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Après sa démission, le vénérable François de Laval continua de rester à Québec, vivant modestement et pauvrement dans son séminaire, comme le plus humble des séminaristes, édifiant tout le monde par sa sainteté et ses vertus, priant pour les fidèlés confiés autrefois à sa sollicitude pastorale, aidant autant que possible son successeur dans la création de ses principales œuvres, comme l’'Hôpital-Général et les missions du Mississipi, s’efforçant surtout de lui être utile en le remplaçant pour les fonctions épiscopales pendant ses abs :nces prolongées.
Il eut le bonheur de célébrer à Québec, en 1697, les noces d’or de son sacerdoce ; et il allait bientôt célébrer celles de sa consécration épiscopale, lorsque la mort vint, au printemps de 1708, l’enlever à l'affection de son séminaire et de toute l'Eglise du Canada. |
Il serait inexact de dire qu’elle vint surprendre le saint évêque. Toute sa ‘vie n'avait été qu’une longue prénaration à la mort. Il s’y préparait prochainement depuis longtemps, mais surtout depuis les deux grandes épreuves qui avaient assailli la fin de sa carrière, les incendies presque successifs de son séminaire en 1701 et 1705. À deux reprises,
il avait vu disparaître et devenir la proie des flanimes cette institution avec laquelle il s'était pour ainsi dire identifié. Ces épreuves n'avaient pas
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abattu son courage ; mais elles avaient ébranlé de plus en plus sa constitution ; et depuis l'incendie de 1705, il penchait visiblement vers la tombe.
C’est le dimanche des Rameaux, 1708, qu’il sentit les premières atteintes de la maladie qui al'ait l’emporter. Malgré ses infirmités et les plaies considé rables qu'il avait aux jambes, il voulut assister, suivant son habitude, à tous les offices de la cathédrale. Les églises du Canada n'étaient pas alors chauffées en hiver, comme aujourd'hui. Il prit du froid et éprouva aussitôt de violentes douleurs.
Dans la crainte, cependant, qu’on ne l’empêchât de continuer à assister aux offices de la semiine sainte et de satisfaire sa piété, il garda le silence sur la gravité de son mal.
Le vendredi saint, par un des plus grands froids de l’hiver, il contracta au talon une engelure, qui dégénéra en plaie mortelle. Il fut obligé de se mettre au lit, dont il ne devait plus se relever.
Cette plaie dont nous venons de parler augmenta de jour en jour et devint si douloureuse qu’on ne pouvait la panser, sans lui causer un frémissement universel. ‘Il se plaignait, dit le F. Houssart, d’une manière à tirer les larmes des yeux de ceux qui étaient présents.”
Mais ces plaintes, tout en manifestant sa sensibilité et l’excès de ses souffrances, n'étaient que l'expression de la plus parfaite résignation à la
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volonté de Dieu. Les mains jointes, les yeux élevés vers le ciel, il s’écriait: “ O mon Dieu, que je souffre ! Ayez pitié de moi, ô mon Dieu, ô Dieu de bonté, à Dieu de miséricorde. Faites-moi miséricorde, Ô mon Dieu. Votre sainte volonté soit faite ! ”
“ C'était là, dit le F. Houssart, la plainte ordinaire qu’il réitérait avec une dévotion merveilleuse. C’étaient plutôt des élans d'amour de Dieu et de conformité à sa sainte volonté, que de véritables plaintes. ”?
On aurait voulu recueillir de sa bouche, avant sa mort, quelques paroles de recommandations, qu’on aurait pu citer dans la suite comme le testament spirituel de ce bon père à ses enfants. Un prêtre du sémi aire, le voyant près de sa fin, s’avisa de lui demander : “ Nous quittez-vous sans nous rien dire?” Et lui nommant plusieurs prélats qui avaient fait de touchantes exhortations à leurs enfants spirituels avant de mourir, il ajouta : “ Pourquoi ne feriez-vous pas comm: eux ? ” Le prélat répondit : “ Ils étaient des saints ; et je suis un pécheur. ”
Si grande était son humilité, si intense le sentiment qu'il avait de sa misère, qu'il ne se jugeait pas digne de faire des recommandations, avant de mourir, au séminaire qu’il avait fondé ! Ce bon serviteur de Dieu, qui avait toujours eu en horreur, pendant la vie, la vanité et la mise en scène, vou-
lait en éviter jusqu’à l'apparence, à l'heure de la mort.
Il demanda et reçut les derniers sacrements avec pleine connaissance et une piété digne de toute sa vie. Après les prières des agonisants, il se fitréciter le chapelet de la sainte Famille. Il était juste que ce grand dévot de la sainte Famille, qui en avait si
éloquemment prêché le culte, au Canada, par ses
exemples et par ses paroles, en recueillit les fruits, à son heure dernière.
Comme on était rendu, dans l’oraison, à ces paroles : ‘ Faites, Seigneur, que nous méritions d'être trouvés conformes à votre cœur, ” il rendit doucement son âme à Dieu. C'était le 6 mai, à sept heures et demie du matin. Il était dans la quatre-vingt-sixième année de son âge.
La nouvelle de sa mort se répandit bientôt dans toute la ville ; et l’on vit accourir une foule innombrable auprès de sa dépouille mortelle. Tout le monde voulait contempler une dernière fois les traits de ce père bien-aimé., On l’entourait, en pleurant ; on s’empressait avec une sainte avidité de faire toucher. à ses restes mortels des chapelets, des médailles ou autres objets de dévotion.
Le corps demeura exposé trois jours dans la cathédrale ; et la foule qui se pressait pour le voir était si considérable, qu’on entendait les enfants s’écrier : ‘“ Laissez-nous donc approcher ; laissez. nous voir le Saint, ”
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Toute la colonie pleura celui qui avait été si longtemps son premier pasteur. Chacun voulut se procurer de ses cheveux, quelques parcelles de ses habits, ou des linges trempés dans son sang, après qu’on eût fait l’autopsie de son corps. La population du pays était alors d’environ vingt mille âmes: plus de trois mille personnes demandèrent de ces pieuses reliques ; et, suivant les témoignages äu temps, un grand nombre de faveurs miraculeuses furent obtenues par l’intercession de Mgr de Laval.
Ses funérailles furent magnifiques. Le corps, revêtu des habits pontificaux, fut porté solennellement en procession dans toutes les églises de la haute ville, que l’on avait tendues de noir et ornées dé mausolées, sur lesquels on déposait le cercueil, en chantant des psaumes. Les Récollets, les Ursulines, les Jésuites et les religieuses de l’Hôtel- Dieu reçurent ainsi successivement cette visite, funèbre et consolante tout à la fois. Le concours du peuple fut considérable ; et tout le clergé des environs voulut assister aux obsèques de son plus grand bienfaiteur.
Nous nous rappelons tous la grande cérémonie du 23 mai 1878, la translation solennelle des restes mortels de Mgr de Laval, de la cathédrale où ils avaient été déposés autrefois, dans les caveaux de la chapelle de son séminaire, Nous avons tous encore présent à l’esprit le spectacle incomparable de ces secondes funérailles, plus solennelles encore sans
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doute que les premières qui avaient eu lieu juste cent soixante-dix ans auparavant, mais absolument identiques dans tous les principaux détails.
Le délégué apostolique du saint-siège, Mgr Conroy, alors en mission au Canada, assistait à cette grandiose solennité ; et il n’hésitait pas à proclamer Mgr de Laval le ‘‘ Père de notre Patrie.”
“ J'espère, écrivait un prélat français à l’un de ses amis du Canada, que ces démonstrations serviront puissamment à ce qui vous reste à faire pour obtenir la canonisation du plus noble des Montmorency. N'est-ce pas déjà tout miraculeux que ce qui s’est passé à Québec dans la translation de ses dépouilles ? Quel motif pour vos saintes âmes de les vénérer et d’invoquer le saint pontife qui les sanctifia pendant près d’un siècle d’une vie plus qu'humaine !”
Nous venons de résumer aussi brièvement que possihle la vie du vénérable François de Laval. Essayons maintenant d’esquisser son portrait en faisant connaître ses qualités naturelles et ses principales vertus. g
Pour procéder avec plus d'ordre, examinons en lui l’homme, le chrétien, l’évêque.
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Au physique, Mgr de Laval était d’une taille audessus de la moyenne, bien fait, sans aucun défaut de conformation. Sur la fin de sa vie, l’âge et les infirmités avaient voûté ses épaules, et la stature paraissait un peu abaissée.
D'une complexion délicate et d’une vie très austère, il n’eut jamais d’embonp int.
Les traits de son visage, sans être beaux, étaient nobles et réguliers. IL avait le front élevé et bien dégagé, l'œil vif, le nez très prononcé, la bouche et les lèvres pleines de distinction. La vieillesse avait répandu sur ce visage un peu austère je ne sais quel air de bonhomie, qui rassurait d’avance ceux qui avaient à lui parler.
Tout dans sa personne et dans son extérieur était noble et refléiait la haute éducation qu'il avait reçue, On sentait, en l’approchant, qu’on avait affaire à quelque descendant de cesillustres familles de la France, dont l’origine se perd dans la nuit des temps. |
Il n’y avait pas de prélat, dans l'Eglise, dit M. de la Colombière, qui sortit d’une maison plus titrée, plus élevée, plus glorieuse. . Il était Montmorency.... Le sang qui coulait dans ses veines venait de sources de noblesse si pures et si anciennes, que, excepté les maisons des princes et des souverains ...,il n’y a point de maison au monde qui soit au-dessus de la sienne. ?
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Chez ce noble rejeton du premier baron chrétien, rien de petit ni de mesquin, rien surtout d’affecté : l'affectation est le partage et la marque des parvenus. Mgr de Laval avait les belles et grandes manières, la politesse exquise et la noble simplicité du grand siècle de Louis XIV.
Lorsqu’il arriva à Québec vour la première fois, il gagna de suite le cœur et l’admiration de tout le monde : “ Il paraissait, dit le P.Lalemant, comme un ange du paradis, et avec tait de majesté, que nos Canadiens ne pouvaient détacher leurs yeux de sa personne. ”
Il fallait le voir, surtout, les jours de grandes fêtes, quand il officiait dans sa cathédrale, quand il donnait solennellement la bénédiction aux fidèles, ou encore quand il assistait aux séances du Conseil souverain. Quel noble maintien, quelle dignité, quelle autorité ! “ Il veut, écrivait Marie de l’Incarnation, que tout se fasse avec la majesté convenable à l'Eglise, autant que le pays le peut permettre. ”
Dans la vie privée, il ne perdait jamais cette distinction native ; et l’on ne pouvait taire son admiration, quand on mettait sa modestie, ses austérités effrayantes, son profond détachement, en présence des honneurs et des dignités qu’il
“aurait pu avoir en France. ‘“ Quand on songe,
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voir souvent, que cet homme, s’il fût resté dans le monde et à la Cour, aurait possédé par ses mérites et ses rares qualités les premières charges de l'Etat ! ”
Les facultés de son esprit étaient à la hauteur de sa naissance. Son intelligence était plus qu’ordinaire. Il l’a bien prouvé par les œuvres qu’il a accomplies : l’organisation d’un vaste diocèse dans des contrées encore sauvages, la création d’un séminaire, la participation qu’il a prise à l’établissement du Conseil souverain et à tout ce qui pouvait intéresser le bien de la colonie.
Son âme était ouverte à tout ce qui est beau et digne de l'admiration des hommes. Nos grands fleuves, nos lacs et nos montagnes, nos forêts immenses excitaient, on le sait, son enthousiasme ; et quand ses occupations pouvaient le lui permettre, il n'avait pas de plus grandes jouissances que d’aller se reposer au pied du cap Tourmente, au milieu de cette nature si riche et si attrayante de Saint- Joachim.
Il n'avait aucune prétention littéraire. Sa manière d'écrire appartient à la première moitié du dixseptième siècle, durant laquelle il avait reçu son éducation. Sa phrase est longue, pesante, souvent incorrecte, enchevêtrée de phrases incidentes : l'orthographe n’y est pas toujours rigoureusement
| observée, Mgr de Laval était trop loin de la France
pour se tenir au courant du mouvement et des progrès qui devaient faire de la langue française la plus belle langue du monde, la langue des Bossuet et des Fénelon.
Qu'on lise, cependant, les quelques mandements qu’il a laissés, par exemple celui de l’établissement du séminairé de Québec, le mandement contre le luxe, ou celui de la Sainte-Famille ; on y trouvera plusieurs des qualités d’un bon style, la sobriété, la simplicité, la clarté. Ces écrits révèlent l’homme qui sait ce qu’il veut dire, et arrive à son but sans détours inutiles, l’homme de jugement, l’homme pratique, qui ne dépasse jamais la mesure en quoi que ce soit. Les facultés intellectuelles de Mgr de Laval étaient parfaitement équilibrées.
Les défauts de son style apparaissent moins dans ses lettres, où il règne plus d'abandon, de mouvement et de vie.
Il y en a plusieurs qui sont vraiment remarquables : celles, par exemple, qu’il écrit au général de la Compagnie de Jésus, ou à son ami Boudon. Le cœur a-t-il jamais mieux parlé ? Quels élans de reconnaissance n’éprouve:t-il pas pour les Pères Jésuites, ces maîtres vénérés de sa jeunesse ! Il écrit un jour au général de la Compagnie de Jésus :
‘“ Dieu seul qui sonde les cœurs et les reins, et qui pénètre jusqu’au fond de mon âme, sait combien j'ai d'obligation à votre Compagnie, qui m’a
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réchauffé dans son sein, lorsque j'étais ènfant, qui : m'a nourri de sa doctrine salutaire dans ma jeunesse, et qui depuis lors n’a cessé de m’encourager et de me diriger.... Je sens qu’il m'est impossible de rendre de dignes actions de grâces à des hommes qui m'ont appris à aimer Dieu et ont été mes guides dans la voie du salut et des vertus chrétiennes... .” :
Les lettres de Mgr de Laval sont nourries de textes de la sainte Ecriture ; et le prélat savait aussi, au besoin, faire une citation de quelque auteur classique : ce qui prouve que la connaissance des auteurs sacrés et profanes lui était parfaitement familière.
Du reste, il possédait admirablement la langue latine. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire ses décrets d’érection de paroisses, l’acte de l’établissement de son chapitre, ses rapports au souverain pontife, ses lettres au cardinal Spada. Dans toute sa correspondance avec le saint-siège, on ne sait ce qu’il faut le plus admirer, ou de ses sentiments de respect et de dévouement, ou de la manière dont ils sont exprimés. Sa phrase latine est d’une pureté et d’une élégance vraiment remaïquables.
La qualité maîtresse de son âme, c’etait la force ; non pas cette force aveugle, voisine de l’opiniâtreté, qui ne procède que par entêtement et par caprice, mais cette force éclairée, sage et réfléchie, qui
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suppose un esprit parfaitement sûr de ce qu’il faut faire, et ne recule devant aucun obstacle pour arriver à son but.
Ni le respect humain, ni la crainte des dangers, ni les menaces des puissants de la terre ne pouvaient l'empêcher de faire son devoir, quand il s'agissait de s’opposer à une injustice ou à quelque abus préjudiciable au salut des Âmes. On le vit bien dans ses rapports avec quelques-uns des gouverneurs de ce pays.
C'était un homme de caractère ; et comme sa ligne de conduite ne lui était pas tracée par le caprice ou par les impressions du moment, mais par la réflexion, et surtout par le conseil des hommes sages et éminents dont il avait su s’entourer, 1! resta toujoùrs fidèle à lui-même, et l’on put dire de lui en toute vérité : Qualis ab incœpto.
Sa force s’alliait parfaiteme nt avec la douceuret la bonté, qui, d'après Marie de l’Incarnation, étaient le fond de son caractère. Autant il était impitoyable pour les puissants qui abusaient de leur autorité, ou affichaient des prétentions auxquelles ils n’avaient pas droit, autant il était bon et plein de commisération piuür les humbles, pour les pauvres, pour les petits. Les méchants seuls, les gouvernants, surtout, le craignaient, parce qu’il ne leur en passait pas.
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Sa bonté éclate d’une manière étonnante dans l'affection qu’il témoignait aux pauvres sauvages, dans l'intérêt qu’il portait à la jeunesse canadienne, dans l’amitié fidèle qu’il garda toute sa vie pour les compagnons de son enfance et de sa jeunesse, surtout lorsqu'ils étaient injustement persécutés, comme 1l arriva pour son ami Boudon.
Pour ses prêtres, pour ses diocésains, en général, il était un père, un frère, un ami. Aussi était-il chéri de tout le monde. ‘“ Jamais évêque; dit Latour, n’a plus aimé son clergé, ni n’en a été plus tendrement aimé. C'était un véritable père. ”
M. Dudouyt meurt à Paris, pendant que Mgr de Laval s’y trouve lui-même. Le prélat apporte de France au Canada, avec une pieuse tendresse, le cœur de ce saint prêtre, afin de l’inhumer dans sa cathédrale, et de n'être pas séparé de celui qui a été son collaborateur assi?: dans la fondation de l'Eglise de‘Québec.
Et le jeune M. Guyon, ce prêtre canadien, qui avait accompagné Mgr de Laval dans son dernier voyage à Paris, avec quelle affection paternelle le pieux prélat ne le prépara-t-il pas à la mort! Dans la lettre qu'il écrivit à ce sujet aux MM. du séminaire de Québec, il faut admirer la bonté du saint vieillard pour ses prêtres, non moins que sa résignation à la volonté de Dieu qui les lui enlève,
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Comme je reconnais bien, dit-il, que l’attache que j'avais à M. Guyon était beaucoup appuyée sur l'humain, j'ai adoré en cela la bonté et la miséricorde de Notre-Seigneur, qui a voulu nous l’ôter. Priez et faices bien prier pour lui, et bénissons le Seigneur de nous avoir privés des grands secours que ce jeune prêtre s'était rendu capable de donner à l'Eglise du Canada, en toutes manières. Dorsnus dedit, Dominus abstulit...; sit nomen Domini benedictum.”
Il racontait ensuite dans quels sentiments de pénitence et de confiance en la sainte Vierge était mort ce jeune prêtre. Puis il ajoutait avec cet abandon qui lui était si naturel :
‘ Nonobstant ce que je viens de vous dire, qui est d’édification et de consolation, il faut cependant que je vous avoue que j'avais été un peu mortifié de voir que ce bon jeune homme, par la facilité de son naturel affectueux, s'était laissé gagner à de certaines créatures, au commencement par motif de charité, et puis après par des attaches de nature, qui lui faisaient garder je ne sais combien de petites confidences, et l’engageaient à disposer à notre insu de beaucoup de choses : ce qui me faisait peine ; et quoique j’eusse tâché de le déprendre de toutes ces attaches, je ne jugeais pas néanmoins devoir le pousser trop avant, de crainte de prendre des extrémités au lieu de remèdes...
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J'en ai agi de cette manière à son égard, ayant assez de marques qu’il n’y avait point de mal, quoique j’eusse tout à craindre.
‘ Le pauvre enfant ne fut pas plus tôt attaqué par la maladie, qu’il reconnut bien ses fautes, déplorant son amusement, inutilité et consommation de temps à tant de bagatelles, et me demanda bien pardon de n’avoir pas profité des bons avis que je lui avais donnés tant de fois sur cela, me priant de ne le point abandonner.
‘ Vous voyez bien par tout ceci qu'il a besoin de prières, et d’être secouru; car j'ai sujet d’appréhender qu’il n'ait eu du purgatoire à souffrir. - C’est pourquoi il faut avoir grand soin de le soulager. ”
Cette citation nous montreau grand jour la bonté de cœur, la douceur et la longanimité de Mgr de Laval. Cette délicatesse de conduite et ces procédés tout de mansuétude à l'égard de ce jeune prêtre qui avait cédé un peu trop à la légèreté de son esprit, n'est-ce pas là cette charité douce et patiente — charitas patiens est, benigna est — dont parle l’'Apôtre? Le prélat n'ose pas éteindre la mèche qui fume encore; il use de patience et de douceur ; il met tout entre les mains de Dieu, et Dieu lui accorde pour son jeune ami la grâce d’une mort édifiante.