‹ Le VéloceChapitre 57 sur 75 · I.E {^>ERONARE · texte numérisé non relu

I.E {^>ERONARE

Sur ces entrefaites, le carnaval arriva. Le comte de Syracuse, jeune, beau garçon, aimant le plaisir, était de toutes les leles, et saisit avec empressement l’occasion de proliter de celles qui se présentaient. Napolitain, et par conséquent habitué à un carnaval bruyant et animé, il organisa une magnilique cavalcade dans laquelle il prit le costume de Richard-Cœur-de-Lion, et invita tous les seigneurs siciliens qui voudraient lui être agréables à se distribuer les autres personnages du roman d’Ivanhoë. Le comte de Syracuse n’était point encore en disgrâce, par conséquent chacun se hâta de se rendre à son invitation. La cavalcade fut si magnifique, que le bruit en arriva jusqu’à Naples.

— Et comment était déguisé mon frère? demanda le roi.

— Sire, répondit le porteur de la nouvelle. Son Altesse Royale le comte de Syracuse représentait le personnage de Richard-Cœur-de-Lion.

— AhI oui, oui, murmura le roi, lui Richard-Cœur-de- Lion, et moi Jean Sans-Terre ! Je comprends.

Huit jours après, le comte de Syracuse était rappelé.

Cette disgrâce lui avait donné une popularité nouvelle en Sicile, où chacun, l’ayant vu de près, rendait justice à ses intentions, et où personne ne le soupçonnait du crime dont on l’avait accusé près de son frère.

De son côté le roi Ferdinand, sachant qu’il avait perdu par cet acte une partie de sa popularité en Sicile, boudait ses sujets insulaires. Pour la première fois depuis son avènement au trône, il laissait passer la fête de sainte Rosalie sans venir assister dans la cathédrale à la messe solennelle qu’on célèbre à cette époque.

Voilà au milieu de quels sentimens je trouvais la Sicile, sans que ces préoccupations politiques nuisissent cependant d’une manière ostensible à sa propension vers le plaisir.

IMPRESSIONS DE VOYAGE

Le Corso dura jusqu’à deux heures. A deux heures du matin, nous rentrâmes au milieu des illuminations à moitié éteintes, et des sérénades à moitié étouffées.

Le lendemain, à neuf heures du malin, on frappa à ma porte. Je sonnai le garçon de l’iiôtel qui entra par un escalier particulier.

— Ouvrez mes volets, et voyez qui frappe, lui dis-je.

Il obéit, et entr’ouvrant la porte :

— C’est il signor Mercurio, me dit-il après avoir regardé, et en se retournant de mon côté.

— Dites-lui que je suis au lit, répondis-je un peu impa* tienté de cette insistance.

— Il dit qu’il veut attendre que vous soyez levé, répondit le domestique.

— Alors dites-lui que je suis fort malade.

— Il dit qu’il veut savoir de quelle maladie.

— Dites-lui que c’est de la migraine.

— Il dit qu’il veut vous proposer un remède infaillible.

— Dites-lui que je suis à l’extrémité.

— Il dit qu’il veut vous dire adieu.

— Dites-lui que je suis mort.

— Il dit qu’il veut vous jeter de l’eau bénite

— Alors faites-le entrer.

Il signor Mercurio entra avec un assortiment de pipes de Tunis, une collection de produits sulfureux des îles Éoliennes, une foule d’ouvrages en lave de Sicile, et, enfin, une partie, comme on dit en termes de commerce, d’écharpes de Messine, le tout posé en équilibre sur sa tète, appendu à ses mains, ou roulé autour de son cou. Je ne pus m’empêcher de rire.

— Ah çà ! lui dis-je, savez-vous, seigneur Mercurio, que vous avez un grand talent pour forcer les portes?

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