‹ Le VéloceChapitre 26 sur 75 · IG · texte numérisé non relu

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dre le jour. D’ailleurs, chaque minute de retard donnait ^ riiomme au manteau le temps de s’éloigner, et apportait à don Ferdinand une chance de plus de ne pas être surpris.

Les premiers rayons du jour glissèrent enfin à travers les vitraux coloriés de la chapelle ; don Ferdinand sortit de son confessionnal, s’approcha de l’autel, souleva la marche, quj céda pour lui comme elle avait cédé pour l’inconnu ; mais d’abord il ne vit rien qui ressemblât à ce quM| cherchait. Enfin dans un enfoncement, il aperçut une çheville de bois qu’il tira à lui et qui laissa tomber dans sa rpain une peli(e clef ronde, pareille à une clef de piano : il la prit, l’examina avec soin, replaça le degré à sa place, s’approcha à son tour du mur, et, guidé cette fois par une certitude, finit par découvrir dans l’angle du pilastre un petit trou rond, presque invisible à cause de Vpmbre qqe projetait la cplonne. Il y introduisit aussitôt la clef, et la porte tourna spr ses gonds avec une facilité que sa lourdeur rendait surprenante; il aperçut alors un cprridor sombre, dont l’hupiidité vint au devant de lui et le glaça. Au reste, pas un rayon de lupiière, pas un bruit.

Don Ferdinand s’arrêta. Il était par trop imprudent de s’aventurer ainsi sous cette voûte ; quelque trappe ouverte sur le chemin pouvait punir cruellement de sa curiosité l’indisçret visiteur. Ayant refermé la porte, et satisfait de ce commencement de découverte, il rentra au château, décidé à se munjr d’une lanterne pour la nuit suivante;, et à pousser son investigation jusqu’au bout.

Don Ferdipand passa toute la journée dans une agitation facile à comprendre ; vingt fois il fit venir le jardinier et l’interrogea; chaque fois, comme s'il eût eu quelque chose à lui apprendre qu’il ne sût point déjà, le brave homme Ipi répéta ce qu’il lui avait déjà dit, en ajoutant cependant que l’honiinG

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au manteau avait été vu la veille dans le village. Cela s’accordait à merveille avec Tapparilion de la nuit, et affermit don Ferdinand dans ropinion qu’il avait déjà, que c’était le même homme qu’il avait vu dans la chapelle.

A dix heures, don Ferdinand sortit du château avec une lanterne sourde ; il était armé d’une paire de pistolets et d’une épée. Il entra dans la chapelle sans avoir rencontré personne sur sa route, leva de nouveau la marche, retrouva la clef à sa place, ouvrit la porte, et vit le corridor sombre. Cette fois, armé de sa lanterne, il s’y aventura bravement. Mais à peine eut-il fait vingt pas qu’il trouva un escalier, et au bas de cet escalier une porte fermée, dont il n’avait pas la clef. Don Ferdinand, irrité de cet obstacle inatlendu, secoua la porte pour voir si elle ne s’ouvrirait point. La porte demeura inébranlable, et le jeune comte comprit que, sans une lime et une tenaille, il n’y avait pas moyen de faire sauter la serrure. Un instant il eut l’idée d’appeler; mais, en historien véridique que nous sommes, nous devons avouer qu’au moment de crier il s’arrêta avec un frémissement involontaire : tant, dans une pareille situation, tout lui paraissait mystérieux et terrible, même le bruit de sa propre voix!

Il sorlit donc lentement du corridor, referma la porte derrière lui, remit la clef à sa place accoutumée, et reprit le chemin du château pour s’y procurer une lime et une tenaille.

Sur la route, il rencontra un homme, qu’il ne put reconnaître dans Tobscurité; d’ailleurs, en l’apercevant, cet liomnie avait pris l’autre côté du chemin, et lorsque don Ferdinand s’avança vers lui, au lieu de l’attendre, le passant se jeta à droite, et disparut comme une ombre dans les papyrus et les joncs qui bordaient la route.

Don Ferdinand continua son chemin sans trop réfléchir â

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cette rencontre, fort naturelle d’ailleurs : il y a par toutes les routes, en Sicile, une foule de gens qui, la nuit, quand ils n’abordent pas, n’aiment point être abordés. Cependant, autant qu’avait pu le voir le jeune comte, cet homme qu’il venait de rencontrer était enveloppé d’un grand manteau pareil à celui que portait l’homme de la chapelle. Mais ce doute, en s’offrant à l’esprit de don Ferdinand, ne fut qu’un aiguillon de plus pour le pousser à mener la même nuit cette affaire à bout. Don Ferdinand s’était fait depuis quelques jours à lui-même une foule de petites concessions que de temps en temps il regardait comme par trop prudentes; il résolut donc d’en finir cette fois et de ne reculer devant rien.

Don Ferdinand ne trouva ni lime ni tenaille, mais il mit la main sur une pince, ce qui revenait à peu près au même, si ce n’est qu’au lieu d’ouvrir la seconde porte, il lui faudrait tout simplement l’enfoncer. Au point où il en était arrivé, peu lui importait, on le comprend bien, de quelle manière céderait cette porte, pourvu qu’elle cédât. Armé de ce nouvel instrument, et après avoir renouvelé la bougie de sa lanterne, don Ferdinand reprit le chemin de la chapelle.

Tout paraissait dans le même état où il l’avait laissé. La porte d’entrée était fermée à double tour comme il l’avait fermée. Le comte entra dans l’église, s’approcha de l’autel, leva la marche, tira la cheville, la secoua, mais inutilement ; il n’y avait plus de clef : sans doute l’inconnu était revenu en son absence et était à cette heure dans le souterrain.

Cette fois, nous l’avons dit, don Ferdinand était décidé à ne plus reculer devant rien: il se releva, pâle, mais calme ; il examina les amorces de ses pistolets, s’assura que son épée sortait librement du fourreau, et s’avança vers la muraille pour écouter s’il n'entendrait pas quelque bruit ; mais, au moment où il approchait son oreille du trou, la

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porte s’ouvrit, et don Fordinaïul se trouva face à face avec riiomme au manteau.

Tous deux tirent d’instinct un pas en arrière, en s’éclairant mutuellement avec la lanterne que cliacun d’eux tenait à la main. L’homme au manteau vit alors que celui à qui il avait affaire était presque un enfant, et un sourire dédaigneux passa sur ses lèvres. Don Ferdinand vit ce sourire, en comprit la cause, et résolut de prouver à l’inconnu qu’il se trompait à son égard, et qu’il était bien un homme.

Il y eut un moment de silence pendant lequel tous deux tirèrent leurs épées, car l’inconnu avait une épée sous son manteau; seulement il n’avait pas de pistolets.

— Qui êtes-vous, monsieur? demanda impérieusement don Ferdinand, rompant le premier le silence; et que venez-vous faire à cette heure dans cette chapelle?

— Mais qu’y venez-vous faire vous-même, mon petit monsieur? répondit en ricanant l’inconnu; et qui êtes-vous, s’il vous plaît, pour me parler de ce ton?

— Je suis don Ferdinand, fils du marquis de San-Floridio, et cette chapelle est celle de ma famille.

— Don Ferdinand, fils du marquis de San-Floridio ! répéta l’inconnu avec étonnement. Et comment êtes-vous ici à celle heure?

— Vous oubliez que c’est à moi d’interroger. Comment y êtes-vous vous-même?

— Ceci, mon jeune seigneur, reprit l’inconnu en sortant du corridor, en fermant la porte et en mettant la clef dans sa poche, c’est un secret qu’avec votre permission je conserverai pour moi seul, car il ne regarde que moi.

— Tout ce qui se passe chez moi me regarde, monsieur, répondit don Ferdinand ; votre secret ou votre vie I

Et à ces mots il porta la pointe de son épée au visage de

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Tinconnu, qui voyant briller le fer du jeune homme, l’écarta vivement avec le sien.

— Oh ! oh I reprit le jeune comte, qui, si rapide qu’eût été ce mouvement, avait reconnu à la manière insolite dont la parade avait été faite que son adversaire était parfaitement ignorant dans Part de l’escrime. Vous n’êtes point gentilhomme, mon cher ami, puisque vous ne savez pas manier une épée ; vous êtes tout simplement un manant, c’est autre chose. Votre secret, ou je vous fais pendre.

L’homme au manteau poussa un rugissement de colère; cependant, après avoir fait un pas en avant comme pour se jeter sur le jeune comte, il s’arrêta et se contint.

— Tenez, dit-il alors avec assez de sang-froid, tenez, monsieur le comte, j’ai bonne envie de vous épargner à cause du nom que vous portez, mais cela me sera impossible si vous insistez encore pour savoir ce que je suis venu faire ici. Retirez-vous à l’instant même, oubliez ce que vous avez vu, cessez vos visites dans cette chapelle, jurez-moi sur cet autel que personne ne saura jamais que vous m’y avez rencontré. Les San-Floridio, je le sais, sont gens d’honneur, et vous tiendrez votre serment. A cette condition, je vous laisse vivre.

Ce fut au tour de don Ferdinand de rugir.

— Misérable! s’écria-t-il, tu menaces quand tu devrais trembler! tu interroges quand tu devrais répondre! Qui estu ? que viens-tu faire ici? où conduit cette porte? Réponds, ou tu es mort.

Et le comte porta une seconde fois son épée sur la poitrine de l’inconnu.

Cette fois l’homme au manteau ne se contenta point de parer, mais il riposta, jetant loin de lui sa lanterne pour se dérober autant que possible aux coups de son adversaire; mais

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don Ferdinand, le bras gauclic tendu vers lui, l’éclairait avec la sienne, et une lutte terrible s’engagea entre la force d’un côté et l’adresse de l’autre. En face du danger, don Ferdinand avait retrouvé tout son courage: pendant quebjues secondes il se contenta de parer avec autant d’adresse que de sang-froid les coups inexpérimentés que lui portait son ennemi ; puis, l’attaquant à son tour avec la supériorité qu’il avait dans les armes, il le força de reculer, l’accula à une colonne, et, le voyant enfin dans l’impossibilité de rompre davantage, il lui porta au travers de la poitrine un si rude coup d’épée, que la pointe de son fer non-seulement traversa le corps de l’inconnu, mais alla s’émousser contre la colonne. Il fit aussitôt un pas de retraite en retirant son épée à lui et en se remettant en garde.

Il y eut de nouveau un moment de silence mortel, pendant lequel don Ferdinand, éclairant l’inconnu de sa lanterne, le vit porter sa main gauche à sa poitrine, tandis que sa main droite, qui n’avait plus la force de soutenir son épée, s’abaissait lentement et laissait échapper son arme; enfin le blessé s’affaissa lentement sur lui-même, et tomba sur ses genoux, en disant :

— Je Suis mort!

— Si vous êtes frappé aussi grièvement que vous le dîtes, reprit don Ferdinand sans bouger, de crainte de surprise, je crois que vous ne ferez pas mal de vous occuper de votre àme, qui ne me paraît pas dans un état de grâce parfaite. Je vous conseille donc, si vous avez quelque secret à révéler, de ne pas perdre de temps ; si c^esl un secret que je puisse entendre, me voilà; si c’est un secret qui ne puisse être confié qu’à un prêtre, dites un mot et j’irai vous en chercher un.

— Oui, dit le mourant, j’ai un secret, et un secret qui

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VOUS regarde même, en supposant que, comme vous l’avez dit, vous soyez le üls du marquis de San-Floridio.

•— Je vous le dis et je vous le répète, je suis don Ferdinand, comte de San-Floridio, le seul héritier de la famille.

— Approchez-vous de Tautel et faites-m’en le serment sur le crucifix.

Le comte se révolta d’abord à l’idée qu’un manant refusât de le croire sur sa parole; mais, songeant qu’il devait avoir quelque indulgence pour un homme qui allait mourir de son fait, il s’approcha de l’autel, monta sur les marches, et prêta le serment demandé.

— C’est bien, dit le blessé; maintenant approchez-vous de moi, monsieur le comte, et prenez cette clef.

Le jeune homme s’avança vivement, tendit la main, et le mourant y déposa une clef. Le comte sentit au toucher que ce n’était pas la clef de la porte secrète.

— Qu’est-ce que cette clef ? demanda-t-il.

— Vous vous en irez à Carlentini, reprit le mourant, évitant de répondre à la question; vous demanderez la maison de Gaëtano Cantarello : vous entrerez seul dans celte maison, seul, entendez-vous? Dans la chambre à coucher vous trouverez au pied du lit un carreau sur lequel est gravée une croix; sous ce carreau est une cassette, dans cette cassette sont soixante mille ducats ; vous les prendrez, ils sont à vous.

— Qu’est-ce que toute cette histoire? demanda le comte; est-ce que je vous connais ? est-ce que je veux hériter de vous ?

— Ces soixante mille ducats vous appartiennent, monsieur le comte ; car ils ont été volés à votre oncle, le marquis San- Floridio de Messine. Ils ont été volés par moi, Gaëtano Can-

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tarello, son domestique; cl ce n’est point un héritage, c'est une restitution.

— Héritage ou restitution, peu m’importe, s’écria le jeune homme, ce ne sont point ces soixante mille ducats que je cherche ici, et ce n’est pas là le secret que je veux savoir. Tenez, ajouta le comte en rejetant la clef à Cantarello, voici la clef de votre maison, donnez-moi en échange celle de cette porte.

Et il montra du bout du doigt la porte du corridor.

— Venez donc la prendre, dit Cantarello d’une voix mourante, car je n’ai plus la force de vous la donner ; là, là, dans cette poche.

Don Ferdinand s’avança sans défiance, et se pencha sur le moribond; mais celui-ci le saisit tout à coup de la main gauche avec la force désespérée de l’agonie, et, reprenant son épée de la main droite, il lui en porta un coup qui, heureusement, glissa sur une côte et ne fit qu’une légère blessure.

— Ah! misérable traître! s’écria le comte en saisissant un pistolet à sa ceinture et en le déchargeant à bout portant sur Cantarello, meurs donc comme un réprouvé et comme un chien, puisque tu ne veux pas te repentir comme un chrétien et comme un homme.

Cantarello tomba à la renverse. Cette fois il était bien mort.

Don Ferdinand s’approcha de lui, son second pistolet à la main, de peur d’une nouvelle surprise; puis, bien certain qu’il n’avait plus rien à craindre, il le fouilla de tous côtés ; mais dans aucune poche il ne retrouva la clef de la porte secrète. Sans doute, dans la lutte, Cantarello l’avait jetée derrière lui, espérant de cette façon la dérober à son adversaire

Alors don Ferdinand ramassa sa lanterne qu’il avait

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laissé tomber, et se mit à chercher cette clef qui lui échap* pait toujours d’une façon si étrange. Au bout de quelques instans, affaibli par le sang qu’il perdait, il sentit sa tête bourdonner comme si toutes les cloches de la chapelle sonnaient à la fois; les piliers qui soutenaient la voûte lui parurent se détacher de la terre et tourner autour de lui; il lui sembla que les murs se rapprochaient de lui et l’étouffaient comme ceux d’une tombe. Il s’élança vers la porte de la chapelle pour respirer l’air pur et frais du matin ; mais à peine avait-il fait dix pas dans cette direction, qu’ii tomba lui même évanoui.

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