I.E SPEUONARE
IGl
Celle fois Siciliens el Napolilains applaudirent, tant le courage est chose puissanle, même sur un ennemi.
On arriva au lieu de l’exéculion.
Lii, pensaient les Siciliens, ce courage factice, résultat d’une exaltation quelconque, s’évanouirait sans doute. Tout au contraire: envoyant le lieu marqué, le condamné parut redoubler de courage. Il s’arrêta de lui-méme au point désigné; seulement il demanda à n’avoir pas les yeux bandés et à commander le feu lui-méme.
Ces deux dernières faveurs se refusent rarement, comme on le sait; aussi lui furent-elles accordées.
Alors son confesseur s’approcha de lui, Eembrassa, lui fit baiser le crucifix, lui offrit quelques paroles de consolation qu’il parut recevoir fort légèrement; puis il lui donna l’absolution et s’écarta pour laisser achever l’œuvre mortelle.
Le condamné se posa debout, le visage regardant Palerme, et le dos tourné au monte Pellegrino. Le caporal et les neuf hommes reculèrent jusqu’à ce qu’ils fussent à dix pas de lui ; alors le mot halle se fit entendre, et ils s’arrêtèrent.
Aussitôt le condamné, au milieu de ce silence profond, religieux, solennel, qui plane toujours au-dessus des choses suprêmes, commanda la charge, et cela d’une voix calme, ferme, parfaitement divisée dans ses commandemens.
Au mot Feul il tomba percé de sept balles sans dire un mot, sans pousser un soupir ; il avait été tué raide.
Les Napolitains jetèrent un grand cri de triomphe : l’honneur national était sauvé.
Les Siciliens se retirèrent la: lêle basse, et profondément humiliés qu’un Napolitain pût mourir ainsi.
Quant au prêtre, son parjure resta une affaire à régler entre lui et Dieu.
IMPRESSIONS DE VOYAGE
Cependant celte grande haine entre les deux peuples s’était un peu calmée dans les derniers temps. Je parle des années 1855, 4854 et 4855. Le roi de Naples, lors de son avènement au trône, était venu en Sicile et avait fait précéder son arrivée à Messine de la grâce de vingt condamnés politiques ; aussi, lorsqu’il mit le pied sur le port, les vingt grâciés l’attendaient vêtus de longues robes blanches, et tenant chacun une palme à la main. La voiture qui devait conduire le roi au palais fut alors dételée, et le roi traîné en triomphe au milieu d’un enthousiasme général.
Quelque temps après, il acheva d’accomplir les espérances des Siciliens, en envoyant son frère à Palerme avec le rang de vice-roi.
- Le comte de Syracuse était non-seulementun jeune homme, mais même presque un enfant ; il avait, à ce que je crois, dixhuit ans à peine. D’abord cette extrême jeunesse effraya ses sujets; quelques espiègleries augmentèrent les inquiétudes; mais bientôt, au frottement des affaires, l’enfant se fit homme, comprit quelle haute mission il avait à remplir en réconciliant Naples et Palerme; il rêva pour cette pauvre Sicile ruinée, abattue, esclave, une renaissance sociale et artistique. Deux ans après son arrivée, l’île respirait comme si elle sortait d’un sommeil de fer. Le jeune prince était devenu l’idole des Siciliens.
Mais il arriva ce qui arrive toujours en pareille circonstance : les hommes qui vivaient du désordre, de la ruine et de rabaissement de la Sicile, virent que leur règne était fini si celui du prince continuait. La bonté naturelle du viceroi devint dans leur bouche un calcul d’ambition, la reconnaissance du peuple une tendance à la révolte. Le roi, entouré, circonvenu, tiraillé, conçut des soupçons sur la fidé lité politique de son frère.