que nous eussions encore répondu oui ou non, nous vîmes trois ou qualité gaillards, dont l’industrie consiste à guetter les étrangers qui s’aventurent sur leurs domaines, se mettre en mouvement pour préparer les moyens d’ascension; au bout de dix minutes, deux d’entre eux descendaient une corde du haut des rochers. Presque immédiatement, la corde fut assujettie à une poulie, un siège fixé à la corde, et l’un d’eux commença à s’élever, tiré par les trois autres, pour nous familiariser par son exemple, avec cet étrange mode de locomotion.
Comme l’exemple, si attrayant qu’il fût, n’avait pas sur nous une grande puissance d’attraction, et que cependant nous désirions que l’expérience fût faite par run de nous, nous tirâmes à la courte-paille à qui aurait l’honneur de monter dans la cellule aérienne du tyran. Le sort favorisa Jadin, il fit une grimace qui prouvait qu’il n’appréciait pas tout son bonheur, mais il ne s’en assit pas moins bravement sur son siège. A peine assis, cl comme si nos guides avaient peur qu’il ne revint sur sa décision, il s’éleva majestueusement dans les airs, où il commença à tourne comme un peloton de fil qu’on dévide. Milord poussa Je
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grands cris envoyant son maître prendre cette route inusitée, et moi, je l’avoue, je le suivis des yeux avec une certaine inquiétude jusqu’à ce que je le visse logé solidement et comfortablement dans son pigeonnier. Cependant, rassuré par Jadin lui-même sur la façon dont il se trouvait casé, j’entrai dans la carrière pour me livrer aux différentes expériences d’usage en pareil cas.
La carrière s’enfonce en tournant, mais en conservant toujours la même forme, à trois cent quarante pieds à peu près de profondeur. Des anneaux de fer, attachés de distance en distance, furent longtemps considérés comme ayant servi à enchaîner les prisonniers ; mais l’abbé Gapodicci démontra que ces anneaux étaient modernes et avaient seryi, selon toute probabilité^ à attacher des chevaux. Cela n’empêcha point notre guide, qui n’était nullement de l’avis de l’illustre abbé, de nous les donner pour des instrumens de torture. Nous ne voulûmes pas le contrarier pour si peu de chose, et nous nous apitoyâmes avec lui sur le sort des malheureux qui étaient si incommodément rivés à la muraille.
Arrivé au fond de la carrière, notre guide, après s’être assuré que Jadin avait l’oreille appliquée au petit trou si précieux pour le tyran, m’invita à dire aussi bas que je le voudrais, mais d’une manière intelligible cependant, une phrase quelconque, me promettant que mes paroles seraient immédiatement transmises à mon camarade. J’invitai alors Jadin à battre le briquet et à allumer son cigare.
Après lui avoir donné le temps de se conformera l’invitation que je venais de lui faire, et dont l’exécution devait me prouver qu’il m’avait entendu, nous déchirâmes une feuille de papier ; puis notre guide, qui avait gardé cette expérience pour la dernière, lira un coup de pistolet, dont le bruit, par le même effet d’acoustique, sembla celui d’un coup de canon*
LE SPEHONARE. 2r>l
Nous courûmes aussitôt il l'exirémilé extérieure de la carrière pour nous rendre compte des ctfets produits. Je trouvai Jadin qui fumait à pleine bouche, et ipii sautait sur un pied en se frottant l’oreille. Il avait parfaitement entendu le son de ma voix et le bruit du papier. Quant au coup de pistolet, qui était une surprise inattendue, il l’avait rendu parfaitement sourd de l’oreille droite. Notre guide triomphait
Jadin descendit parle même procédé qu’il avait employé pour monter, et toucha la terre sans autre accident que la permanence de sa demi-surdité, qui dura tout le reste de la journée.
Nous reprîmes la voie antique toute garnie de tombeaux, et après une visite au prétendu sépulcre d’Archimède, du haut duquel, à ce que nous assura notre guide, l’illustre savant s’amusait, par la combinaison de ses miroirs, à brûler les vaisseaux romains avec autant de facilité que les enfansen ont à allumer de l’amadou avec un verre de lunette, nous traversâmes un carrefour sur le pavé duquel on voit parfaitement la trace des chars, Nous nous acheminâmes ainsi vers le théâtre, chassant devant nous des myriades de lézards de toutes couleurs, seuls habilans modernes de la vieille Neapolis.
Le théâtre est avec les latomies le monument le plus curieux de Syracuse. 11 fut bâti par les Grec^, mais l’on ignore entièrement l’époque de sa construction. Cette inscription, que l’on retrouva sur une pierre : ba^taissae avait mis tout d’abord les savans sur la voie, et leur avait fait décider, avec leur certitude ordinaire, qu’il remontait au règne de la reine Philistis. Mais, arrivés à cette découverte, les savans se trouvèrent dans une impasse, Thistoirene faisant aucune mention de la susdite reine, et la chronologie^
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depuis Arcliias jusqu’à Hiéron 11, ne leur offrant pas la plus petite lacune où on pût encadrer un règne féminin. Aussi ces deux mots grecs font-ils le désespoir de tous les savans siciliens; lorsqu’ils élèvent la voix sur une question quelconque, on n’a qu’à prononcer clairement ces deux mots magiques, ils baissent l’oreille, soupirent profondément, prennent leur chapeau et s’en vont.
Quoi qu’il en soit, le théâtre est là, il existe, on ne peut le nier; c’est bien le même où Gélon réunit le peuple en armes et vint, seul et désarmé, lui rendre compte de son administration. Agathocle y assembla les Syracusains après le meurtre des premiers de la ville, et Timoléon, vieux et aveugle, y vint souvent, à ce qu’assure Plutarque, pour soutenir, par les conseils de son génie, ceux qu’il avait délivrés par la force de son bras.
Rien de plus pittoresque d’ailleurs que cette admirable ruine, dont un meunier s’est emparé, et que personne ne lui conteste. Là il fait tranquillement son ménage, sans songer le moins du monde aux respectables souvenirs qu’il foule aux pieds. Les eaux de l’ancien aquéduc de Neapolis, détournées de leur cours, sortent avec fracas de trois arceaux, et viennent, après s’être brisées en cascatelles sur les deux premiers étages du théâtre, faire tourner prosaïquement la roue de son moulin ; celte opération accomplie, le trop plein se répand à travers l’édifice, ruisselle en se brisant contre les pierres, et s’échappe par mille petits canaux argentés qü’on voit reluire au milieu des caroubiers, des aloès et des opiuntas. Au fond, et au delà d’une plaine où moutonnent des oliviers, on aperçoit Syracuse ; au delà de Syracuse la mer.
La vue est magnifique. Jadin s’y arrêta pour en faire un croquis. Je l’aidai à faire son établissement^ puis je le quittai
LE SPEUONAIŒ.
pour conliniier mes courses, et en promettant de le venir reprendre à l’endroit où je le laissais.
Je suivis le chemin de Syracuse ù Galane, qui sépare Acradine de Tychè, sans trouver trace d’autres ruines que de celles adhérentes à la roche elle-même. Les maisons étaient bâties sans fondations, la pierre adhérant à la pierre, voilà tout; on suit les lignes qu’elles décrivaient, avec une certaine peine cependant. Les rues sont beaucoup plus faciles à reconnaître, les ornières creusées par les roues servent de ligne conductrice et dirigent l’œil avec certitude. Outre les débris des maisons, outre les ornières des chars, le sol est encore criblé de trous irréguliers, qui devaient être des puits, des citernes, des piscines, des bains et des aqueducs.
Arrivés à la scala Pupagglio^ au lieu de descendre au port Trogyle, aujourd’hui le Sientino^ qui n’offre rien de curieux, nous remontâmes vers VEpipoli, en suivant les débris de cette ancienne muraille, que Denys, à ce qu’on assure, fit bâtir en vingt jours par soixante mille hommes.
L’Epipoli, comme l’indique son nom, était une forteresse élevée sur une colline, et qui dominait les quatre autres quartiers de Syracuse. L’époque de sa fondation est ignorée ; tout ce qu’on sait, c’est qu’elle existait du temps des guerres du Péloponèse. Les Athéniens, conduits par Nicias, s’eii étaient emparés, et y avaient établi leurs magasins; mais ils en furent chassés presque aussitôt par leurs vieux ennemis les Spartiates, qui de leur côté ava ent traversé la mer pour venir au secours des Syracusains. Lors de l’expulsion des tyrans. Dion s’en empara, et ajouta de nouvelles fortifications aux anciennes. Au pied de TEpipoli sont les latomies de Denys le Jeune.
Nous montâmes au sommet de l’Epipoli, aujourd’hui en- I. 15
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richi d’un télégraphe qui, pour le moment, se reposait avec un air de paresse qui faisait plaisir à voir, malgré les gestes multipliés du télégraphe correspondant. Nous poussârties doucement la porte, et nous trouvâmes les employés qui faisaient tranquillement un somme.* Cela nous expliqua Timmobilité de leur instrument. Nous nous gardâmes bien de les réveiller^
Du haut de l’Epipoli, et en tournant le dos à la mer, on domine, à droite, la plaine où campa Marcellus, et, à gauche, tout le cours de l’Anapus. Au fond dû tableau s’élève en amphithéâtre le Belvédère, joli petit village qui nous parut dormir à l’ombre de ses oliviers avec autant de volupté que les employés à l’ombre de leur télégraphe.
A cinq cents pas du village, et près du fleuve Anapus, mon guide me fit remarquer une petite chapelle gothique qu’il me proposa de visiter, attendu qu’il s’y était passé, il y avait quelque cinquante ans, une histoire terrible. Je lui répondis que je voyais parfaitement la chapelle, et que je me contenterais de l’histoire terrible, s’il me la voulait bien raeonter^ Mon guide me fit remarquer que l’histoire étant longue et éminemment intéressante, ne devait pas en conscience être comprise dans le tarif de sa journée, qui était d’une demi-piastre. Je le tranquillisai en lui assurant qu’il aurait une demi-piastre pour sa journée et une demi-piastre pour l’histoire. Dès lors il ne fit plus aucune difficulté, et commença un récit auquel nous reviendrons dans un autre chapitre.
L’heure était plus qu’écoulée. Nous approchions de midi ; le soleil était à son zénith et m’inondait libéralement d’une chaleur de quarante degrés, réfléchie par les dalles de Tychè. Je pensai qu’il était temps de revenir à Jadin, et de reprendre avec lui le chemin de Syracuse. Je m’acheminai donc vers le
LE SPERONAHi:.
lliéAtre, où, ù mon grand étonnement, je ne Iroiivaî plus que son siège sans carton et sans parasol. Je commençais à craindre que Jadin n’eût été victime de quehiue liistoire terrible dans le genre de celle que venait de me raconter mon guide, lorsque je l’aperçus à cheval sur la branche majeure d’un superbe figuier qui lui donnait à la fois de l’ombre et de la nourriture. Je m’approchai de lui, et lui lis observer que le meunier auquel appartenait l’arbre pourrait trouver fort étrange la liberté qu’il prenait ; mais Jadin me répondit fièrement qu’il était chez lui, et que, moyennant dix grains, il avait acheté le droit de manger des figues à discrétion, et même d’en remplir ses poches. Le marché me parut médiocre pour le meunier, la veste de panne de Jadin contenant onze poches de dilFérentes grandeurs.
Nous revînmes vers la ville au pas de course, et trempés comme si l’on nous eût plongés dans l’un des trois ports de Syracuse. Gela m’expliqua la métamorphose en fonlaine d’Aréthuse et de Cyané; une heure de plus à ce délicieux soleil, et nous passions évidemment à l’état de fleuves.
Monsieur de Gargallo avait prévu que, par celte grande chaleur, nous serions peu disposés à nous remettre immédiatement en route. Il avait en conséquence retenu la barque pour trois heures seulement, ce qui nous laissait une demiheure de bain et une heure et demie de sieste. Aussi, lorsque les mariniers vinrent nous dire que tout était prêt, étions-nous frais et dispos comme si nous n’avions pasquitté nos lits depuis la veille.
Nous nous embarquâmes cette fois dans le grand port. C’est là qu’eut lieu la fameuse bataille navale entre les Athéniens et les Syracusains, dans laquelle les Athéniens eurent vingt vaisseaux brûlés et soixante coulés à fond. Dix ou douze barques dans le genre de celle sur laquelle nous étions
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montés composent aujourd’hui toute la marine des Syracusains.
Notre première visite fut pour le fleuve Alphée. A tout seigneur tout honneur. Ce fleuve Alphée, comme nous l’avons dit, après avoir disparu à Olympie, reparaît dans le grand port à deux cents pas de la fontaine Aréthuse ; le bouillonnement de ses flots est visible à la surface de la mer, et on prétend qu’en plongeant une bouteille à une certaine profondeur, on la retire pleine d’eau douce et parfaitement bonne à boire. Malheureusement, nous ne pûmes vérifier le fait, les objets d’expérimentation nous manquant.
Nous nous dirigeâmes alors, en traversant le port en droite ligne, vers l’embouchure de l’Anapus, autre fleuve qui ne manque pas non plus d’une certaine distinction myiholologique, quoiqu’il soit plus connu par la rivière Gyané qu’il épousa que par lui-même. En effet, la rivière Gyané, qui se joint à lui à un quart de lieue à peu près de son embouchure, était ce qu’il y avait de mieux dans l’aristocratie des nymphes , des nayades et des hamadryades. On ne connaît précisément ni son père ni sa mère, mais on sait de source certaine qu’elle était cousine de cette autre Gyané, fille du fleuve Méandre, changée en rocher pour n’avoir pas voulu écouter un beau jeune homme qui l’aimait passionnément, et qui se tua en sa présence sans que sa mort lui causât la moindre émotion. Hâtons-nous de dire que sa cousine n’était point de si dure trempe; aussi fut-elle changée en fontaine, ce qui autrefois était la métamorphose usitée pour les âmes sensibles. Voici à quelle occasion cet accident mémorable arriva. Nous le laisserons raconter à monsieur Renouard, traducteur des Métamorphoses d'Ovide. Ge morceau, qui date de 1628, donnera une idée de la manière dont on comprenait l’antiquité vers le
LE SPEUONAUE.
milieu du règne de Louis XÏII, dit le Juste, non pas, comme on pourrait le croire, pour avoir fait exécuter messieurs de Marsillac, de Boutteville , de Cinq-Mars , de Thou et de Montmorency, mais parce qu’il était né sous le signe de la balance.
Pluton vient d’enlever Proserpine, et l’emporte sur son char sans trop savoir lui-même où il la conduit ; enfin il arrive dans les environs d’Ortygie. Voici le texte du traducteur :
« C’est là qu’était Cyané, la nymphe la plus renommée qui fût lors en Sicile, et qui a laissé dans ce pays-Là son nom aux eaux qui le portent encore. Elle parut hors de l’eau environ jusqu’au ventre, et, reconnaissant Proserpine, se présenta pour la secourir : — Vous ne passerez pas plus avant, dit-elle à Pluton. Comment voulez-vous êlre par force le gendre de Cérès ? La fille méritait bien d’être gagnée par de douces paroles, non pas d’être enlevée. Pour l’avoir vous la deviez prier et non pas la forcer. Quant à moi, je vous dirai bien, s’il m’est permis de mettre en comparaison ma bassesse avec sa grandeur, que j’ai été autrefois aimée du fleuve Anape, mais il ne m’eut pas de la façon en mariage. Il rechercha longtemps mon amitié, et il ne jouit point de mon corps qu’il n’eût premièrement acquis mes volontés. — En faisant de telles remontrances, elle étendait les bras d’un côté et d’autre tant qu’elle pouvait, pour empêcher le chariot de passer outre; dont Pluton irrité donna de son trident, sceptre de son empire, un si grand coup contre terre, qu’elle se fendit, et fit une ouverture à ses effroyables chevaux, par laquelle ils se rendirent incontinent dans le sombre palais des ombres avec la proie qu’ils traînaient. Cyané en eut tel crève-cœur, tant d’avoir vu enlever ainsi Proserpine que d’avoir été méprisée, qu’elle en conçut un deuil en son âme
dont elle ne put jamais être consolée. Nourrissant de larmes scs peines secrètes, elle se consuma si bien qu’elle fondit en pleurs, et se convertit en ces ondes desquelles elle avait été déesse tutélaire. On vit peu à peu ses membres s’amollir; ses os perdirent leur dureté et se rendirent ployables, comme firent aussi ses ongles. Tous les membres les plus faibles, ainsi que les cheveux, les doigts, les pieds et les cuisses, devinrent premièrement liquides, car un corps, moins il est épais, plus tôt il est changé en eau. Puis après lès épaules, les reins, les côtes et l’estomac s’écoulèrent en ruisseaux. Enfin ses veines corrompues, au lieu de sang, ne furent pleines que d’eau, et de tout son corps rien ne lui resta qu’on pût arrêter avec la main. »
Cette traduction eut le plus grand succès à l’hôtel de Rambouillet. Mademoiselle de Scudéry tenait ce que nous avons cité pour un morceau capital ; Chapelain en faisait ses délices, et mademoiselle Paulet tournait elle-même en fontaine toutes les fois qu’on lisait ce passage devant elle.
Le mariage de l’Anapus et de Gyané fut heureux, s’il faut en croire les apparences, car les bords du lit où ils coulent ensemble sont ravissans. Ce sont de véritables murailles de verdure, qui se recourbent en berceaux pour former une voûte fraîche et sombre. De temps en temps des échappées de vue, que l’on croirait ménagées par l’art, et qui cependant ne sont rien autre chose que des accidens de la nature, permettent de découvrir sur la rive gauche les ruines de l’Epipoli, et sur la rive droite celles du temple de Jupiter ürius, construit par Gélon, et dont il ne reste que deux colonnes. C’était dans ce temple qu’était la fameuse statue couverte d’un manteau d’or que Denys s’appropria, sous l’ingénieux prétexte qu’il était trop lourd en été et trop froid en hiver. Verrès, qui était amateur, n’en apprécia que mieux la statue
LE SPEnONARE.
pour la voir sans manteau, et l’envoya h Rome. C’était une des trois plus belles de l’antiquité : les d(Mix autres étaient, comme on sait, la Vénus Gallipyge et rApollon
Du temps de Mirabella, auteur sicilien qui écrivait vers le commencement du XYID siècle, il restait encore debout sept colonnes de ce temple; elles étaient d’une seule pièce et avaient vingt-cinq palmes de hauteur.
En face de ces colonnes à peu près, on passe sous un pont d’une seule arche, jeté sur l’Anapus, et, cent pas après, on se trouve à la jonction du fleuve et de la rivière. Par galanterie nous laissâmes le fleuve à notre dioite, et nous conti ? nuâmes notre route sur la rivière Gyané.
Rien de plus charmant, au reste, que les mille tours et détours de cette gracieuse rivière, entre ses deux bords tout chargés de papyrus, ce roi des roseaux. Ce sont tantôt de délicieux petits lacs dont on voit le fond, tantôt un courant resserré et rapide, qui se plaint comme si la voix de la nymphe elle-même racontait encore à Ovide sa triste métamorphose ; tantôt de petites îles habitées par des milliers d’oiseaux aquatiques, qui s’envolaient à notre approche ou bien plongeaient dans les roseaux, où nous pouvions suivre leur fuite par le mouvement qu’ils imprimaient à cette forêt de joncs flexibles et mouvans. Nous remontâmes ainsi pendant une heure à peu près, puis nous arrivâmes à la source de la fontaine, grand bassin d’une centaine de pieds détour. C’est là que Pluton frappa la terre de son trident et disparut dans l’enfer. Aussi prétend-on que cette source est un abîme dont on n’a jamais pu trouver le fond. Les gens du pays l’appellent Lapisma. C’est autour de cette source que les Carthaginois avaient établi leur camp.
En revenant, le comte Gargallo ordonna à nos mariniers de s’arrêter un instant dans un délicieux réduit ombragé de
IMPRESSIONS DE VOYAGE
tous côtés par d’énormes touffes de papyrus, qui, au moindre vent, balancent avec grâce leurs têles chevelues. C’est là que la tradition veut que se soit passée la scène des sœurs Callipyges.
Les sœurs Callipyges étaient, comme on sait, Syracusainés. C’étaient non-seulement les deux plus riches héritières de la ville, mais encore les deux plus belles personnes qui se pussent voir de Mégare au cap Pachinum. Parmi les dons que la nature libérale s’était plu à leur prodiguer, était cette richesse de formes dont elles tiraient leur nom. Or, un jour que les deux sœurs se baignaient ensemble, à l’endroit même où nous étions, elles se prirent de dispute, chacune d’elles prétendant l’emporter en beauté sur l’autre. Le procès était difficile à juger par les intéressées elles-mêmes, aussi appelèrent-elles un berger qui faisait paître ses troupeaux dans les environs. Le berger ne se fit pas faire signe deux fois ; il accourut, et les deux sœurs, sortant de l’eau et se montrant à lui dans toute leur éblouissante nudité, le firent juge de la question. Le nouveau Pâris regarda longtemps indécis, portant ses yeux ardens de l’une à l’autre; enfin il se prononça pour l’aînée. Enchantée du jugement, celleci lui offrit sa main et son cœur, que le berger, comme on le comprend bien, accepta avec reconnaissance. Quant à la plus jeune, elle fit la même offre au frère cadet du juge, qui, arrivé au moment où il venait de prononcer son jugement, avait déclaré s’inscrire en faux contre lui. Les quatre jeunes gens élevèrent alors un temple à la Beauté ; et comme chagrin d’eux continuait de soutenir son opinion, lés deux rivales se décidèrent à en appeler à la postérité ; elles firent faire par les deux meilleurs statuaires de l’époque les deux Vénus qui portent encore leur nom, et dont l’une est à Naples et l’autre à Syracuse. Deux mille trois cents ans sont écoulés
LK SPERONAUE.