‹ Le VéloceChapitre 37 sur 75 · I.K SPEUONAUi · texte numérisé non relu

I.K SPEUONAUi

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fois, je lui raconlai les moindres détails de ma sortie. C’était une circonstance précieuse que la découverte (pie j avais faite (le la porte secrète qui donnait dans l’église, et, avec des renseignemens aussi exacts que ceux que je pouvais donner maintenant, il était certain qu’on finirait par découvrir la serrure, et qu’une fois la serrure découverte, on parviendrait jusqu’à nous.

Je laissai un jour se passer à peu près avant d’essayer d’écrire ; alors je pris un des gobelets d’éiain, je délayai dans de l’eau un peu de ce noir qui était resté à la muraille depuis le jour où on y avait fait du feu, je pris ma plume, je la trempai dans ce mélange, et je m’aperçus avec joie qu’il pouvait parfaitement me tenir lieu d’encre.

Le même jour, je commençai à écrire, sous l’invocation du Dieu et de la Madone, ce manuscrit, qui contient le récit exact de nos malheureuses aventures, et la bien humble et bien pressante prière, à tout chrétien dans les mains duquel il tomberait, de venir le plus tôt possible à notre secours.

Au nom du Père, du Fils et du SainbEsprit, ainsi soit-il.

Une croix était dessinée au-dessous de ces mots, puis le manuscrit continuait; seulement, la forme du récit était changée : elle était au présent au lieu d’être au passé. Ce n’étaient plus des souvenirs de dix, de huit, de six, de quatre ou de deux ans ; c’étaient des notes journalières, des impressions momentanées, jetées sur le papier à l’heure même où elles venaient d’être ressenties.

Aujourd’hui Cantarello est venu comme d’habitude; outre les provisions ordinaires, il a apporté le coton et les aiguilles à tricoter qu’il m’avait promis; le manuscrit et la plume étaient cachés, les deux gobelets étaient propres et

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rincés sur la table, il ne s’est aperçu de rien. O mon Dieu I protégez-nous.

Trois semaines sont passées, et Cantarello ne parle pas de me faire sortir. Aurait-il des soupçons? Impossible. Aujourd’hui il est resté plus longtemps que d’habitude, et m’a regardée en face: je me suis sentie rougir, comme s’il avait pu lire mon espérance sur mon front : alors j’ai pris mon enfant dans mes bras, et je l’ai bercé en chantant, tant j’étais troublée.

— Ah ! vous chantez, a-t-il dit ; vous ne vous trouvez donc pas si mal ici que je le croyais?

— C’est la première fois que cela m’arrive depuis que je suis ici.

Savez-vous depuis combien de temps vous êtes dans ce souterrain? a demandé Cantarello.

— Non, ai-je répondu ; les deux ou trois premières années, j’ai compté les jours; mais j’ai vu que c’était inutile, et j’ai cessé de prendre cette peine.

— Depuis près de huit ans, a dit Cantarello.

J’ai poussé un soupir, Luigi a fait entendre un rugissement de colère. Cantarello s’est retourné, a regardé Luigi avec mépris, et a haussé les épaules; puis, sans parler de me faire sortir, il s’est retiré.

Ainsi il y a huit ans que nous sommes enfermés dans ce caveau. O mon Dieul mon Dieu! vous l’avez entendu de sa propre bouche : il y a huit ans ! Et qu’avons-nous fait pour souffrir ainsi? Rien ; vous le savez bien, mon Dieu !

Sainte Madone du Rosaire, priez pour nous î

Oli I écoutez-moi, écoutez, vous dont je ne sais pas le nom ; vous, mon seul espoir ; vous qui, femme comme moi, mère comme moi, devez avoir pitié de mes souffrances; écoutez, écoutez!

LE SLEHONAHE. 37

Canlarollo sort d'ici. Deux mois et demi s’élaient écoulés sans qu'il parlât de rien ; enlin, aujourd’hui, il m’a olïert de sortir dans liuit jours ; j’ai accepté. Dans huit jours il viendra me prendre; dans huit jours mon sort sera entre vos mains; vos yeux, vos paroles, toute votre personne a paru me porter de l’intérêt. — Ma sœur en Jésus-Christ, ne m’abandonnez pas I

Vous trouverez toute cette histoire chez vous après mon départ. Sur mon salut éternel, sur la tombe de ma mère, sur la tête de mon enfant ! c’est la vérité pure, c’est ce que je dirai à Dieu quand Dieu m’appellera à lui, et à chacune de mes paroles l’ange qui accompagnera mon âme au pied de son trône dira en pleurant de pitié :

— Seigneur, c’est vrai 1

Ecoutez donc : aussitôt que vous aurez trouvé ce manuscrit, vous irez chez le juge, et vous lui direz qu’à un quart de lieue de chez lui, il y a trois malheureux qui gémissent ensevelis depuis huit ans : un mari, une femme, un enfant. Si Gantarello est votre parent, votre allié ou votre ami, ne dites au juge rien autre chose que cela, et sur la madone î je vous jure qu’une fois hors d’ici, pas un mot d’accusation ne sortira de ma bouche; je vous jure sur cette croix que je trace, et que Dieu me punisse dans mon enfant si je manque à cette sainte promesse I

Vous ne lui direz donc rien autre chose que ceci : 11 y a

près d’ici trois créatures humaines plus malheureuses (jue jamais aucune créature ne Ta été; nous pouvons les sauver: prenez des leviers, des pinces; il y a quatre portes, quatre portes massives à enfoncer avant d’arriver à eux= Venez, je sais où ils sont, venez. — Et s’il hésitait, vous tomberiez à ses genoux comme je tombe aux vôtres, et vous le supplieriez comme je vous supplie.

IMPRESSIONS DE VOYAGE

Alors il viendra, car quel est Phomme, quel est le juge qui refuserait de sauver trois de ses semblables, surtout lorsqu’ils sont innocens? Il viendra, vous marcherez devant lui, et vous le conduirez droit à l’église.

Vous ouvrirez la porte, vous conduirez le juge à la chapelle à droite, celle où il y a au-dessus de l’autel un saint Sébastien tout percé de flèches ; lorsque vous serez arrivés à l’autel, écoutez bien, il y a deux pilastres à gauche. La porte doit être pratiquée entre ces deux pilastres. Peut-être ne la verrez-vous point d’abord, car elle est admirablement cachée, à ce qu’il m’a paru; peut-être, en frappant contre le mur, le mur ne trahira-t-il aucune issue; car, comprenez bien, c’est le mur même qui forme l’entrée du souterrain ; mais l’entrée est là, soyez-en sûre, ne vous laissez pas rebuter. Si elle échappait d’abord à vos recherches, allumez une torche, approchez-la de la muraille, je vous dis que vous finirez par trouver quelque serrure imperceptible, quelque gerçure invisible, ce sera cela. Frappez, frappez : peut-être vous entendrons-nous, nous saurons que vous êtes là, cela nous donnera l’espoir du courage. Vous saurez que nous sommes derrière à vous attendre, à prier pour vous, oui, pour vous, pour le juge, pour tous nos libérateurs quels qu’ils soient; oui, je prierai pour eux tous les jours de ma vie comme je prie en ce moment.

C’est bien clair, n’est-ce pas, tout ce que je vous dis là ? Dans l’église des marquis de San-Floridio, la chapelle à droite, celle de Saint-Sébastien, entre les deux pilastres. Oh ! mon Dieu, mon Dieu 1 je tremble tellement en vous écrivant, ma libératrice, que je ne sais pas si vous pourrez me lire.

Je voudrais savoir comment vous vous appelez, pour répéter cent fois votre nom dans mes prières. Mais Dieu, qui sait tout, sait que c’est pour vous que je prie, et c’est tout ce qu’il faut.

LE SPEHONARE.

Oh ! mon Dieu I il vient d’arriver ce qui n’était jamais arrivé depuis que nous sommes ici. Cantarello est venu deux jours de suite. Avait-il été suivi? Se doutait-il de quelque chose? Quelqu’un a-t-il quelque soupçon de notre existence et cherche-t-il ù nous découvrir? Oh ! quel que soit cet être secourable, cet être humain, secourez-le, Seigneur, venez-lui en aide I

Cantarello était entré au moment où nous nous y attendions le moins. Heureusement le papier était caché. Il est entré et a regardé de tous côtés, a frappé contre tous les murs; puis, bien assuré que chaque chose élait dans le même état :

— Je suis revenu, a-t-il dit en se retournant vers moi, parce que j’avais oublié de vous dire, je crois, que, si vous vouliez, je vous ferais sortir à ma première visite.

— Je vous remercie, lui répondis-je, vous me l’aviez dit.

— Ahî je vous l’avais dit, reprit Canlarello d'un air distrait, très bien; alors j’ai pris en revenant une peine inutile.

Puis il regarda encore autour de lui, sonda la muraille en deux ou trois endroits, et sortit. Nous l’entendîmes s’éloigner et fermer l’autre porte. Dix n)inutes environ après son départ, une espèce de détonation se ht entendre comme celle d’un coup de pistolet ou d’un coup de fusil. Est-ce un signal qu’on nousdonne, et, comme nous l’espérons, quelqu'un veillerait-il pour nous ?

Depuis quatre ou cinq jours, rien de nouveau ne s’est passé; autant qu’il m’est permis de me (ier à mon calcul, c’est demain que Cantarello va venir me prendre. Je n’ajouterai probablement rien à ce récit d’ici à demain, rien qu’une nouvelle supplication que je vous adresse pour que vous ne nous abandonniez pas à notre désespoir.

O âme charitable, ayez pitié de nous !

O mon Dieu ! mon Dieu ! que s’est-il passé? Ou je me

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trompe (et il est impossible que je me trompe de deux jours), ou le jour est passé où Cantarello devait venir, et Cantarello n’est pas venu. J’en juge d’ailleurs par nos provisions, qu’il renouvelait tous les huit jours ; elles sont épuisées, et il ne vient pas. Mon Dieu ! étions-nous donc réservés à quelque chose de pire qu’à ce que nous avions souffert jusqu'à présent? Mon Dieu I je n’ose pas même dire à vous ce dont j’ai peur, tant je crains que l’écho de cet abîme ne me réponde : Oui !

Oh! mon Dieu, serions-nous destinés à mourir de faim?

Le temps se passe, le temps se passe, et il ne vient pas, et aucun bruit ne se fait entendre. Mon Dieu I nous consentons à rester ici éternellement, à ne jamais revoir la lumière du ciel. Mais il avait promis de faire sortir mon enfant, mon pauvre enfant î

Où est-il, cet homme que je ne voyais jamais qu’avec effroi, et que maintenant j’attends comme un dieu sauveur? Est-il malade? Seigneur, rendez-lui la santé. Est-il mort sans avoir eu le temps de confier à personne l’horrible secret de notre tombe? Oh ! mon enfant! mon pauvre enfant !

Heureusement il a mon lait, et souffre moins que nous; mais, sans nourriture, mon lait va se tarir; il ne nous reste plus qu’un seul morceau de pain, un seul. Luigi dit qu’il n’a pas faim, et me le donne. Oh ! mon Dieu ! soyez témoin que je le prends pour mon enfant, pour mon enfant à qui je donnerai mon sang quand je n’aurai plus de lait.

Oh ! quelque chose de pire l quelque chose de plus affreux encore ! l’huile est épuisée, notre lampe va s’éteindre ; l’obscurité du tombeau précédera la mort; notre lampe, c’était la lumière, c’était la vie; l’obscurité, ce sera la mort, plus la douleur.

Oh! maintenant, puisqu’il n’y a plus d’espoir pour nos

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