‹ Le vénérable François de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du Canada [microforme]Chapitre 12 sur 15 · OL · texte numérisé non relu

OL

humains que lui offraient sa haute naissance et son patrimoine, pour entrer dans l’état ecclésiastique, afin de s'y livrer exclusivement à la seule affaire vraiment importante.

Plus tard, il embrasse le sacerdoce, non pas pour y vivre à son aise, mais pour s’y dévouer à tous les sacrifices.

Devenu prêtre, il donne des preuves de sa grande prudence, en rétablissant l’ordre, la régularité et l'esprit de ferveur dans une maison religieuse de la ville de Caen. On conçoit dès lors une si haute idée de sa sagesse, qu’il est jugé digne, malgré son jeune âge, d’être nommé vicaire apostolique de la Nouvelle-France.

C’est surtout dans cette mission difficile qu'il donne la mesure de sa rare pridence, en marchant avec calme et sang-froid au milieu de toutes les difficultés, ne reculant devant aucun obstacle, et sachant toujours proportionner les moyens au but

. qu’il veut atteindre.

Tous recourent à lui pour recevoir ses conseils. Mais lui, de son côté, se défiant de ses propres lumières, ne manque jamais de recourir aux conseils des autres, de consulter ses grands vicaires, son chapitre, et même ses curés, qu’il traite avec une bonté toute paternelle, afin de procurer ainsi, avec douceur et avec force, le bon gouvernement de son diocèse. ‘“ Le prélat écrivait un jour M.

sin 09 dé

de Maïzerets, ne faisait rien de considérable que de concert avec nous tous.”

Bien plus, dans les affaires ordinaires de la vie, il ne dédaigne pas de prendre l’avis même de ses inférieurs.

‘ Nonobstant ma grossièreté, mon ignorance et toutes mes mauvaises qualités, écrit le F, Houssart, il me consultait, demandait mes avis, me priait, quoique je ne fusse que son valet, me déférait et familiarisait avec moi. C’est ce qui faisait l’étonnement des personnes qui ont connu le grand mérite, les grandes lumières et la profondeur des connaissances qu'avait Sa Grandeur. C’est aussi ce que je ne puis expliquer. Et quand même je le pourrais, j'y aurais bien de la peine; car, quand je pense seulement à ces manières si tendres, si charitables, si humbles et si déférentes de Sa Grandeur à mon égard, j'en ai le cœur si attendri, que je m’en expliquerais mieux par mes larmes que par mes paroles.”

Après cela, on comprend facilement l'estime et la vénération dont il était entouré, Personne ne fut jamais mieux obéi que lui. Tous les membres de son clergé, fortifiés par la sagesse de sa direction, étaient, pour ainsi dire, sous sa main, formant à

Québec une communauté dont il était l’âme, et au |

sein de laquelle il résidait lui-même en personne,

pour observer le premier les règlements qu'il avait |

faits

dérable que

s de la vie, ême de ses

gnorance et e F. Houss, me priait, déférait et ait l’étonneand mérite, les connais-

si ce que je |

le pourrais, id je pense charitables, deur à mon m'en explies paroles.”

l'estime et sonne ne fut

embres de a direction, , formant à

l’âme, et au |

personne, s qu’il avait

# Quoique par ses lumières supérieures, dit Latour, par. son expérience, ses travaux, ses vertus, sa naissance, sa dignité, il fût un oracle dont tout le clergé respectait les vues, jamais personne ne s’est plus défié de lui-même, ni n’a demandé avec plus d’humilité, ni suivi avec plus de docilité les avis de ses inférieurs et de ses disciples....C'était moins un supérieur qu’un confrère qui cherchaitle bien avec eux, et ne le cherchait que dans la vue du bien même.

‘ Aussi, jamais prélat ne fut ni mieux obéi, ni mieux secondé que M. de Laval, parce que, bien loin d’avoir cette jalousie de métier qui veut tout faire, qui craint le mérite, aui ne goûte que le despotisme, jamais prélat ne témoigna à ses inférieurs plus d’estime et plus de confiance, ne chercha plus à faire valoir leur zèle et leurs talents, n'eut moins d'envie de commander, et ne commanda moins en effet.” ;

Il était un véritable oracle par sa prudence, jointe à la plus aimable simplicité. ‘“ Nous l'avons vu, dit Charlevoix, dans ses dernières années, conservant encore cette simplicité évangélique, qui rendait si respectables les premier successeurs des apôtres.”

O4 ss IT

La justice chrétienne, il la pratiqua parfaitement, en remplissant à un degré héroïque ses devoirs envers Dieu, envers lui-même et envers le prochain.

Il rapportait toujours fidèlement à Dieu l’exer-® cice de toutes les facultés de son âme et de son corps, se tenant toujours en sa présence, malgré les grandes occupations de son ministère, faisant de longues prières, rendant à Dieu ce qui lui appartient, ne vivant que pour lui et pour sa gloire, et lui offrant habituellement sa propre vie en sacrifice,

Lui-même, personnellement, il se regarda tou- s jours comme un misérable pécheur, et se traita| comme tel par les plus rudes austérités de la péni-M s tence. f

Jamais homme ne fut plus juste que lui envers c le prochain. Nous voyons, dans quelques-unes de V ses lettres, qu’il recommande avec soin au sémi- f naire de ne pas trop s'engager dans les dettes et f d’acquitter celles que l’on a déjà contractées. Ill recommande aussi de payer les siennes. Il veut que les messes de fondation sur les seigneuries de sa famille ou sur ses abbayes soient fidèlement acquittées. à

Il a soin de ses prêtres, comme un père a soin de ses enfants, prenant garde qu’ils ne compromet-

mt mn et Pr

ee NE

a CD: 1m

tent inutilement leur santé, s’efforçant, soit au moyen de la dîme, soit par les gratifications royales, soit même par ses propres ressources personnelles,

arfaitement, de leur procurer une honnête subsistance, établisses devoirs sant aussi dans ce but son séminaire, afin qu’ils y le prochain. trouvent toujours un refuge assuré en maladie et Dieu l’exer-* sur leurs vieux jours.

âme et de Puis, quand son successeur, pour répondre aux ésence, mal- nouvelles exigences des temps, croit devoir entren ministère, prendre de réformer le système de cures unies au Dieu ce qui séminaire, ce n’est pas tant de la destruction de

li et pour sa son œuvre qu'il s’afflige, que de voir les prêtres a propre vie privés désormais de leur refuge naturel, sans ressources certaines, ruinant et perdant leur santé,

regarda tou-H sans avoir rien d’assuré pour leur vieillesse. et se traita| Son esprit de justice répugnait à tout ce qui s de la péni-M sentait l'arbitraire et l'oppression. On le vit plusieurs NH fois, au Conseil souverain, soutenir noblement la e lui envers cause des fonctionnaires publics, lorsqu'il les ques-unes de voyait injustement traités par le gouverneur, Ce oin au sémi- fut toujours sa disposition de prendre la part du les dettes et faible contre l'oppression des puissants. tractées. Ill Jamais pasteur ne fut plus fidèle que lui à rem-

es. Il veut” pur les devoirs de sa charge, entreprenant les igneuries def voyages les plus difficiles pour prêcher l’évangile t fidèlement” aux sauvages, leur administrer les sacrements et

2 leur prodiguer tous les soins d’un véritable père. père a soin A l'exemple de l’apôtre saint Paul, il se regardait compromet- comme ‘“ le débiteur de tous, ”

Quant à la vertu de force, il la posséda, certes, à un degré héroïque, celui qui, dès le bas âge, réussit à se vaincre soi-même, et fit à Dieu le sacrifice de son corps et de son âme par le renoncement chrétien.

Au Canada, il exerça les fonctions de sa charge épiscopale avec un courage indomptable, souteñant vigoureusement l’autorité du saint-siège contre les prétentions de l'archevêque de Rouen, travaillant avec un dévouement infatigable à la conversion des sauvages, s’exposant aux fatigues de voyages incessants à travers les neiges et par des chemins presque impraticables, luttant avec une énergie invincible contre la traite de l’eau-de-vie, s’opposant comme un mur d’airaïn au mauvais vouloir des autorités civiles, et, quand les moyens de douceur et de tolérance étaient épuisés, recourant aux fourdres de l'Eglise pour faire respecter les droits de la conscience,

S’agissait-il d’une entreprise utile à la gloire de Dieu, il la poursuivait avec une fermeté indomp-

table, et rien ne l’arrêtait, niles considérations de |

l’amitié, ni les menaces de ses ennemis, ni même aucun péril de mort.

Le caractère de Mgr de Laval, c'était l'énergie | de la volonté ; et son esprit, celui d'Elie et de Jean- |

éda, certes, e bas âge, à Dieu le ar le renon-

e sa charge e, souteñant e contre les travaillant conversion de voyages des chemins ne énergie e, s'opposant vouloir des s de douceur ant aux fous droits de la

h la gloire de eté indomp-

dérations de |

is, ni même

tait l’énergie

Baptiste. ‘Il fallait ici, dit Marie de l’Incarnation, un homme de cette force.”

‘“ Notre prélat, ajoute-telle, est très zélé et inflexible : zélé pour faire observer tout ce qu’il croit devoir augmenter la gloire de Dieu ; et inflexible pour ne point céder en ce qui y est contraire. Je n’ai point encore vu de personnes tenir si ferme que lui en ces deux points.”

Il ne reculait, en effet, “devant aucune considération, quand il croyait voir la volonté de Dieu dans l’exercice de son ministère. D’un esprit hardi et décidé, quand, après avoir pris les moyens

de prudence chrétienne, il était persuadé que Dieu

lui demandait telle ou telle mesure, il portait à l’accomplissement de son devoir la vaillance et l’intrépidité que ceux de sa race avaient si souvent portées sur les champs de batailles pour la défense de la Religion et de la Patrie.

Il semble qu'il avait toujours présentes à l'esprit ces paroles de son ancien maître, M. de Bernières : “ Il vaut mieux n'être pas évêque, que d’être un évêque humain ; ” c’est-à-dire, que de forfaire à son devoir par respect humain ou par complaisance humaine.

Il nous reste à considérer en Mgr de Lava] l’homme de pénitence et de mortification. C’est

{par la pénitence la plus austère qu’il travailla toute e et de Jean-|

Page 1