‹ Le VéloceChapitre 53 sur 75 · LK SI»I';U()[VA[{K · texte numérisé non relu

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— C’esl. îiîon aiïaire.

— Adieu, seigneur Mercurïo.

— Au revoir, Excellence.

— Quelle canaille! dit Jadin.

Et nous continuâmes notre route vers riiôtel des Quatre- Canlons. Comme je l’ai dit, Palerme avait un air de fete qui faisait plaisir à voir. Des drapeaux flottaient à toutes les fenêtres, de grandes bandes d’étoffes pendaient à tous les balcons ; des portiques et des pyramides de bois recouvertes de guirlandes de fleurs se prolongeaient d’un bout à lautre de chaque rue. Salvadore nous fit faire un détour, et nous passâmes devant le palais épiscopal. Là était une énorme machine à quatre ou cinq étages, haute de quarante-cinq à cinquante pieds, de la forme de ces pyramides de porcelaine sur lesquelles on sert les bonbons au dessert ; toute drapée de taffetas bleu avec des franges d’argent, surmontée d’une figure de femme tenant une croix et entourée d’anges. C’était le char de sainte Rosalie.

Nous arrivâmes à l’hôtel; il était encombré d’étrangers. Par le crédit de Salvadore nous obtînmes deux petites chambres que l’hôte réservait, disait-il, pour des Anglais qui devaient arriver de Messine dans la journée, et qui d’avance les avaient fait retenir. Peut-être n’était-ce qu’un moyen de nous les faire payer le triple de ce qu’elles valaient ; mais, telles qu’elle étaient, et au prix qu’elles coûtaient, nous étions encore trop heureux de les avoir.

Nous réglâmes nos comptes avec Salvadore, qui nous demanda un certificat que nous lui donnâmes de grand cœur. Puis j’ajoutai deux piastres de bonne main aux cinq que je lui avais déjà données en sortant du défilé de Mezzojuso, et nous nous quittâmes enchantés l’un de rautre»

Nous interrogeâmes notre hôte sur l’emploi de la journée ;

IMPRESSIONS DE VOYAGE

il n’y avait rien à faire jusqu’à cinq heures du soir, qu’à nous baigner et à dormir; à cinq heures, il y avait promenade sur la Marine ; à huit heures, feu d’arlifice au bord de la mer; toute la soirée, illumination et danses à la Flora ; à minuit corso.

Nous demandâmes deux bains, nous fîmes préparer nos lits, et nous arrêtâmes une voiture.

A quatre heures, on nous prévint que la table d’hôte était servie ; nous descendîmes, et nous trouvâmes une table autour de laquelle étaient réunis des échantillons de tous les peuples de la terre . Il y avait des Français, des Espagnols, des Anglais, des Allemands, des Polonais, des Russes, des Yalaques, des Turcs, des Grecs et des Tunisiens. Nous nous approchâmes de deux compa-^riotes, qui, de leur côté, nous ayant reconnus, s’avançaient vers nous ; c’étaient des Parisiens, gens du monde, et surtout gens d’esprit, le baron de S... et le vicomte de R...

Comme il y avait déjà plus de huit jours qu’ils étaient à Palerme, et qu’une de nos prétentions, à nous autres Français, c’est de connaître au bout de huit jours une ville, comme si nous l’avions habitée toute notre vie, leur rencontre, en pareille circonstance, était une véritable trouvaille. Ils nous promirent, dès le soir même, de nous mettre au courant de toutes les habitudes palermitaines. Nous leur demandâmes s’ils connaissaient il signor Mercurio : c’étai|. leur meilleur ami. Nous leur racontâmes comment il était venu au devant de nous et comment nous l’avions reçu; ils nous blâmèrent fort et nous assurèrent que c’était un homme précieux à connaître, ne fût-ce que pour l’étudier. Nous avouâmes alors que nous avions commis une faute, et nous promîmes de la réparer.

Après le dîner, que nous trouvâmes remarquablement bon,

LK SPEUONAIU:.

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on nous annonça que nos voitures nous atlendaienl ; comme ces messieurs avaient la leur, et (luc nous ne voulions pas cependant nous séparer tout à fait, nous nous dédoublâmes. Jadin monta avec le vicomte de R... et le baron de S... monta avec moi.

Il était arrivé ù ce dernier, la veille meme, une aventure trop caractéristique pour que, malgré cette grande difficulté que l’on éprouve dans notre langue à dire certaines choses, je n’essaie pas de la raconter. Qu’on se figure d’ailleurs ([u’on lit une bislorietle de Tallemant des Réaux, ou un épisode des Dames galantes de Brantôme.

Le baron de S... était à la fois un philosophe et un observateur ; il voyageait tout particulièrement pour étudier les mœurs des peuples qu’il visitait; il en résultait que dans toutes les villes d’Italie il s’était livré aux recherches les plus minutieuses sur ce sujet.

Comme on le pense bien, le baron de S... n’avait pas fait la traversée de Naples à Palerme pour renoncer, une fois arrivé en Sicile, à ses investigations habituelles. Au contraire, cette terre, nouvelle pour le baron de S..., lui ayant paru présenter sous ce rapport de curieuses nouveautés, il n’en était devenu que plus ardent à faire des découvertes.

Il signor Mercurio, qui, ainsi qu’il nous l’avait dit, était versé dans toutes les parties de la science philosophique que pratiquait le baron de S... s’était trouvé sur son chemin comme il s’était trouvé sur le nôtre ; mais, mieux avisé que nous, le baron de S... avait tout de suite compris de quelle utilité un pareil cicerone pouvait être pour un homme qui, comme lui voulait connaître les effets et les causes. Il l’avait dès le jour même attaché à son service.

Le baron de S... avait commencé ses études dans les hautes sphères de la société ; de là, pour ne point perdre le pi-

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