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cette époque ; et il se tient ainsi toujours en rapport avec la source du pouvoir ecclésiastique.
Il faut connaître dans quel état d’éloignement vis-à-vis du souverain pontife et d’abaissement aux pieds de Louis XIV se tenaient la plupart des évêques français, à l'époque de Mgr de Laval, il faut se rappeler qu’à cette époque l'Eglise de France fut à deux doigts du schisme, pour apprécier le ton respectueux, filial et plein d’abandon qui respire dans toute la correspondance de notre pontife avec la Cour de Rome. Envoyant un jour un de ses rapports à la Propagande :
‘ Cet exposé, dit-il, mettra sous vos yeux les principaux actes de notre administration, afin que, si votre charité et votre zèle pour notre sainte Religion vous engagent à nous donner des avis, vous puissiez le faire en connaissance de cause et avec plus d'efficacité, et aussi pour que vous puissiez nous aider à procurer le salut des âmes qui nous sont confiées. ”
La moindre faveur spirituelle que lui fait le saint-père, l'envoi de quelques reliques, par exemple, remplit son cœur de joie, et il ne tarit pas dans l’effusion de sa reconnaissance. Mais surtout, il se déclare prêt à se conformer toujours et en toutes choses aux volontés du souverain pontife : “ Quelle que chose que m’ordonne de faire Votre Sainteté, écrit-il un jour, je suis prêt à lui obéir.”
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gnement nent aux ipart des Laval, il glise de ur appréabandon de notre t un jour
yeux les afin que, re sainte des avis, cause et Dus puisâmes qui
i fait le exemple, pas dans tout, il se en toutes ‘ Quelle Sainteté,
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Et ailleurs : ‘ Voilà, dit-il, ce que j'ai cru devoir écrire à Votre Sainteté ; à Elle maintenant de décider suivant les lumières de sa sagesse.”
Toutes les vérités révélées de Dieu, tous les dogmes proposés à notre foi par la sainte Eglise, il les croyait du fond du cœur, à cause de l’autorité infinie de Dieu qui a parlé aux hommes.
Il était venu au Canada pour “ y répandre les lumières de l'Evangile. ” Il exerça son apostolat avec un zèle admirable.
Non seulement il fonda de ses deniers le séminaire de Québec et entretint pendant longtemps à ses propres frais la plupart des curés de la colonie française, non seulement il envoya partout des missionnaires depuis l’Acadie et le Labrador jusqu’au | delà des grands lacs, et depuis la baie d'Hudson jusqu’au golfe du Mexique ; mais 1l se fit lui-même apôtre, visitant en personne toutes les missions de son diocèse, depuis le Saguenay jusqu’au lac des Deux-Montagnes, afin d'annoncer partout les vérités de l'Evangile, et d’administrer les sacrements aux fidèles ; et cela, en n’importe quelle saison, même fau milieu des hivers les plus rigoureux, par les
chemins les plus dangereux et les plus pénibles, pres-
que toujours au péril de sa vie, à cause des incursions des sauvages [roquois, sans autre compensa-
L tion pour tant de fatigues et de dangers que la joie
de sauver des âmes et de procurer la gloire de
Dieu. Ne fallait-il pas une foi héroïque pour produire un pareil dévouement ?
Mais ce qu’il croyait et ce qu’il prêchait, il le pratiquait lui-même. Les vérités de la Religion avaient tellement pénétré son esprit et toute sa conduite, qu’il ne vivait et n’agissait que par elles.
Sa dévotion pour la sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph, et spécialement pour la sainte Vierge, était sans bornes. ‘‘ En fait de dévotion à Marie, dit M. de la Colombière, c'était un Anselrae, un Ildefonse. Jamais prélat n'eut plus de soin de faire honorer cette reine des anges dans son diocèse, et d’inspirer son amour à ses diocésains. ”
Il avait choisi le jour de l’Immaculée Conception de la sainte Vierge pour être consacré évêque ; et c'est aussi l’Immaculée Conception qu’il adopta comme titulaire de sa cathédrale. Dans son séminaire, la veille de cette fête a toujours été un jour de jeûne d'obligation.
Mgr de Laval avait aussi une grande dévotion pour les saints anges, pour l’eau bénite et pour le
. soulagement des âmes du purgatoire. Le F. Hous-
sart nous a fait entrer dans le secret de sa vie intime, et révélé la foi vive, ardente et pratique dont l’âme du saint prélat était remplie.
‘# C'était chose admirable, dit-il, de voir r° son
assiduité à assister aux enterrements de toutes les À
personnes qui mouraient dans Québec, et son
Jour pro-
ait, il le Religion
toute sa par elles.
de Jésus, la sainte lévotion à Anselme, le soin de dans son césains. ” onception vêque ; et il adopta son sémité un jour
e dévotion et pour le F. Housde sa vie
pratique
bir 1° son
toutes les !
c, et son
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exactitude à offrir le saint sacrifice de la messe pour le repos de leur âme, aussitôt qu’il avait appris leur trépas ; 2° sa dévotion à recevoir et à conserver les rameaux bénits, à baiser son crucifix, l'image de la sainte Vierge, qu’il portait toujours sur lui et mettait la nuit sous son chevet, sa chaïnette de l’esclavage, et son scapulaire qu’il portait aussi sur lui ; 3° son respect et sa vénération pour les reliques des saints, le plaisir qu’il prenait à lire tous les jours dans la vie des saints, et à s’entretenir de leurs actions héroïques ; 4° le saint et continuel usage qu’il faisait de l’eau bénite, en en prenant à tout bout de champ, dans le cours de la journée, et à toutes les fois qu’il se réveillait la nuit, venant très souvent de son jardin à sa chambre exprès pour en prendre, en portant sur lui dans un petit bénitier d'argent qu'il avait fait faire exprès, lorsqu'il allait à la campagne.
‘ Sa Grandeur avait un si grand désir que tout le monde en prit, qu'Elle avait un soin tout particulier de voir Elle-même tous les jours s’il y en
H avait dans les bénitiers de l’église, d’y en mettre
quand il y en manquait, et, pendant l’hiver, de peur que les bénitiers ne gelassent trop fort, et qu’on n’en pût prendre en entrant et en sortant de l’église, Elle les apportait Elle-même auprès de notre poêle tous les soirs, et les reportait le matin
à quatre heures, quand Elle allait ouvrir les portes (
sms DE ce
Admirable spectacle de foi, que celui de -cet
{| illustre descendant du premier baron chrétien, k {} allant tous les matins, lui évêque, ouvrir les portes [ | | de l’église, prenant soin des bénitiers, les apportant # la nuit dans sa maison pour que l’eau ne se conge- « lât pas, pendant l'hiver. et les reportant pieusement | à l’église le matin ! L'importance qu'il attachait l aux moindres fonctions ecclésiastiques, aux ordres P | sacrés les plus inférieurs, à l'efficacité de l’eau D | bénite et des sacramentaux en général, fait voir ns | l'esprit de foi dont Mgr de Laval était pénétré. Dieu a récompensé la piété de son serviteur. Si aujourd’hui le peuple canadien a une si grande dévotion pour les objets bénits par l'Eglise, si l’on . | ne croit pas entrer convenablement dans la maison sa | de Dieu sans prendre de l’eau bénite, s’il n’y a pas d | une maison où l’on ne trouve suspendu quelque | rameau béñnit, si l’on rencontre partout une grande & | dévotion à la croix, aux images, au chapelet je il de la sainte Vierge, si le peuple canadien, en la | général, fait célébrer tant de messes po' - les âmes & Il du purgatoire, n'est-il pas facile de rat’ . toutes fa ll. ces saintes pratiques aux premier zgnements ta (Le chrétiens qui retentirent autrefois .. les bords de | notre grand fleuve, mais surtout aux enseignements pl | Il et aux exemples du pieux fondateur de l'Eglise du E: Canada P F
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L'humilité chrétienne et l'esprit de pauvreté découlent naturellement de la foi, Quand on est bien pénétré de la grandeur des perfections de Dieu, on ne cherche pas à s’élever en soi-même ; on s’anéantit, au contraire, sous le poids de ses propres misères ; on ne se compare aux autres que pour voir dans le prochain les dons que Dieu y a déposés, et en soi-même un abîme d’imperfections. Pour se rendre moins indigne de s'approcher de Dieu, on cherche à se détacher des choses de la terre et à pratiquer l'esprit de pauvreté.
Or, qui fut plus humble que Mgr de Laval, plus détaché de toutes choses ? Tout le bien qu'il pouvait faire, il le rapportait à Dieu, se considérant comme un vil instrument de sa divine majesté. Ce sentiment profond de sa propre indignité respire dans toutes-ses lettres.
C’est le même sentiment qui le portait à se défier de lui-même, à recourir aux lumières des autres, à leur soumettre ses écrits et tout ce qu’il faisait, avec la simplicité d’un enfant. ‘“ Réformez ce mémoire, écrivait-il un jour aux MM. du séminaire, pour en faire quelque chose de bon; ou AE jetez- le au feu, si vous ne le trouvez bon à rien.’
‘ Jamais prélat, dit M. de la Colombière, ne fut plus ennemi de la grandeur et de l'élévation... En méprisant la grandeur, il a triomphé de luimême par une pauvreté digne des anachorètes des
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premiers siècles, dont il a fidèlement observé les lois jusqu’à la fin de ses jours.
‘ La grâce, ajoute-t-il, avait tellement pris dans à le cœur du prélat la place des inclinations de la mature corrompue, qu’il semblait qu’il fût né avec
une telle aversion pour les richesses, pour les plai- sirs et pour les honneurs.... Si vous avez remar- h qué quels étaient ses habits, ses meubles, quelle était sa table, vous n’ignorez pas qu'il fut ennemi du faste et de l'éclat. Pas un pauvre curé de France qui né soit mieux nourri, mieux vêtu, mieux meublé que n'était l’évêque de Québec.
“ Bien loin d’avoir un équipage convenable à sa hé
qualité et à sa dignité, il n’avait pas seulement un cheval à lui. Et lorsque, sur la fin deses jours, son M grand âge et ses infirmités ne lui permettaient pas de marcher, s’il voulait sortir, 1l lui fallait emprun-
{ ter une voiture. Pourquoi cette épargne? Pour qi L avoir un magasin garni de hardes, de souliers, de pf D couvertures, qu’il distribuait gratuitement avec une Fe D bonté et une prudence vraiment paternelles. C’est a | un commerce qu'il n’a jamais interrompu, pour fr | lequel il ne s’est jamais fié qu’à lui-même, et dont fai
| il s’est mêlé jusqu’à la mort.” | ‘ C’est bien l’homme du monde le plus austère se 1 et le plus détaché des biens de la terre, écrit Marie 1 M | de l’Incarnation. Il donne tout, et vit en pauvre ; de 1 et l’on peut dire avec vérité qu'il a l’esprit de pau- M
>servé les
pris dans ns de la t né avec r les plaiez remar- >s, quelle it ennemi le France eux meu-
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vreté. Ce ne sera pas lui qui se fera des amis pour s’avancer et pour accroître son revenu ; il est mort à tout cela.... Il pratique cette pauvreté en sa maison, en son vivre, en ses meubles, en ses domestiques ; car il n’a qu’un jardinier, qu’il prête aux pauvres gens, quand ils en ont besoin, et un homme de chambre... .”
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L'espérance de Mgr de Laval n’était pas moins vive ni moins héroïque que sa foi. Bien qu'il s’estimât indigne des biens futurs, il avait pourtant une vive confiance de les obtenir par la miséricorde de Dieu et par les mérites de Jésus-Christ.
C’est la ferme espérance de ces biens éternels qui, dès les premières années de son enfance, le portait à mépriser les biens de la terre, puis à renoncer au brillant avenir qu’ouvrait devant lui la mort de ses deux frères aînés, et à céder à son frère cadet tous ses titres avec le patrimoine de sa famille.
Cet esprit de détachement alla toujours croissant en lui avec les années. Il se développa d’une manière merveilleuse à l’ermitage de Caen, où M. de Bernières lui apprit si bien à mépriser la terre pour le ciel. Devenu évêque, Mgr de Laval parvint à se dégoûter de toutes les choses terrestres, et à
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placer au ciel tous ses désirs et toutes les aspira-
tions de son cœur. de
C'est l’espérance du ciel qui le soutenait au “4
milieu de ses immenses travaux. Il se réjouissait |
même au sein des épreuves et des souffrances, en do
pensant à la récompense promise par Notre-Sei- led
gneur dans le saint évanigile. Pr
Sur la fin de sa vie, lorsque sa santé se fut g. … ni
vement altérée, lorsque des douleurs aigües lui dé | arrachaient des soupirs et des gémissements, et soi | que son corps, couvert d’infirmités, inclinait vers | | sa ruine, il n’oubliait pas que, si sa maison terrestre 1 | tombait en dissolution, il avait à espérer après sa À 4e | mort une habitation magnifique et une demeure de: | éternelle dans le ciel. Il faisait tous les jours sa | préparation à la mort, humblement soumis à la à | volonté de la Providence, et ne perdant pas de vue mé
{l ce redoutable passage que sa confiance en Dieu lui dû | faisait envisager avec joie.
‘ Je ne fais que relever d’une maladie que l’on
| croyait mortelle, écrivait-il un jour à M. Boudon, à | et elle a été précédée trois mois auparavant d’une D +4, Al autre qu’on ne croyait pas moins dangereuse : ce | qui nous fait connaître que notre fin n’est pas Di
| éloignée. C’est en cet état qu’on reconnaît la k pla | vérité qu'il n’y a que Dieu seul, et que tout le pas | reste n’est rien que pur néant. Souvenez-vous tou- Fr:
jours de moi en sa sainte présence, et lui deman-
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e fut g.… igües lui nents, et nait vers | terrestre après sa demeure s jours sa imis à la as de vue Dieu lui
que l’on Boudon, ant d’une euse : ce n’est pas onnaît la
tout le ous touii dernan-
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dez, et à sa sainte Mère, les grâces qui nous sont nécessaires pour nous disposer à bien mourir.”
Son espérance lui inspirait le plus parfait abandon à la sainte volonté de Dieu, au milieu de tous les événements de la vie, se reposant en la divine Providence comme un enfant dans les bras de sa mère. ‘Il nous faut laisser conduire à la providence de Dieu,” écrivait-il à M. Tremblay. “ Dieu soit béni de tout ! ” disait-il à M. Boudon.
Et cet abandon, qu’il exprimait ainsi de bouche, il l'avait bien dans le cœur, celui qui, après s'être démis de l’administration de son diocèse, ayant demandé, comme une faveur, d’aller mourir dans sa chère Eglise de la Nouvelle-France, et éprouvé un refus, allait se prosterner devant le saint sacrement, et récitait un 7e Deum pour remercier Dieu du grand sacrifice qu’il venait d’exiger de lui.
Il faut lire les lettres qu’il écrivit à cette occasion au séminaire de Québec pour se faire une idée de la grande vertu de Mgr de Laval et son admirable abandon à la volonté de Dieu :
‘ Me voilà, dit-il, par une conduite spéciale de Dieu sur moi, disposé à demeurer, tant qu'il lui plaira, dans le lieu de mon exil, que je ne pensais pas, à mon départ du Canada, venir trouver en France. Tout ce qui vient de sa main, nous doit être aimable et adorable.”
Et ailleurs : ‘“ Je n’eus pas plus tôt reçu ma sentence, que Notre-Seigneur me fit la grâce de me
donner les sentiments d’aller devant le très saint sacrement lui faire un sacrifice de tous mes désirs et de ce qui m’est le plus cher au monde.
‘“ Te coinmençai en faisant amende honorable à la justice de Dieu, qui me voulait faire la miséricorde de reconnaître que c'était par un juste châtiment de mes péchés et infidélités, que sa Provi dence me privait de la bénédiction de retourner dans un lieu où je l’avais tant offensé ; et je lui dis, ce me semble, de bon cœur, et en esprit d’humiliation, ce que le grand-prêtre Héli dit, lorsque Samuël lui déclara, de la part de Dieu, ce qui lui devait arriver: Dominus est ; quod bonum est in oculis suis faciat 1.
‘“ Mais comme la volonté de Notre-Seigneur ne rejette point un cœur contrit et humilié, il me fit connaître que c'était la plus grande grâce qu’il me pouvait faire que de me donner part aux états qu’il a voulu porter en sa vie et en sa mort pour notre amour ; en actions de grâce de laquelle je dis un Te Deum avec un cœur rempli de joie et de consolation au fond de l’âme ; car, pour la partie inférieure, elle est laissée dans l’amertume qu’elle doit porter.
‘ C’est une blessure.... qui sera difficile à guérir, et qui apparemment durera jusqu’à la
1— ‘Il est le Maître ; rdg fasse ce qui est agréable à ses yeux.” (1 Rois, III, 1
mi
ès saint >s désirs
orable à 1 misérite châtisa Provi etourner > lui dis, humilia-
lorsque ce qui num est
gneur ne il me fit qu'il me tats qu’il pur notre e dis un
de cona partie e qu’elle
fficile à squ’à la
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mort, à moins qu'il ne plaise à la divine Providence, qui dispose des cœurs comme il lui plaît, apporter quelque changement à l’état des affaires. Ce sera quand il lui plaira, et comme il lui plaira, sans que les créatures puissent s’y opposer.”
Certes, ce n’était pas une vertu ordinaire qui faisait parler ainsi Mgr de Laval. Un cœur moins accoutumé de longue main à l’humilité et à la résignation n’eût pas récité un 7% Deum avec cette joie et cette consolation pour remercier Dieu d’une des plus grandes épreuves de sa vie.
D'un autre côté, on voit bien, par les déchirements que renferme cette lettre, que sa résignation n'était pas le fruit d’une indifférence naturelle, mais d’une vertu éprouvée.
C'est dans ces sentiments de résignation à la volonté de Dieu qu’il traversa toutes les épreuves de sa carrière épiscopale. Elles furent souvent bien pénibles, ces épreuves, et lui vinrent quelquefois de ceux qui avaient été ses meilleurs amis, comme dans le cas de M. de Mézy, ou de personnages pour lesquels il professait la plus grande vénération, comme dans le cas de Mgr de Saint-Vallier. Le bon Dieu agit de la sorte avec ses âmes d'élite, et Mgr de Laval avait été jugé digne de cette faveur de la divine Providence.
Il écrivait un jour à M. Boudon : ‘ Priez Notre- Seigneur et sa sainte Mère, tous les saints anges et
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saints patrons de cette Eglise, que nous puissions faire un bon usage des croix dont il plaît à Notre- Seigneur de faire une large part à notre pays et spécialement à toute l’Eglise.... Notre-Seigneur est aimable en tout ; et en prenant tout de sa divine main, nous jouirons toujours d’une paix que les hommes ne nous peuvent ôter. ”
L’espérance de Mgr de Laval et son grand abandon à la divine Providence ne venaient pas de l’inertie ou de l’insensibilité. C'était une espérance active, toujours appuyée sur les promesses de Dieu et sur les grâces accordées à la prière. ‘ Ce pays, disait-il un jour, en parlant du Canada, ne peut pas subsister sans un effet extraordinaire de la puissance divine, que l’on ne doit pas se promettre, bien que nous devions l’espérer de sa bonté.”
Nul ne fut plus homme de prière que Mgr de Laval: nous le verrons tout à l’heure, à propos de sa piété et de son tendre amour pour Dieu. Nul ne comprit mieux que lui cette parole consolante des saintes Ecritures: Gratiam et gloriam dabit Dominus À}, La gloire, comme fin de l’homme ; la grâce, comme moyen d'y arriver : Dieu accorde tout cela à la prière fervente.
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L'amour de Dieu, ainsi que la piété, qui, d’après saint François de Sales, n’en est que la perfection et la flamme, étaient à un degré vraiment héroïque dans l’âme de Mgr de Laval. Ah ! comme il aimait Dieu tendrement, comme il le mettait dans son estime et dans son affection au-dessus detoutes les créatures, celui qui avait tout quitté pour le suivre, pour venir prêcher en Amérique la gloire de son nom, et faire connaître sa bonté à des peuples infidèles encore assis à l'ombre de la mort !
‘“ Pour obéir à la voix de Dieu, dit M: de ia Colombière, il-quitte un des climats les plus doux et les plus tempérés, le royaume du monde le plus florissant et le plus poli, où sa vertu est connue, et où l’on est disposé à la couronner, pour venir dans un pays des plus rudes et des plus incommodes, dans un pays dont les habitants ne sont connus que par leur barbarie, où il y a des travaux immenses à essuyer et des occasions sans nombre de souffrir.... Il y vit dans une entière séparation
à de son illustre parenté, dans un parfait oubli de sa
maison, qui est une des plus grandes du Royaume,
| et dans l’exercice du zèle et de la pauvreté aposto- | lique.”
‘ Celui qui m'aime, dit Notre-Seigneur, observe mes commandements.” Le pieux prélat ne se con-